Manifestation de policiers : La gauche se divise sur le rassemblement

CAMPAGNE L’écologiste Yannick Jadot et les socialistes Anne Hidalgo et Olivier Faure ont participé à la mobilisation, alors que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « manifestation à caractère ostensiblement factieux »

Thibaut Le Gal
— 
Olivier Faure à la manifestation policière devant l'Assemblée nationale à Paris.
Olivier Faure à la manifestation policière devant l'Assemblée nationale à Paris. — TLG/20Minutes
  • Des milliers de policiers se sont rassemblés ce mercredi devant l’Assemblée national, deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson.
  • De nombreux élus de droite, du RN et de gauche ont participé à la mobilisation.
  • Mais certaines revendications syndicales – comme les peines planchers – et la présence d’élus du RN, ont entraîné des divisions à gauche sur ce rassemblement.

Edit du jeudi 20 mai à 11h : Ajout de la polémique liée aux propos d’Olivier Faure sur le « droit de regard » des policiers sur les décisions de justice.

C’est peut-être l’un de ces moments qui lancent les campagnes présidentielles. Des milliers de policiers se sont rassemblés devant l’Assemblée nationale ce mercredi, deux semaines après le meurtre du brigadier Eric Masson. Drapeaux syndicaux en main, ils ont réclamé une réponse pénale plus forte, comme la mise en place de peines planchers – peines minimales incompressibles – pour les agresseurs de policiers.

Mais la manifestation, qui s’est déroulée sous la pluie une bonne partie de l’après-midi, s’est aussi muée en événement politique. De par la présence inattendue et critiquée de Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur et premier flic de France. Et par la division des responsables de gauche sur leur participation ou non à cette manifestation, révélant les fractures de chaque camp sur la sécurité.

Polémique autour des socialistes

Au milieu de la foule bordée par la Seine et le palais Bourbon, difficile de repérer les élus de gauche ayant annoncé leur venue, comme la maire PS de Paris Anne Hidalgo ou le candidat communiste à la présidentielle, Fabien Roussel. Mais les députés socialistes ont eu la bonne idée de porter leur écharpe tricolore et détonnent dans la masse noire et bleue. Olivier Faure en tête : « C’est important d’être là pour signifier à la police républicaine que nous sommes à ces côtés et que nous comprenons ce qu’elle vit », assure le Premier secrétaire du PS au micro de BFMTV. Les forces de l’ordre « sont exposées en permanence aux agressions […]. Il faut réconcilier les Français avec leur police et que chacun comprenne qu’ils sont exposés à des difficultés », ajoute-t-il, tout en se disant opposé au retour des peines planchers.

Dans cet entretien à la chaîne d’inffrmation en continu, Olivier Faure demande que les forces de l’ordre puissent avoir un « droit de regard » sur les décisions de justice, notamment en matière d'« aménagements » des peines. Une remise en cause de la justice, selon plusieurs cadres écologistes et insoumis, qui ne manquera pas d’alimenter les polémiques à gauche, amenant le patron des socialistes à préciser ses propos sur Twitter dans la soirée, puis à rétropédaler ce jeudi matin.

Un Yannick Jadot isolé

Devant le Palais Bourbon, isolé, Yannick Jadot apporte aussi son soutien aux manifestants. « Nos policiers souffrent, il faut les écouter. Je suis là pour dire mon attachement à une police républicaine, pour qu’on lui donne les moyens d’exercer sa mission », avance l’eurodéputé EELV. Au micro, un responsable syndical s’en prend à la justice, et au garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti. « Je ne soutiens pas les revendications qui veulent clouer au pilori la justice et les magistrats, reprend Jadot. Ma présence ici est aussi pour ne pas laisser les policiers être manipulés par le Rassemblement national ou instrumentalisés par le gouvernement. Parce qu’il y aurait beaucoup de représentants du RN, il faudra abandonner la police ? »

Yannick Jadot balaie ici les critiques sur sa présence au sein d’une manifestation soutenue également par Les Républicains, le Rassemblement national, Philippe de Villiers ou encore Eric Zemmour, et à laquelle son parti comme ses rivaux à la primaire ont refusé de participer, dénonçant « les tentatives de récupération politicienne ».

La présence d'Eric Zemmour, au centre, a fait tiquer une partie de la gauche.
La présence d'Eric Zemmour, au centre, a fait tiquer une partie de la gauche. - TLG/20minutes

Mélenchon dénonce une « manifestation à caractère ostensiblement factieux »

« Jadot est un grand garçon, il va où il veut. Mais je suis dubitatif sur la manière dont est portée cette manifestation, et sur son emplacement, devant l’Assemblée, qui laisse un drôle d’arrière-goût, tranche David Cormand, eurodéputé et ex-patron des écologistes. Quand on va à une marche, il faut regarder tous les mots d’ordre, et surtout ceux qu’on ne peut pas cautionner. Ce n’est pas à la police de guider la question judiciaire. »

A l’instar des écologistes, les insoumis ont également refusé de participer à la mobilisation, Jean-Luc Mélenchon la qualifiant de « manifestation à caractère ostensiblement factieux » lors d’une conférence de presse ce mercredi. « Elle s’en prend non pas aux causes pour lesquelles ces malheureux ont été assassinés, mais aux institutions comme l’institution judiciaire », a ajouté le candidat LFI à la présidentielle. Ces débats devraient agiter un peu plus la gauche ces prochains mois, alors que la sécurité semble s’imposer comme l’un des thèmes centraux de la prochaine présidentielle.