Régionales 2021 : Les candidats ont-ils raison de parler autant de sécurité ?

ELECTIONS De nombreux candidats évoquent les questions de lutte contre la délinquance dans cette campagne, mais les régions n'ont pas forcément les compétences pour y répondre

Thibaut Le Gal

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Xavier Bertrand et Valérie Pécresse.
Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. — Philippe HUGUEN / AFP
  • La lutte contre l'insécurité est l'un des thémes majeurs de cette campagne des régionales.
  • La sécurité n'est pourtant pas une compétence des conseils régionaux.
  • Caméras de surveillance, brigades spécialisées pour les lycées... Les candidats s'arrangent pour proposer des solutions dans leurs prérogatives

Haro sur l’insécurité. Emmanuel Macron a consacré lundi un déplacement à Montpellier pour défendre la « sécurité du quotidien ». Le chef de l’Etat a d’ailleurs annoncé plus de policiers sur le terrain, alors que le sujet s’annonce comme un enjeu clé de la future présidentielle 2022. Mais la sécurité est également un des thèmes majeurs de la campagne des régionales. Les candidats aux élections de juin prochain, sont nombreux à multiplier les prises de paroles sur le sujet.

La sécurité, pas une compétence régionale

C’est notamment le cas en Ile-de-France. Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN), a fait de la sécurité sa « priorité », accusant la présidente sortante, Valérie Pécresse, d'avoir eu « la main molle » sur le sujet. Cette dernière, fustige de son côté la « hausse alarmante de l’insécurité à Paris et dans toute l’Ile-de-France ». Laurent Saint-Martin, le candidat LREM, proposait lui en mars de créer une sorte de « police régionale » pour en finir avec « l'insécurité dans de nombreux quartiers ». Le thème, omniprésent dans la campagne, est sujet de polémiques en région parisienne, comme d’ailleurs un peu partout sur le territoire.

Pourtant, la sécurité n’est pas une compétence du conseil régional. C'est même le seul échelon qui n'a quasiment aucune prérogative sur la question. La protection de la population sur le territoire dépend principalement de l’État. Mais le maire, qui est aussi officier de police judiciaire, a la possibilité de créer une police municipale. Les départements doivent, eux, gérer la police de circulation et la sécurité incendie.

Ce constat se retrouve d’ailleurs dans les dépenses annuelles des conseils régionaux. En moyenne, plus de 75 % de leur budget concernent les transports (33 %), la formation professionnelle et l’apprentissage (24.6 %) et l’enseignement (18 %)*. Des thématiques parfois moins présentes que la sécurité dans le discours des candidats.

Caméras, brigades spécialisées, financement de matériel…

« Ce n’est pas parce que la sécurité n’est pas une compétence régionale qu’on ne doit pas traiter le problème, le sujet est trop grave », défend le marcheur Laurent Saint-Martin. « La région doit à l’avenir prendre davantage de responsabilité sur ce sujet, en se positionnant en coordinateur aux côtés de l’Etat ». Les candidats multiplient ainsi les propositions pour lutter contre l’insécurité dans le cadre des compétences régionales, principalement à travers la sécurisation des lycées et des transports : caméras de surveillance, tourniquets et alarmes, brigades d’intervention spécialisées, médiations scolaires, financement de matériel et d’équipements…

De leur côté, les sortants mettent en avant leur bilan sécuritaire, de la socialiste Carole Delga en Occitanie, aux LR Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes et Valérie Pécresse pour la région francilienne. « Nous avons financé les polices municipales en équipement et la construction ou la rénovation de commissariats et casernes de gendarmeries. Cinq brigades régionales ont aussi été mises en place pour intervenir dans les lycées et 1.000 agents de sécurité supplémentaires dans les transports », énumère-t-on dans l’entourage de Valérie Pécresse, où l’on précise que le budget sécurité a été multiplié par cinq depuis 2015.

Mais du fait des compétences réduites, les dépenses liées à la sécurité ne s’élèvent en Ile-de-France qu’à 34 millions d'euros sur un budget total de près de 5 milliards d'euros, soit environ 0.8 % du budget voté pour 2021. Des dépenses infimes par rapport aux autres domaines, comme l’illustre l’infographie ci-dessous.

Budget IDF 2021
Infogram

Un thème porteur dans l’électorat

Si les candidats évoquent tant la sécurité, c’est que le thème est porteur dans l’électorat. Début avril, un sondage Ifop montrait qu’à l’échelle nationale, 71 % des Français estimaient que la délinquance avait augmenté ces derniers mois. En Ile-de-France, dans un contexte de violences entre bandes de jeunes, 49 % des habitants plaçaient dans un sondage BVA fin mars la sécurité et la lutte contre la délinquance comme priorité numéro 1 pour leur région, dix points devant les questions de santé et d’hôpital public, de logement ou de transports.

« Les habitants ne savent pas toujours à quoi sert leur région. La droite, LREM et une certaine gauche en profitent, dans le sillage du RN, pour détourner l’attention sur les sujets qui font le buzz et ramènent des voix. Mais la politique sécuritaire est une question régalienne et doit rester une compétence de l’Etat », regrette Ghislaine Senée, tête de liste d’Europe Ecologie Les Verts dans les Yvelines. A droite, on assure que cette tendance révèle au contraire une faillite de l’Etat.

* Dépenses de fonctionnement, selon les budgets primitifs 2019 des régions.