Régionales 2021 dans les Hauts-de-France : Accusée de non-transparence, Agnès Pannier-Runacher assure être « en règle avec le droit »

LREM La ministre déléguée à l’Industrie est au cœur d’une double polémique impliquant sa candidature dans les Hauts-de-France et son conjoint

M.F

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Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat et candidate aux régionales dans les Hauts-de-France est au coeur d'une polémique concernant son conjoint et sa candidature.
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat et candidate aux régionales dans les Hauts-de-France est au coeur d'une polémique concernant son conjoint et sa candidature. — Mourad ALLILI/SIPA

Cette histoire est assez compliquée, alors reprenons-la depuis le début, le 9 mai dernier. Il s’agit, à cette période, de l’avant-dernier jour du dépôt des listes pour les élections régionales qui se dérouleront en juin prochain. Plusieurs ministres du gouvernement sont présents sur les listes LREM dans divers territoires. Parmi eux : Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie. Mais surprise, celle qui convoitait le 16e arrondissement de Paris lors des dernières municipales et qui est l’heureuse propriétaire de deux biens dans la capitale, est aujourd’hui candidate en position non-éligible sur la liste du Pas-de-Calais, dans les Hauts-de-France.

Interrogé à ce sujet par le média Politico, son cabinet a indiqué que la ministre avait « désormais une partie de sa vie personnelle dans le Pas-de-Calais ». Cette « vie personnelle », c’est son nouveau conjoint : Nicolas Bays, chef de cabinet au ministère de l'Industrie (celui d'Agnès Pannier-Runacher) – attention de ne pas confondre ce dernier avec Nicolas Bay, sans « s », député RN (on vous a dit que c’était compliqué) –… Le couple a « pris ensemble la décision d’une vie commune » dans les Hauts-de-France, a ajouté le cabinet, justifiant ainsi la surprenante candidature d’Agnès Pannier-Runacher dans cette région. Mais l’affaire ne s’arrête pas là.

Nicolas Bays était encore chef de cabinet au moment du dépôt des listes ?

Comme le prévoit la loi sur la transparence de la vie publique, votée en 2017, un membre de l’exécutif n’a pas le droit de « compter parmi les membres de son cabinet son conjoint (…) ou concubin ». En clair, Agnès Pannier-Runacher ne peut pas à la fois justifier une nouvelle adresse de domicile dans les Hauts-de-France chez son concubin Nicolas Bays et garder ce dernier à la tête de son cabinet. Le manquement à ces obligations est passible d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende, mais pourrait également entraîner l’invalidation de l’ensemble de la liste LREM dans les Hauts-de-France aux élections régionales.

La question est alors de savoir si Nicolas Bays était encore chef de cabinet au moment du dépôt des listes pour les élections. Les équipes de Politico notent que 10 jours plus tard, lors de la réouverture des terrasses le 19 mai, Agnès Pannier-Runacher a publié sur les réseaux une photo d’elle et son équipe prenant un café près de Bercy. Parmi eux figurait bien Nicolas Bays. Le média rapporte qu’à ce moment-là, aucun de ses collègues n’était au courant d’une quelconque démission et qu’ils ne l’ont apprise que vendredi 20 mai, juste après que le média a interrogé le cabinet de la ministre.

« Mon conjoint ne travaille plus pour moi »

Malgré cela, la ministre déléguée à l’industrie assure être dans son droit. L’annonce officielle du départ de Nicolas Bays au Journal officiel du samedi 22 mai fait en effet état d’une démission qui remonte à la date du 9 mai. Pile pour le dépôt de liste.

Lors d’une interview accordée ce lundi à RTL, Agnès Pannier-Runacher a affirmé être « complètement en règle avec le droit ». « J’ai pris moi-même la démarche de contacter le secrétariat général du gouvernement pour avoir une stricte application des règles du jeu. Mon conjoint ne travaille plus pour moi », a déclaré la ministre qui pense être la cible d’attaques venues de ses opposants aux élections, notamment Xavier Bertrand. Quelques zones d’ombre demeurent cependant.

Une relation antérieure à janvier 2021 ?

Dans son interview à RTL, Agnès Pannier-Runacher reconnaît que Nicolas Bays a continué de travailler pour elle après le 9 mai, mais de façon bénévole. « Je rappelle qu’il travaillait 80 heures par semaine et il aura donc fait deux semaines en travaillant 80 heures par semaine gratuitement », a-t-elle assuré.

Par ailleurs, Politico avance qu’Agnès Pannier-Runacher est en couple avec Nicolas Bays depuis bien plus longtemps qu’ils ne le laissent entendre. Le site évoque plusieurs sources au ministère de l’Économie ainsi qu’au Parlement qui avancent des dates avant janvier 2021, alors que Nicolas Bays était chef de cabinet de la ministre depuis décembre 2020. Avant cela, il en était conseiller politique depuis septembre 2020.

« Je n’ai pas à commenter ma vie privée. Je ne l’ai jamais fait et je ne commencerai pas aujourd’hui à le faire. Je trouve très perturbant cet intérêt brutal de mes opposants politiques pour ma vie privée », a réagi la ministre déléguée sur RTL. « Il est faux d’affirmer qu’Agnès Pannier-Runacher partageait la vie de Nicolas Bays depuis la fin 2020 », a de son côté indiqué le cabinet de la ministre.