Régionales en Paca : Après un an de calme, une nouvelle guerre éclate entre les leaders LR azuréens

ELECTIONS Depuis 2017 et l’élection présidentielle, les divergences au sein du parti LR se sont accentuées entre les « Macron-compatibles » comme Christian Estrosi et et les autres, notamment Eric Ciotti

Elise Martin

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Christian Estrosi et Eric Ciotti, le 31 janvier 2015 à Nice.
Christian Estrosi et Eric Ciotti, le 31 janvier 2015 à Nice. — BEBERT BRUNO/SIPA
  • Le Premier ministre a annoncé le retrait de la liste LREM au premier tour des élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, au profit du président LR sortant de la région, Renaud Muselier.
  • Depuis, les réactions fusent au sein du parti LR.
  • Les tensions qui semblaient s’être apaisées après les élections municipales, sont reparties de plus belle dans les Alpes-Maritimes.

L’entretien de Jean Castex, publié dans Journal du Dimanche, a allumé un feu qui ne semble plus pouvoir s’éteindre. Depuis un an, les tensions au sein du parti Les Républicains dans les Alpes-Maritimes, et notamment opposant Christian Estrosi et Eric Ciotti, semblaient s’être apaisées mais « quand la politique est de nouveau d’actualité, les histoires reprennent », souffle un soutien du député azuréen. Et les deux élus se déchirent à nouveau par déclarations interposées.

« Depuis 2017, il y a des divergences au sein du parti avec ceux qui sont "Macron-compatibles", affirme encore ce membre du parti. Les soutiens d’Eric Ciotti sont clairs et veulent un barrage contre Marine Le Pen mais aussi contre Emmanuel Macron. Depuis 2017, Christian Estrosi montre une carte d’entre-deux. Mais il n’y a pas que lui. D’autres élus LR sont sur ce tempo. Ce n’est pas une guerre locale, ça ne se joue pas qu’à Nice. Avec ce constat, c’est difficile de s’entendre. Il y a des différences politiques profondes. ».

Il ajoute : « Si c’était calme pendant un an, c’est surtout parce que la priorité était la gestion de la tempête Alex et du Covid. Mais maintenant, les parenthèses sont closes. »

« Tout droit vers une implosion »

« Je suis triste de voir que ça prend une telle tournure, déplore Pierre-Paul Leonelli, président du groupe majoritaire Union Pour la Région et très proche de Christian Estrosi. Quand on est une famille politique qui a perdu à la présidentielle, aux européennes et qu’il y a un réel danger du Rassemblement national sur le territoire, tout le monde devrait prendre du recul. »

Pour lui, les réactions d’une partie des LR depuis les annonces du retrait de la liste LREM sont « malhonnêtes ». Il développe : « Dans notre groupe, on a huit sensibilités différentes et la seule chose qui cimente cette union, c’est l’intérêt de la région. Il y a une hypocrisie de la part d’une bande organisée radicaliste qui a notamment accepté l’alliance avec Debout la France. On va tout droit vers une implosion au sein du parti. »

L’élu se pose également des questions sur cette paix trouvée depuis les élections municipales. « On a l’impression que c’est Eric Ciotti le chef du parti. Mais à part donner des leçons de morale depuis Paris, il fait quoi ? On se demande s’il a réellement envie que notre majorité garde la région. Si on mène le combat de cette manière, on donne des munitions au RN alors que notre seule bataille reste de leur faire barrage. Ils devront prendre leurs responsabilités si une liste est présentée et qu’au 27 au soir, le RN remporte les élections. »

Une bataille médiatique

C’est d’ailleurs ce que rappelait Christian Estrosi samedi matin sur Europe 1. Il évoquait ses inquiétudes face aux déclarations du député : « Si certains ne cessent de la conduire vers des dérives politiques pour camoufler son propre sectarisme en attaquant par les mensonges, la calomnie, cela ressemble fortement au type de posture que l’extrême droite utilise ». Et a reproché à Eric Ciotti de « faire partie de ceux qui n’ont pas fait de choix aux élections présidentielles entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ».

En réponse, Eric Ciotti, sur Europe 1, lundi matin, déclarait refuser de choisir entre la liste RN portée par Thierry Mariani et la liste LREM. « On peut me faire tous les reproches de la terre. Je n’en ai cure, j’ai des convictions, j’ai des valeurs, je ne me compromettrais pas. Je garde une ligne claire. Je suis un homme de droite », a-t-il affirmé.

« Il n’y a pas de droite, il n’y a pas de gauche. En fait, je n’en ai rien à foutre… Je suis de droite, et alors ? Je suis fréquentable ou pas ? ! », avait tranché sans prendre de gants Renaud Muselier  lundi midi, lors de l'inauguration du retour de la ligne de train à Tende

Le maire de Nice, présent à ses côtés, ne s’est pas plus exprimé sur le sujet. Il avait déjà affiché son soutien au président sortant sur les réseaux sociaux. Lors d’une conférence de presse lundi soir, Renaud Muselier le qualifiait de marin « fidèle au poste, prêt à faire face ».

Le seul point sur lequel tout le monde se rejoint : les réunions LR qui ont lieu actuellement à Paris. « Tout va se jouer lors du comité stratégique car il permettra d’y voir plus clair sur l’avenir du parti », conclut un soutien d’Eric Ciotti.