Régionales : LR face à un dilemme après l’alliance de Renaud Muselier avec LREM

ELECTIONS A moins d’un an de la présidentielle, la droite se serait bien passée de cet accord entre le sortant LR en Paca et le parti d’Emmanuel Macron

Laure Cometti

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Emmanuel Macron et Renaud Muselier, président LR de la région Paca, le 24 juin 2019 à Marseille.
Emmanuel Macron et Renaud Muselier, président LR de la région Paca, le 24 juin 2019 à Marseille. — Bruno Bebert-POOL/SIPA
  • Le Premier ministre a annoncé en personne, dimanche, que le parti présidentiel retirait sa liste en vue des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour fusionner avec celle du président sortant, le LR Renaud Muselier.
  • Cette annonce a eu l’effet d’un séisme chez Les Républicains, qui refusent toute alliance avec le parti d’Emmanuel Macron pour ne pas hypothéquer leurs chances de conquérir l’Elysée en 2022.
  • La droite se retrouve dans une situation très inconfortable, et s'interrogera sur l'opportunité de présenter une nouvelle liste en Paca lors de plusieurs réunions de ses instances dirigeantes ce mardi.

Le week-end n’a pas été de tout repos à droite. L’annonce d’une alliance entre Renaud Muselier et La République en marche pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) a provoqué la colère et la déception des cadres de LR. « Le pompon, c’est que ça a été annoncé par le Premier ministre Jean Castex ! », s’agace-t-on à la direction du parti. Le chef du gouvernement a précisé que des macronistes intégreront la liste du président sortant. Cette fusion a ébranlé la direction nationale du parti, qui souhaite réagir fermement, à moins d’un an de l’ élection présidentielle.

Un dilemme à trancher

Christian Jacob l'avait assuré à 20 Minutes lors d’une rencontre en avril : aucun accord ne sera conclu aux régionales et aux départementales entre la droite et le parti d’Emmanuel Macron. Le patron de LR a donc promptement réagi, dimanche, par voie de communiqué. Taclant de « petites manœuvres électorales en Paca par Monsieur Castex », le député de Seine-et-Marne a décidé de retirer son investiture LR à Renaud Muselier. « Il fallait clarifier les choses, dire notre opposition à cet accord d’appareil avec l’onction du Premier ministre », salue Virginie Duby-Muller, vice-présidente du parti.

L’affaire est toutefois loin d’être réglée, et le parti se retrouve face à un épineux dilemme, alors que plusieurs ténors LR poussent pour présenter une liste face à Renaud Muselier. « Si on le fait et que le Rassemblement national gagne la région en juin, on dira que c’est la faute de LR qui n’a pas joué le rassemblement », anticipe un cadre. Dans les derniers sondages, l’ex-LR Thierry Mariani, tête de liste du RN, est donné en tête des intentions de vote au premier tour, à environ 30 %, devant le président sortant, à 27 %.

Une offensive de Macron

Mais ne pas présenter de liste LR fait courir le risque de voir des électeurs de droite se disperser entre les listes RN, celle de Muselier fusionnée avec LREM, et l’abstention, envoyant un mauvais signal à moins d’un an de l’élection présidentielle. « Si on ne réagit pas, on valide la stratégie d’Emmanuel Macron. Il teste en Paca ce qu’il veut faire l’année prochaine, avec le soutien de quelques barons de la droite qui ont fait une croix sur 2022 pour LR, comme Muselier, Estrosi et Falco [les maires LR de Nice et de Toulon auraient œuvré à cette fusion avec LREM en Paca] », affirme Eric Pauget. Le député LR des Alpes-Maritimes souhaite donc que le parti investisse rapidement une nouvelle liste dans la région. « Sinon, on est mort dans un an. »

Le dilemme sera au menu d’une réunion du comité stratégique du parti prévue ce mardi matin, avant une commission nationale d’investiture en fin de journée. Le délai de réflexion sera en tout cas de courte durée, puisque les listes doivent être déposées au plus tard le 17 mai prochain. Le parti devra aussi se prononcer sur une éventuelle exclusion de Renaud Muselier, qui a néanmoins réaffirmé ce lundi sa « loyauté envers [sa] famille politique », dont il « redemandera le soutien » mardi. « En faisant son choix, il s’est mis en congé du parti de facto, pas la peine de se lancer dans des procédures [d'exclusion] qui n’intéressent personne », a balayé sur LCI la député des Hauts-de-Seine Constance Le Grip.

Le risque de perdre la région Paca

Avec cet accord, LR craint également de voir s’amenuiser ses chances de conserver la région Paca, alors que la priorité fixée par Christian Jacob est justement de faire réélire les exécutifs sortants. « Tout ça va profiter à Mariani. Cette alliance, ça lui a fait gagner dix points, et sans faire campagne ! », craint Eric Pauget.

Outre les répercussions locales de cet accord, LR craint des conséquences nationales. « Si, aux régionales, on crée la confusion, ça hypothèque une partie de nos chances à la présidentielle », a prévenu le vice-président LR Damien Abad, dimanche sur Radio J. Ce qui n’a pas empêché quelques maires LR de soutenir la démarche de Renaud Muselier, comme Jean-Luc Moudenc à Toulouse, accentuant les divisions au sein de la droite et ajoutant à la confusion.

« Il ne faut pas que l’on ait la moindre collusion avec LREM, même au niveau local. On risque de perdre toute cohérence puisqu’au niveau national, on se bat contre leurs lacunes sur les sujets régaliens, sur leur gestion de la crise sanitaire, sur leur abandon de la réforme des retraites », enchaîne Virginie Duby-Muller. Il reste quelques mois à la droite pour en convaincre les électeurs, et desserrer l’étau entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.