Régionales en Ile-de-France : Pourquoi Marlène Schiappa se lance dans la campagne à Paris

CANDIDATURE Marlène Schiappa fait partie des quatre femmes du gouvernement figurant sur les listes de la majorité présidentielle pour les élections régionales en Ile-de-France

Laure Cometti

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Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté devant une station de métro à Paris le 15 avril 2021.
Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté devant une station de métro à Paris le 15 avril 2021. — CELINE BREGAND/SIPA
  • Marlène Schiappa, ministre chargée de la Citoyenneté, sera tête de liste de la majorité présidentielle à Paris pour les élections régionales en Île-de-France, a annoncé La République en marche mardi.
  • LREM met en avant son expertise sur les thèmes de la sécurité et de la laïcité, deux terrains sur lesquels les marcheurs veulent être offensifs pour mettre la gauche et la droite en difficulté.
  • Malgré son échec aux municipales dans la capitale en 2020, la très médiatique membre du gouvernement apporte aussi sa notoriété la campagne régionale de LREM.

C’est l’invitée surprise des régionales du côté des marcheurs. Marlène Schiappa mènera la liste de La République en marche à Paris. Après avoir pourtant écarté cette possibilité en janvier dernier, dans un entretien au Figaro, la ministre déléguée à la Citoyenneté a officialisé mardi sa candidature au scrutin des 20 et 27 juin prochains, sous les couleurs de la majorité présidentielle. Un casting qui aurait été validé par l’Elysée et Matignon, selon Le Figaro. A moins d’un an de la présidentielle, Emmanuel Macron souhaite se montrer plus offensif sur les questions de sécurité et de laïcité.

L’atout notoriété

Très médiatique, la ministre apporte sa notoriété à une liste LREM en mal de reconnaissance. Selon un sondage BVA pour RTL publié le 29 mars dernier, seuls 18 % des électeurs d’Ile-de-France connaissaient, au moins de nom, Laurent Saint-Martin, député LREM et tête de liste régionale en Ile-de-France. Le rapporteur du budget à l’Assemblée affiche un lourd retard de notoriété par rapport aux têtes d’affiche Valérie Pécresse (Libres !), Jordan Bardella (vice-président du RN), Audrey Pulvar (divers gauche), Clémentine Autain (La France insoumise) et Julien Bayou (EELV).

« J’ai une notoriété plus basse que mes concurrents dans cette campagne, j’en suis conscient », a reconnu l’intéressé mardi, lors d’une conférence de presse organisée dans la capitale. Mais « ce n’est pas la notoriété qui fait l’élection ! Marlène Schiappa n’est pas tête de liste à Paris parce qu’elle est connue, elle l’est pour son expertise sur la citoyenneté, sur l’égalité entre les femmes et les hommes et sur les enjeux de sécurité, notamment dans les transports, qui seront essentiels pendant cette campagne », a poursuivi Laurent Saint-Martin. La nomination surprise de la ministre a en tout cas fait réagir la vice-présidente Les Républicains du conseil régional d'Ile-de-France, Agnès Evren, qui a fustigé sur Twitter la « candidature de témoignage » d’une femme politique sans « implication locale »

Parler de sécurité, enjeu plébiscité par les électeurs

Toujours d’après Le Figaro, la ministre veut faire campagne sur la laïcité et la sécurité, deux sujets qui ne font pourtant pas partie des compétences des exécutifs régionaux. Mais la sécurité est l’enjeu le plus important de ce scrutin pour les électeurs franciliens, d’après un sondage commandé en janvier par LREM à OpinionWay. « Ce sont deux thèmes prioritaires pour les Franciliens, notamment la sécurité du quotidien, dans les transports et aux abords des lycées, deux terrains sur lesquels la région peut agir », confirme Aurore Bergé à 20 Minutes.

La députée LREM, tête de liste dans les Yvelines, loue d’ailleurs le choix de la ministre, « crédibilisant » la liste sur ce thème. « Marlène est extrêmement légitime sur la sécurité, en tant que ministre déléguée à l’Intérieur, et aussi car la sécurité dans les transports, c’est rattaché à la question des femmes, au harcèlement, un thème sur lequel elle a une expertise », poursuit la marcheuse.

Incarner la laïcité version LREM en vue de 2022

Quant à la laïcité, c’est un sujet sur lequel Marlène Schiappa a déjà eu l’occasion de ferrailler avec ses adversaires des régionales. Lors de l’affaire sur la subvention d’une future mosquée à Strasbourg, la ministre avait torpillé fin mars « l’irresponsabilité de la part d’EELV » et affirmé que « dans les faits, il y a une complicité [des écologistes] avec l’islam politique ». La ministre avait également tiré à boulets rouges sur la candidate divers gauche Audrey Pulvar après ses propos sur les réunions non-mixtes, jugeant qu'elle était « à la remorque des idées indigénistes », toujours fin mars.

L’implication de la ministre, très offensive sur la laïcité (elle a lancé le 20 avril dernier des « états généraux » sur ce thème), dans cette campagne régionale, n’a donc rien d’anodin à moins d’un an de la présidentielle. « C’est un enjeu politique, et c’est précieux d’avoir une candidate capable d’affirmer clairement notre position sur la laïcité », estime Aurore Bergé. « Les trois candidats de la gauche ont des ambiguïtés sur ce sujet, voire des désaccords avec nous. Quant à Valérie Pécresse, peut-être inquiète du futur score du RN, elle fait des raccourcis dangereux entre immigration et terrorisme », tacle la députée des Yvelines.

Chez les marcheurs, son arrivée, critiquée par quelques-uns, semble accueillie favorablement. « Elle a un sacré fan-club, et elle est très combattante », salue Olivier Ponsoye, référent LREM Paris centre. « Elle peut contribuer à créer la surprise lors de ce scrutin, et montrer que la majorité a bien des choses à dire à un an de la présidentielle. » Le pari est toutefois risqué. Aux municipales, Marlène Schiappa était présente sur la liste LREM dans le 14e arrondissement de Paris, qui a fini quatrième au second tour, avec 8,6 %, n’obtenant aucun siège. Dans les dernières enquêtes d’opinion, la liste LREM est créditée de 11 à 16 % des voix au premier tour, loin derrière la sortante Valérie Pécresse (à plus de 30%).