LREM : La charge de Gérald Darmanin contre Audrey Pulvar agace la majorité

POLEMIQUE Le ministre de l'Intérieur est critiqué par de nombreux marcheurs après sa menace de porter plainte contre la candidate socialiste pour ses propos sur la police

L.C.

— 

Gérald Darmanin à Nantes le 20 mai 2021.
Gérald Darmanin à Nantes le 20 mai 2021. — Franck Dubray-POOL/SIPA
  • Après avoir menacé de porter plainte contre Audrey Pulvar pour ses propos sur la police, Gérald Darmanin a finalement proposé une rencontre à la candidate socialiste.
  • Ce changement de pied intervient alors qu’en coulisses, de nombreux membres de la majorité ont fait part de leur agacement, jugeant excessive la menace brandie par le ministre de l’Intérieur.
  • Le chef de file des députés LREM Christophe Castaner a salué ce mercredi « l’apaisement » nécessaire entre Gérald Darmanin et Audrey Pulvar, tout en prenant ses distances avec le ministre.

Gérald Darmanin a l’habitude des coups d'éclat, mais son dernier en date a suscité l’agacement au sein des marcheurs. En menaçant de porter plainte contre la socialiste Audrey Pulvar pour ses propos sur la police, le ministre de l’Intérieur a récolté les critiques des parlementaires de La République en marche et même de certains de ses collègues au gouvernement. S’il a fini par rétropédaler en proposant une rencontre à la tête de liste du Parti socialiste pour les régionales en Ile-de-France, le transfuge de droite n’a pas tout à fait apaisé la polémique, à la veille d’une nouvelle table ronde du « Beauvau de la sécurité » prévue jeudi sur les relations entre la police et la justice.

Des critiques y compris au sein du gouvernement

« Je lui ai proposé deux rendez-vous la semaine prochaine, j’espère qu’elle pourra se rendre disponible. Sinon j’en proposerai d’autres », a-t-il confirmé ce mercredi devant les sénateurs. Ce changement de pied serait dû aux nombreuses réactions au sein de la majorité et gouvernement.

En public, le ministre n’avait pas reçu beaucoup de soutien au sein de son camp. La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, s’était même permis un tacle. « Le débat politique peut vivre sans passer par les tribunaux. On est dans un pays de droit, dans un pays de liberté, et la liberté, c’est aussi la liberté d’expression », avait-elle estimé mardi sur Europe 1.

Mélange des genres et députés LREM « choqués »

En coulisses, les critiques se sont multipliées. « La quasi-totalité des députés étaient choqués », assure un marcheur. Chez LREM, c’est le mélange des genres qui a par-dessus tout agacé. « En tant que ministre en charge des élections, il ne peut pas s’en prendre ainsi à une candidate, c’est une question de respect des institutions », affirme Sacha Houlié, député LREM de la Vienne. « Utiliser sa fonction pour engager des poursuites contre une candidate, c’est la limite à ne pas franchir, d’autant plus que la ministre Marlène Schiappa est aussi candidate aux régionales face à la liste d’Audrey Pulvar », dénonce un autre marcheur.

« Sans compter que d’un point de vue stratégique, c’est plutôt malvenu de remettre dans le jeu une candidate dont les intentions de vote sont plutôt faibles », reprend Sacha Houlié, jugeant la menace de porter plainte contre Audrey Pulvar « inutile et bête ». Le porte-parole des députés LREM Sylvain Maillard a d’ailleurs indiqué mardi soir sur LCP que ses collègues souhaitaient que cette plainte soit « retirée ».

Castaner prend ses distances

Ce mercredi, le prédécesseur de Gérald Darmanin à Beauvau, l’ancien socialiste Christophe Castaner, a lui aussi pris ses distances avec le ministre de l’Intérieur. « Comme ministre de l’Intérieur, je ne crois pas que j’aurais été manifester devant l’Assemblée nationale […]. Surtout, et les faits l’ont montré, quand il s’agissait de mettre en cause, au fond, [la relation] police-justice », a déclaré le président du groupe LREM à l’Assemblée sur France Info.

Les marcheurs semblent ce mercredi soulagés par le rétropédalage du ministre. « Darmanin a compris que cette stigmatisation de Pulvar n’était pas une bonne chose et il a changé son fusil d’épaule. Je suis satisfait de l’atterrissage de cette polémique », estime Jacques Maire, député LREM des Hauts-de-Seine. « Il y eut un temps où cela lui aurait coûté sa place au gouvernement, souffle un parlementaire de la majorité. Mais la gauche est trop faible structurellement pour obtenir sa démission. » Une aubaine pour la majorité.