Coronavirus : La quarantaine obligatoire pour entrer en France, une mesure qui a tardé à être mise en place

PANDEMIE Un isolement obligatoire de 10 jours entre en vigueur ce samedi pour certains voyageurs désirant entrer dans l’Hexagone

L.C.

— 

Un test du coronavirus à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, samedi 1er août.
Un test du coronavirus à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, samedi 1er août. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Tous les passagers en provenance du Brésil, de l’Inde, du Chili, d’Afrique du Sud, de l’Argentine ert de Guyane feront l’objet d’une mise en quarantaine de 10 jours, a confirmé le gouvernement jeudi.
  • D’autres pays, comme la Corée du Sud ou Israël, ont mis en place un isolement obligatoire pour les passagers entrant sur leur territoire dès le début de la pandémie.
  • La majorité explique n’adopter cette mesure qu'aujourd'hui en raison de difficultés juridiques et d’un manque de moyens pour contrôler le respect de la quarantaine.

Le 12 mars 2020, Emmanuel Macron jugeait que le coronavirus n’avait « pas de passeport » et que des fermetures de frontières, si elles s’avéraient « pertinentes », pourraient être décidées « à l’échelle européenne ». Un an plus tard, la France s’apprête finalement à imposer une mise en quarantaine obligatoire de dix jours pour les voyageurs en provenance de Guyane, du Brésil, du Chili, de l’Argentine, d’Afrique du Sud et de l’Inde.

La mesure, qui entre en vigueur ce samedi, vise à ralentir la progression de certains variants du Covid-19 dans l’Hexagone. L’isolement obligatoire à l’arrivée sur le territoire a déjà été imposé dans certains pays dès le début de la pandémie. Dans l’Hexagone, à quelques exceptions près – en particulier les Français rapatriés de Wuhan au tout début de l’épidémie et confinés à Carry-le-Rouet –, une telle mesure n’avait pas encore été déployée. Pourquoi la France a-t-elle tant tardé ?

Des difficultés juridiques ?

Les passagers en provenance des pays concernés feront l’objet d’une quarantaine « décidée par arrêté préfectoral », « quel que soit le résultat de leur test » à l’arrivée en France, a détaillé jeudi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. De plus, « pour l’essentiel, seuls les ressortissants français et européens ayant leur résidence principale en France pourront entrer sur le territoire national », a précisé le locataire de Beauvau.

« Cette mesure figurait dans une ordonnance adoptée en mars 2020, que l’opposition a contestée », fait valoir Anne Genetet, députée des Français de l’étranger et porte-parole du groupe La République en marche à l’Assemblée. Le Conseil constitutionnel s’est pourtant prononcé sur ce sujet dès le mois de mai 2020, estimant que la quarantaine obligatoire pouvait être imposée au nom de la santé, si toutefois elle était strictement encadrée.

« On peut donc imposer un isolement, mais cela doit passer par un arrêté préfectoral », poursuit la parlementaire, citant un exemple récent. « Il y a quinze jours, les 85 passagers d’un avion venant du Brésil qui voulaient entrer en France ont été tous testés à leur arrivée. Les deux personnes positives ont été placées en quarantaine, sur décision du préfet. » 

D'ici samedi, un décret doit par ailleurs être publié au Journal officiel précisant les conditions de quarantaine, précise-t-on au ministère de l'Intérieur.

Manque de moyens

Si les outils juridiques existaient, la mise en place tardive de cette mesure s’explique peut-être également par la difficulté à la faire appliquer, faute de moyens de contrôle. « Il y avait déjà des mesures d’isolement pour les passagers arrivant d’un pays hors de l’Union européenne [via un engagement sur l'honneur à s'isoler pendant sept jours]. Mais nous n’avions pas de véritables moyens de contrôle ou de possibilités de sanction en cas de non-respect », reconnaît-on à Matignon. « Pour le vérifier, il n’y a pas un policier derrière chaque passager », déclarait aussi le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Clément Beaune, le 14 avril dernier, sur France 2.

Mais pour les cinq pays faisant l'objet d'une quarantaine obligatoire et la Guyane, Gérald Darmanin a indiqué jeudi que les voyageurs pourront être contrôlées par les policiers et gendarmes, à tout moment de leur isolement, sauf entre 10h et midi. Des amendes plus dissuasives ont aussi été mises en place, de 1.000 à 1.500 euros en cas de non-respect de la quarantaine, contre 135 euros actuellement.

Cette mesure obligatoire pourrait à l’avenir être imposée à des voyageurs venant d’autres pays, en fonction de l’apparition de nouveaux variants du Covid-19, et être renforcée. Le gouvernement compte en effet introduire au projet de loi sur la sortie du régime d’état d’urgence, une disposition « visant à renforcer davantage ce dispositif de quarantaine ».