Strasbourg : L’Alsace accuse la technocratie bruxelloise de « confisquer le Parlement européen »

EUROPE La Collectivité européenne d’Alsace (qui regroupe les départements alsaciens depuis janvier 2021) adopte à l’unanimité une motion, reprochant à Bruxelles de « confisquer » le Parlement européen

Gilles Varela

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A côté du Parlement européen, ce bâtiment "Osmose" en construction devrait accueillir des membres des institutions européennes.
A côté du Parlement européen, ce bâtiment "Osmose" en construction devrait accueillir des membres des institutions européennes. — T. Gagnepain / 20 Minutes

Très remontés, exaspérés par une situation qui perdure, d’un sentiment d’injustice et de droit international bafoué, les élus de la Collectivté européenne d’Alsace (CEA) , qui regroupe le département du Bas-Rhin et du Haut-Rhin depuis le 1er janvier 2021, ont voté à l’unanimité une motion lors de dernier conseil. Une motion qui dit : « Non à la confiscation du Parlement européen par la technocratie bruxelloise. »

Une décision prise à l’annonce, le 13 avril dernier, par le président du Parlement européen, David Sassoli, qui a « décidé d’annuler l’organisation de la session plénière d’avril à Strasbourg ». Une situation qui se renouvelle à l’approche de chaque session depuis février 2020 et qui serait justifiée par Bruxelles par la crise sanitaire.

Dans un communiqué, la CEA « conteste vivement la décision d’organiser la session parlementaire à distance depuis Bruxelles et réaffirme que les sessions peuvent et doivent avoir lieu au siège du Parlement européen », à Strasbourg. La CEA rappelle une fois encore « les conséquences de cette absence avec « une double peine infligée aux acteurs locaux pour lesquels l’activité parlementaire est vitale, » mais aussi « pour la démocratie européenne et le respect de son droit. »

Une situation sanitaire prétexte ?

Pourtant, il est rappelé que « les autorités locales en lien avec le Parlement européen ont déjà défini dès juin 2020 un protocole sanitaire strict ». La CEA fait par ailleurs remarquer que l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe se réunit sous cette forme adaptée cette semaine. « Les risques sanitaires sont aujourd’hui plus élevés à Bruxelles qu’à Strasbourg avec un taux d’incidence de 518 pour la région bruxelloise contre 381 pour l’eurométropole alsacienne », justifie la CEA. « L’argument avancé d’un risque supplémentaire encouru par le déplacement du personnel ne tient pas, puisque peu de personnes sont mobilisées pour ces sessions à distance. Le risque n’est donc pas plus accru à Strasbourg, infirmant les arguments sanitaires », estime la CEA.

Plus encore, elle dénonce une « confiscation du parlementarisme européen par la technocratie de Bruxelles » jugée « intolérable à la veille du lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui vise, précisément, à relancer le projet européen et à le rendre plus accessible aux citoyens de l’Union. » Une conférence qui est prévue (mais dont la confirmation officielle n’est toujours pas tombée) à Strasbourg le 9 mai prochain et qui doit « impérativement être accompagné d’un retour des sessions. »

Aussi, la motion appelle le Parlement européen à « mettre fin à cette instrumentalisation de la crise sanitaire qui affaiblit l’institution tout entière » et demande « des compensations pour les dommages dus à leur absencerenouv depuis février 2020. » Elle « exige une confirmation sans délai du lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe à Strasbourg et appelle le gouvernement à réaffirmer l’engagement de la France dans la défense de sa capitale européenne ».