Régionales en Bretagne : Quelles chances pour les écologistes dans la région de l’agrobusiness ?

GREEN-BRETAGNE Au moins deux listes écologistes seront présentes au premier tour du scrutin régional en Bretagne, dans une région touchée de plein fouet par les problèmes environnementaux

Camille Allain

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Claire Desmares-Poirrier est la tête de la liste Bretagne d'avenir et candidate écologiste aux élections régionales.
Claire Desmares-Poirrier est la tête de la liste Bretagne d'avenir et candidate écologiste aux élections régionales. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Bretagne, deux listes écologistes seront présentes au premier tour des élections régionales les 20 et 27 juin.
  • Claire Desmares-Poirrier et Daniel Cueff espèrent grignoter des voix dans l’important vivier écologiste de la région.
  • Le thème de l’agriculture sera central dans cette région où l’agrobusiness pèse un poids considérable.

Ils ont longtemps été maltraités par Jean-Yves Le Drian. Toujours écartés, parfois même méprisés, les écologistes ont vu l’un de leurs adversaires historiques se retirer de la course aux élections régionales en Bretagne. S’il observe d’un œil attentif le débat politique depuis ses bureaux du quai d’Orsay, le ministre des Affaires étrangères ne sera pas candidat pour le scrutin régional prévu les 20 et 27 juin. Alors que l’urgence climatique se précise chaque jour, que le modèle agricole intensif est sans cesse remis en question et que les algues vertes tapissent les plages, les écologistes peuvent-ils s’emparer de la région ? Pas certain, d’autant qu’ils avancent divisés. Etat des lieux.

Elle n’est pas très connue dans la région mais avance ses pions. Derrière ses fines lunettes rondes, Claire Desmares-Poirrier ne cache pas son regard acéré sur la politique régionale. Installée à Six-sur-Aff, au sud de Rennes, la tête de la liste écologiste Bretagne d’avenir se verrait bien présider la région. Pas pour la gloire, mais pour l’action. « Notre objectif est clair. Nous voulons passer la région aux mains des Verts. » Ambitieuse, la jeune femme a quitté la ville pour s’installer à la campagne et se lancer dans la culture de plantes médicinales. Tout un symbole dans une région dominée par les puissances de l’agrobusiness. « L’agriculture sera au centre de la campagne, c’est certain. Si la Bretagne était autonome, elle serait parmi les plus mal notées du monde sur le plan écologique. Mais notre modèle est à genoux. Sans les millions de subventions, il ne tient plus ». Pas question pour autant de mépriser le monde paysan. « Il nous faut sortir des postures, rouvrir l’espace de débat », explique la candidate de 36 ans.

Un scrutin qui s’annonce très ouvert

Rejointe par l’Union démocratique bretonne et Nouvelle Donne, sa liste devra cependant faire face à un adversaire de poids. Ancien maire de Langouët, Daniel Cueff se présente comme un candidat crédible, porté par l’emballement médiatique autour de sa lutte contre les pesticides. « C’est sans doute la personnalité la plus connue, avec Loïg Chesnais-Girard [président socialiste sortant] », analyse Romain Pasquier. Le politologue rappelle que le « meilleur » candidat écologiste avait été Guy Hascoët, en 2010, qui avait profité de sa renommée d’ancien secrétaire d’État pour obtenir plus de 12 % au premier tour. « Mais les choses ont changé. Plusieurs maires écologistes peu connus ont été élus. »

Le maire de Langouët Daniel Cueff est devenu la figure de la lutte contre les pesticides.
Le maire de Langouët Daniel Cueff est devenu la figure de la lutte contre les pesticides. - C. Allain / 20 Minutes

Un sondage, un peu biaisé et par ailleurs épinglé par la commission nationale, a confirmé cette tendance. Daniel Cueff est très connu des Bretons. Mais son discours passera-t-il dans une région où l’agriculture « conventionnelle » est ultra-majoritaire ? « Les écologistes doivent porter un message de rupture sans tomber dans la radicalité. On a vu que certains exemples comme le sapin de Noël du maire de Bordeaux ont fait mal. Il y a aussi un green-bashing », rappelle Romain Pasquier. « Notre programme, nous voulons le construire avec les habitants autour de l’écologie et de la solidarité. Nous ne voulons pas gouverner avec nos cabinets comme le faisait Le Drian », poursuit la candidate désignée par EELV.

Dans un scrutin très ouvert, le politologue Romain Pasquier s’attend à voir la liste de Claire Desmares-Poirrier « entre 10 et 15 % » mais peine à pronostiquer le score de Daniel Cueff. « Le vote écologiste est souvent porteur dans les villes mais c’est là que l’on vote le moins. Ce qui fera la différence, c’est le jeu des alliances ». L’une pourrait faire pacte avec Loïg Chesnais-Girard (PS) pour faire face à  Thierry Burlot (LREM) ou Isabelle Le Callennec (LR). L’autre s’engage à ne faire aucune alliance. « C’est une promesse de campagne, nous l’avons annoncé dès le départ. Notre liste n’appartient à aucun parti politique. Peu importe le résultat, nous resterons dans notre épure », promet Daniel Cueff. Le prix à payer pour gouverner ?