Coronavirus : Macron et Merkel appellent les Etats-Unis à autoriser l'exportation des vaccins

EPIDEMIE Pour le président de la République, la limitation des exportations entrave davantage la production des vaccins contre le Covid-19 que la question des brevets, sur laquelle Joe Biden s’est prononcé cette semaine

20 Minutes avec AFP

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Conférence de presse d'Emmanuel Macron à Porto, samedi 8 mai 2021
Conférence de presse d'Emmanuel Macron à Porto, samedi 8 mai 2021 — AFP

Une prise de position claire des dirigeants européens. Le président français Emmanuel Macron a appelé ce samedi les Etats-Unis à lever toutes les restrictions à l’export des vaccins et composants de vaccins contre le Covid-19 qui, selon lui, limitent la production en Europe. Un appel relayé par la chancelière Angela Merkel, qui demande aux Etats-Unis d'« ouvrir le marché » et permettre des exportations.

« J’appelle très clairement les Etats-Unis à mettre fin aux interdictions à l’export, non seulement de vaccins mais de composants de ces vaccins qui empêchent la production, a déclaré Emmanuel Macron devant la presse au sommet social européen à Porto. La clé pour produire plus vite des vaccins pour les pays pauvres et les pays intermédiaires, c’est de produire plus : lever les interdictions à l’export. »

Le vaccin Curevac bloqué

Le laboratoire allemand Curevac, dont le vaccin n’est pas encore approuvé mais doit jouer un rôle important dans les campagnes européennes de vaccination, « dit qu’il ne peut pas produire en Europe car les composants sont bloqués aux Etats-Unis », a-t-il accusé.

« Je souhaite que, maintenant qu’une grande partie de la population américaine a été vaccinée, nous puissions avoir un libre échange de composants et aussi une ouverture du marché des vaccins », a également déclaré ce samedi Angela Merkel lors d’une conférence de presse, soulignant que l’Union européenne exportait, pour sa part, une « grande partie » de sa production de vaccins.

Pour Macron, la priorité n’est pas à la levée des brevets

Au sujet de la proposition de Joe Biden de lever les brevets des vaccins Covid-19, qui a obligé les Européens à se positionner, Emmanuel Macron s’est dit ouvert à « une levée circonscrite », sur le modèle des traitements contre le sida, mais que l’urgence n’était pas là. Et il a estimé que l’Europe était bien plus généreuse dans les faits que les Etats-Unis car elle avait exporté la moitié des 400 millions de doses produites sur son sol.

Le président de la République a de nouveau expliqué que, selon lui, la priorité n’était pas de lever les brevets – autrement dit de ne plus payer de redevance aux labos américains inventeurs des vaccins – mais d’effectuer des transferts de technologie pour installer des sites de production dans les pays pauvres, citant le Sénégal, l’Inde et l’Afrique du Sud, où il va bientôt aller inaugurer une usine aidée par l’UE. Lever les brevets « sera une réponse, mais seulement quand on aura produit suffisamment de vaccins et que ce ne sera qu’une question de coût », a-t-il jugé.

Le chef de l’Etat agacé

Le président français s’est aussi insurgé avec vigueur contre l’idée que les Etats-Unis semblaient prendre un leadership moral par leur proposition sur les brevets, qui a été relayée jusque par le Pape samedi matin.

« Quand, il y a un an, nous Européens on lance Act-A », a-t-il lancé à la presse à propos de l’initiative visant à développer des vaccins, des médicaments et des moyens de diagnostic et à renforcer les systèmes de santé dans le monde entier, « vous ne nous dites pas "vous Européens avez un leadership moral", vous dites « les Etats-Unis ne vous suivent pas ». Et quand les Etats-Unis nous suivent, vous dites qu’ils ont le leadership ».