Coronavirus : Emmanuel Macron s’est-il détaché des indicateurs épidémiques pour le déconfinement ?

EPIDEMIE L'exécutif souhaite lever progressivement les restrictions en mai, malgré une décrue encore fragile de l'épidémie

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron s'interroge sur la situation épidermique.
Emmanuel Macron s'interroge sur la situation épidermique. — Ian Langsdon/AP/SIPA
  • La situation épidémique reste fragile en France, avec environ 30.000 contaminations par jour, un nombre de malades en soins critiques autour de 5.900.
  • Le gouvernement maintient toutefois le calendrier de déconfinement progressif à compter du début de mois de mai, comme l'a esquissé par Emmanuel Macron fin mars.
  • Même si la circulation du virus se poursuit à un plateau élevé, l'exécutif mise sur l'accélération de la vaccination pour sortir de la crise.

Voici venu le temps du déconfinement ? « Le pic de la troisième vague de l’épidémie semble derrière nous », avec « une baisse réelle de la circulation virale depuis dix jours », s’est félicité ce jeudi Jean Castex. La France a également atteint « le haut de la vague des hospitalisations et nous pouvons espérer le début d’un reflux d’ici quelques jours », a ajouté le Premier ministre, prévenant que la variant anglais rendrait cette décrue plus lente que lors des deux précédentes vagues.

Le calendrier tracé fin mars par  Emmanuel Macron reste donc « la base de travail » de l’exécutif. Les contraintes de déplacement en journée seront « levées » à partir du 3 mai, tandis que les commerces, les activités culturelles ou sportives et les terrasses rouvriront « autour de la mi-mai », si la situation sanitaire le permet, a précisé le chef du gouvernement.

Alors que le coronavirus reste à un plateau élevé et que certains médecins maintiennent la pression, cette esquisse de déconfinement prouve-t-elle que le gouvernement s’est détaché des indicateurs épidémiques ?

« On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide »

Car la France n’en a pas fini avec le virus, qui a déjà fait plus de 100.000 morts en un an. La situation reste fragile, comme l’ont rappelé Jean Castex et Olivier Véran ce jeudi, avec environ 30.000 contaminations par jour, un nombre total d’hospitalisations quasi équivalent mais en légère baisse, et un nombre de malades en soins critiques autour de 5.900. Ce dernier chiffre est loin du pic de la première vague en avril 2020 (7.000), mais légèrement supérieur à celui de la deuxième. « Les chiffres sont supérieurs à ce qu’on aurait espéré, reconnaît un conseiller gouvernemental. Il y a une baisse des contaminations, mais les hospitalisations stagnent. En réalité, on peut y voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ».

« Les mesures prises ont permis de soulager la pression hospitalière, mais on reste sur un plateau très haut, qui va s’affaisser lentement. Il faut trouver un équilibre pour aller vers une ouverture progressive », avance Anne Genetet, députée des Français de l’étranger et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée.

Les indicateurs épidémiques restent primordiaux… pour l’instant

Le gouvernement a par ailleurs confirmé ce jeudi soir la réouverture des crèches et des écoles le 26 avril. Les collégiens et lycéens reprendront également les cours lundi, mais à distance pendant une semaine. Une étape décisive. « Ca peut paraître tôt, mais ce risque est un choix assumé pour préserver la scolarité des enfants, et leur santé psychique. A chaque phase du déconfinement, on évaluera l’impact pour savoir si on est encore bon sur la décrue du virus », précise une source gouvernementale. Jean Castex a également annoncé que le déconfinement se ferait de manière progressive et territorialisée.

Si les indicateurs épidémiques restent donc primordiaux, mais ils n’auront plus forcément la même importance dans les semaines à venir. Car le gouvernement est convaincu que les objectifs des 20 millions de vaccinés avec au moins une dose, prévu pour la mi-mai, et des 30 millions un mois plus tard, seront atteints. « Quand la plupart des personnes faisant des formes graves seront vaccinées, le nombre de contaminations pourrait devenir une donnée moins importante. Même si le virus circule chez un public plus jeune, on sera sur une gestion de grippe, avec quelques cas graves, qui sera supportable par notre système hospitalier », précise un conseiller gouvernemental.

L’exécutif mise donc sur l’accélération de la vaccination pour réussir le déconfinement et redoute qu’un variant plus résistant ne contrecarre cette stratégie. L’objectif des 5.000 cas par jour, fixé en novembre par Emmanuel Macron, paraît, lui, d’une autre époque.