Présidentielle 2022 : L’abandon du référendum sur le climat pourrait-il coûter cher à Macron ?

ENVIRONNEMENT Si l’Elysée a démenti l’abandon d’un référendum sur l’inscription de la lutte pour le climat dans la Constitution, la polémique pourrait se répercuter dans les urnes

Marie De Fournas

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Une marche pour le climat a eu lieu le 9 mai 2021 à Paris, après le vote de la Loi Climat et résilience à l'Assemblée nationale en première lecture.
Une marche pour le climat a eu lieu le 9 mai 2021 à Paris, après le vote de la Loi Climat et résilience à l'Assemblée nationale en première lecture. — ISA HARSIN/SIPA
  • Une nouvelle fois, l'exécutif risque de ne pas tenir une de ses promesses écologiques... et de perdre des voix dans les urnes.
  • Le gouvernement, qui devait soumettre aux citoyens un référendum sur le climat, affirme ne pas pouvoir le faire en raison d’un blocage au Sénat majoritairement à droite.
  • Pour l’opposition et les experts politiques, l’annonce de ce référendum était avant tout un effet d’annonce qui n’avait que très peu de chance de voir le jour.

La promesse du chef de l’Etat ne sera peut-être jamais honorée. Selon une information du JDD, Emmanuel Macron serait sur le point d’enterrer le référendum sur le climat. Un scrutin qu’il avait pourtant promis en décembre dernier. Les Français devaient décider de l’inscription – ou non – de cette phrase dans l’article 1er de la Constitution : « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. »

Après un texte de loi sur le climat accusé d’être dénaturé et un retour en arrière sur l’interdiction du glyphosate, cet énième pas en arrière est peut-être celui du trop en vue de la présidentielle – bien que l’Elysée assure que le projet est toujours d’actualité. « On a l’impression qu’Emmanuel Macron se sert de l’environnement, mais ne le sert pas, ça aura donc forcément un effet électoral », souligne Juliette Grange, philosophe spécialisée en l’écologie politique.

Le climat, un enjeu crutial de la présidentielle

En 2021, ne pas tenir une promesse écologique a bien plus d’impact que par le passé. « L’enjeu environnemental est devenu beaucoup plus crucial et concret depuis les élections européennes de 2019. On a des alertes de scientifiques presque toutes les semaines », analyse Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). « Et dernièrement, les gens ont acté que la catastrophe du Covid-19était plus ou moins associée à une catastrophe environnementale. »

Le politologue note cependant que l’enjeu environnemental, qui était dernièrement en tête des priorités pour les Français lors des élections, était passé troisième dans un récent sondage national d’Opinion Way concernant les élections régionales. La sécurité figure désormais en première position, devant le développement économique et la création d’emplois. « On ne sait pas si cela restera ainsi jusqu’à la prochaine présidentielle. On le verra au moment de la campagne électorale, mais pour l’instant ce n’est pas acté. »

« Un joli coup politique »

Pour les experts, cette affaire de référendum cache une manipulation politique. « Je crois qu’Emmanuel Macron a joué un joli coup politique avec la promesse de ce référendum pour se donner une image d’environnementaliste et séduire ainsi un public écolo, l’électorat de gauche, et un public jeune que l’on a beaucoup vu dans les manifestations pour le climat, observe Juliette Grange. Ce qui semble avoir marché car il y a eu une opinion favorable au référendum assez forte. Eux vont être déçus et, peut-être, se détourner. »

Un joli coup, donc, mais un coup surprenant, car le référendum reste un scrutin dangereux. « On dit souvent que le peuple ne répond pas à la question, mais répond à celui qui la pose, et peut donc toujours se retourner contre lui », explique Daniel Boy, pour qui Emmanuel Macron n’a donc pas forcément intérêt à ce que ce scrutin se tienne. Mais alors pourquoi le proposer ? « Parce que la probabilité pour que cela arrive est faible », poursuit le politologue.

Un coup de poker à double tranchant

En effet, pour que le référendum puisse être proposé aux Français, il faut que le Sénat et l’Assemblée nationale votent la proposition dans les mêmes termes exacts. Or les sénateurs ont rejeté le verbe « garantit » dans la phrase à ajouter dans la Constitution. « Il était assez clair que cela arriverait, vu que le Sénat a une majorité de droite qui ne veut pas de ce référendum », lance Juliette Grange.

L’exécutif et le Sénat se renvoient d'ailleurs déjà la responsabilité de l’échec annoncé du référendum. « La majorité sénatoriale de droite a fait le choix de vider de sa substance la proposition de la Convention citoyenne pour le climat, et donc d’empêcher l’accord », a fustigé le rapporteur LREM du projet de loi à l’Assemblée nationale, Pieyre-Alexandre Anglade.  « Avant même que le Sénat n’ait voté quoi que ce soit et que la discussion avec l’Assemblée nationale ne s’engage, Emmanuel Macron nous accuse de blocage pour justifier l’annulation d’un référendum dont il ne voulait pas », rétorque sur Twitter Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.

« Ca peut complètement se retourner contre lui »

« Les jeunes et même une partie du grand public ne connaissent que vaguement le rôle du Sénat et s’en fichent un peu. La situation est complexe, donc ça peut complètement se retourner contre lui », avance la philosophe, autrice du livre Petite philosophie de l’écologie. « Il y a un risque que ça soit trop compliqué pour le public, et ça sera plus simple de dire que c’est la faute de Macron », complète Daniel Boy.

Difficile, cependant de prédire si ce coup politique, quelle que soit son issue, aura un réel impact sur les votes à la présidentielle. Bien que certains sondages aient pu donner LREM comme premier parti chez les 18-24 ans, « il y a encore beaucoup d’abstention chez les jeunes, rappelle Daniel Boy. Les dernières études auxquelles j’ai eu accès montrent par ailleurs un manque d’intérêt des jeunes pour la présidentielle qui est frappant ».

« De toute façon, si déception il y a, elle est déjà actée par la convention climatique et l’usage qu’en a fait Emmanuel Macron, donc le référendum ne changera pas radicalement les choses », conclut-il.