Marseille : « Il fallait des preuves de la tenue de propos racistes pour agir », explique l’adjointe au maire Sophie Roques

INTERVIEW L’adjointe au maire Sophie Roques était l’une des témoins des propos racistes d’un président de club nautique à Marseille, évoquant en pleine réunion une éventuelle « ratonnade »

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Un bateau dans le port de la Pointe-Rouge
Un bateau dans le port de la Pointe-Rouge — Adrien Max / 20 Minutes

Le président d’un club nautique à Marseille qui évoque, l’éventualité d’une « ratonnade » contre les « Arabes », en pleine réunion sous l’égide de la métropole d’Aix-Marseille Provence sur les incivilités sur le port de la Pointe. Telle est la scène raciste ​rapportée par Marsactu ce mardi, dont ont été témoins plusieurs élus de la métropole, comme Didier Réault, et de la ville de Marseille. Présente ce jour-là, l’adjointe au maire de Marseille Sophie Roques revient pour 20 Minutes sur cet incident et justifie la réaction tardive de la mairie pour sanctionner le président de cette association.

Qu’avez-vous pensé en entendant les propos véhéments et racistes du président du yachting club de la Pointe-Rouge ?

Il faut savoir que c’est la première fois que je siégeais au conseil portuaire. Je représentais la municipalité à ce titre. Je ne connais personne autour de la table. Il n’y a d’ailleurs pas eu de tour de table pour se présenter. Tout le monde avait l’air de se connaître. Quand les propos ont été tenus, personne autour de la table n’avait l’air surpris. J’étais la seule à faire les gros yeux au président de séance, qui est en charge de réguler cette réunion. J’attendais une réaction de sa part. Elle n’est jamais venue. Tout le monde avait l’air d’être habitué à ce type de comportements.

Pourquoi ne pas avoir pas réagi sur le moment ? Dans les enregistrements diffusés par nos confrères, aucun élu ne semble s’émouvoir de tels propos…

Sur le moment, c’est déjà violent à entendre. J’étais d’abord abasourdie. Je suis restée estomaquée, très choquée par les propos qui étaient tenus, qui sont inacceptables. La ville a d’ailleurs décidé ce jour de geler toutes les demandes de subvention à cette association. Nous ne pouvons pas cautionner de donner des subventions à un président dont les propos sont racistes et honteux. Ensuite, quels moyens, concrètement, pouvais-je avoir ?

Ne pouviez-vous pas saisir la justice au titre de l’article 40 du code de procédure pénale ?

Mais pour agir, il fallait des preuves, des écrits ou des enregistrements. Nous attendions le compte rendu de la réunion, qui devait nous être communiqué, comme c’est le cas dans toute réunion institutionnelle. On pensait l’avoir peut-être lors du prochain conseil portuaire. Jusqu’ici, en tout cas, nous ne l’avons pas eu. Il s’avère que c’est la presse qui a eu un enregistrement. Voilà.

Mais ne pouviez-vous pas sévir, en demandant auprès de vos collègues adjoints le gel de ces subventions, vous qui avez été directement témoin de la scène ? On a l’impression que l’article de Marsactu a un peu précipité les choses…

Ce sont des choses dont on avait discuté, mais, pareil, on attendait des éléments concrets, un compte rendu. Sinon, ça devient un peu parole contre parole. Là encore, c’est une question de preuves et de traces. Avant de prendre des décisions, il fallait des éléments concrets.