Départementales 2021 dans l’Hérault : LREM se déchire sur le voile porté par l’une de ses candidates

POLEMIQUE Sur une affiche électorale pour les élections départementales, l’une des candidates LREM à Montpellier, Sara Zemmahi, porte un voile, ce qui a provoqué ce mardi des tensions au sein du mouvement

Thibaut Le Gal

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Stanislas Guerini
Stanislas Guerini — Jacques Witt/SIPA
  • Jordan Bardella (RN) a interpellé lundi Marlène Schiappa en tweetant une affiche électorale où l’une des candidates LREM aux départementales dans l’Hérault apparaît voilée.
  • Le patron du parti présidentiel, Stanislas Guerini, a demandé dans la foulée aux candidats de changer leur photo, expliquant que « LREM leur retirera [it] leur soutien » dans le cas contraire. Cet ultimatum a déclenché une fracture au sein de la majorité.
  • En fin de journée, le délégué général du parti a confirmé que LREM ne soutenait plus la candidature de Sara Zemmahi.

Edit du 11 mai à 19h10 : Mise à jour du papier après l’annonce du retrait de l’investiture par Stanislas Guerini

« C’est cela la lutte contre le séparatisme ? » D'un simple tweet, Jordan Bardella a enflammé La République en marche. Le numéro 2 du Rassemblement national a interpellé lundi soir la ministre déléguée en charge de la citoyenneté Marlène Schiappa, en tweetant la photo d’une affiche électorale de LREM dans un canton de Montpellier. On peut y voir l’une des candidates remplaçantes, Sara Zemmahi, coiffée d’un voile, aux côtés de trois colistiers, sous le slogan « Différents mais unis pour vous ! ». Une initiative dénoncée dans la foulée par le patron du parti, Stanislas Guerini.

« Les valeurs portées par LREM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale. Soit ces candidats changent leur photo, soit LREM leur retirera leur soutien », a réagi le délégué général du parti présidentiel en réponse au tweet de Jordan Bardella. Mais cette sortie a provoqué mardi une fracture au sein de la majorité.

Tweet de Jordan Bardella sur l'affiche LREM qui fait polémique.
Tweet de Jordan Bardella sur l'affiche LREM qui fait polémique. - Capture d'écran

Soutien du gouvernement et du parti

Si certains marcheurs ont soutenu la position de Stanislas Guerini, d’autres ont peu goûté à l’ultimatum posé par le patron de LREM. « Je suis en désaccord avec mon parti politique. Lorsque vous avez une jeune femme ingénieure, qui fait des heures de bénévolat, qui s’engage dans un parti pour porter des valeurs progressistes, qu’elle soit voilée ou non, elle a toute sa place chez nous », a défendu la députée de l’Hérault Coralie Dubost sur Radio J. « Le mépris du droit, c’est l’agenda du RN. Pas le nôtre. Ecarter cette candidate serait une discrimination », ajoute sa collègue du Val-d’Oise Naïma Moutchou dans un tweet. L’élu de Paris Sacha Houlié a pour sa part demandé la tête de délégué général de LREM. « Je crois qu’il est temps qu’il passe la main et les instances du parti avec lui », dit-il à Libération.

Autant dire que l’ambiance n’était pas à la fête, lors de la réunion de groupe, ce mardi. Si Stanislas Guerini a reconnu une maladresse sur la forme – il n’aurait pas dû réagir directement au tweet de Jordan Bardella – il a maintenu sa position sur le fond, provoquant de vives tensions. « Le groupe s’est totalement déchiré, ça allait à vau-l’eau, malgré les efforts de Guerini et Castaner [président du groupe LREM à l’Assemblée]. Sur ces questions, il n’y a pas d’unanimité, la majorité n’a pas de cap, pas de tête », regrette le député de l’Essonne Francis Chouat, apparenté LREM et partisan d’une ligne plus ferme.

Retrait de l’investiture

De son côté, le gouvernement a soutenu le patron du parti, à l’image de Gabriel Attal. « Pour La République en marche, effectivement, on ne souhaite pas présenter de candidats qui s’affichent sur des documents officiels de campagne avec un signe ostensible religieux, c’est une question de choix politique », a plaidé le porte-parole du gouvernement sur France inter, précisant, que « juridiquement, rien n’empêche une personne de se présenter à une élection avec un signe religieux ».

« Le droit de porter un voile n’est nullement remis en cause. Mais dans le cadre d’une campagne électorale, sous nos couleurs, la religion n’a pas sa place. Car la campagne implique une forme de neutralité, avec une volonté de rassemblement. Donc soit ces affiches sont refaites de manière neutre, soit on retirera l’investiture », complète Maud Bregeon, porte-parole de LREM.

Après que les membres de la liste ont assuré, ce mardi sur BFMTV, qu’ils maintenaient leur candidature, le couperet est tombé en fin de journée. Sara Zemmahi « ne sera pas soutenue par La République en marche », a déclaré dans la soirée Stanislas Guérini sur RTL, lui retirant ainsi l’investiture de LREM.

L’opposition s’est également emparée du sujet. Le patron du groupe de droite à l’Assemblée Damien Abad a annoncé le dépôt d’une proposition de loi pour imposer la « neutralité religieuse lorsqu’on est candidat à une élection ».