Coronavirus : Emmanuel Macron profite-t-il d’un effet déconfinement dans les sondages ?

SONDAGES La popularité du président de la République semble s’améliorer mais les chiffres restent très contrastés et surtout, à un an de la présidentielle, il est hasardeux de surinterpréter le moindre sondage

Rachel Garrat-Valcarcel

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Emmanuel Macron et Jean Castex mercredi matin à la terrasse d'un café.
Emmanuel Macron et Jean Castex mercredi matin à la terrasse d'un café. — AFP
  • Deux jours après le début du déconfinement, Emmanuel Macron et Jean Castex voient leur popularité nettement s’améliorer dans un sondage BVA.
  • Si, à 42 % de bonnes opinions, le couple exécutif est encore loin d’être populaire, les deux précédents présidents étaient moins bien lotis à la même époque de leurs mandats.
  • Il est de toute façon trop tôt pour parler de tout effet déconfinement, qui serait détruit au moindre regain de l’épidémie, et trop tôt pour tirer des conclusions sur la présidentielle.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit l’expression. Mais une pinte en terrasse après sept mois d’abstinence ? Vendredi matin, l’institut de sondage BVA a publié ses cotes de popularité pour le mois de mai :  Emmanuel Macron et Jean Castex sont, tous les deux, en nette hausse, à 42 % d’opinion favorables. Deux jours après la réouverture des commerces non essentiels, des bars et restaurant et la mise en place du couvre-feu à 21 heures, on aurait vite fait de faire le rapprochement.

Une cote de popularité s’apprécie mieux en faisant la moyenne des différents instituts de sondages, il faudra donc attendre pour voir si c’est du solide. Néanmoins, « BVA confirme ce qu’on voyait déjà le mois dernier, soit une petite progression de deux trois points », rappelle à 20 Minutes le chargé d’études de l’Ifop, Paul Cébille. Rien de mirifique cependant : avec autour de 40 % d’opinions favorables, « il n’y a pas de jugement largement positif de l’action du chef de l’Etat », précise, plein d’euphémisme, le sondeur.

Pas une très bonne popularité dans l’absolu, mais pas d’effondrement avec la crise

« Le président est crédité de la décision de déconfiner, mais si l’épidémie reprend cet été, ça s’évaporera », prévient Bruno Cautrès, chercheur au Cévipof interrogé par 20 Minutes. Emmanuel Macron l’a lui même déjà connu : une embellie de popularité l’avait déjà touché à l’été 2020, lors du premier déconfinement, avant de disparaître dès la rentrée. « La cote de popularité du président fait le yoyo entre 35 et 40 % depuis des mois », note le chercheur qui ajoute que le chef de l’Etat garde une image très polarisée.

Si ces 40-42 % de popularité ne sont pas de très bons chiffres dans l’absolu, très en retrait par rapport aux scores des chefs d’Etat ou de gouvernement voisins en pleine pandémie, Paul Cébille analyse tout de même qu’il n’y a pas « d’effondrement » de la popularité de l’exécutif. Le sondeur de rappeler qu’à la même date de leurs mandats Nicolas Sarkozy et encore plus François Hollande étaient beaucoup plus bas dans les sondages. De bon augure à moins d’un an de la présidentielle ?

La crise sanitaire brouille les pistes

Pas si sûr. Le contexte particulier (si peu !) depuis plus d’un an doit inviter les observateurs et observatrices à la prudence avec les comparaisons, estime Bruno Cautrès : « Le paradoxe c’est que cette crise a totalement obscurci l’agenda économique et social et des réformes. Pour bien comparer il faudrait revenir aux sondages juste avant la crise, mais aujourd’hui c’est hasardeux. »

Même sans effondrement de la popularité du chef de l’Etat, le reste des chiffres est contrasté : le jugement des Français et des Françaises sondées à l’égard de la gestion de la crise reste négatif. Sur la stratégie de vaccination, la confiance dans le gouvernement a gagné dix points en un mois mais n’est toujours pas majoritaire. Surtout, toujours d’après le sondage de BVA, les Français et les Françaises semblent confiants sur la réussite du déconfinement, aux deux tiers même : « C’est douze points de plus que lors du premier déconfinement, le gouvernement est perçu comme mieux préparé », remarque Paul Cébille.

« Syndrome Churchill »

En fait, Emmanuel Macron semble surtout profiter d’un regain d’optimisme de l’opinion qui se dit peut-être que la crise est en passe d’être vraiment terminée. Le chef de l’Etat, aux commandes, engrange quelques dividendes. Attention néanmoins à ne pas faire trop partie de la page que les Français et les Françaises voudront bientôt tourner. C’est le « syndrome Churchill », dont on entend parler régulièrement ces derniers temps. Une référence – très flatteuse – au vainqueur britannique de la Seconde Guerre mondiale qui a pourtant perdu, et largement, les élections législatives organisées dès juillet 1945 au Royaume-Uni.

Même si le bilan de la pandémie ne sera pas facile à défendre, pense Paul Cébille, le sondeur nous met en garde : « Attention à ne pas surestimer ce problème par rapport aux autres, les Français ne se décideront pas sur un seul sujet. » Sans compter que le pire de la crise économique est peut-être à venir. Du coup, Bruno Cautrès joue aussi la prudence : « On est encore à près d’un an de la présidentielle, on est encore loin de connaître le casting complet. Après les régionales ça commencera à se décanter. » Il faut toujours se rappeler qu’en politique, la seule hirondelle qui compte, c’est celle du printemps des élections.