Régionales dans les Hauts-de-France : « Xavier Bertrand et Emmanuel Macron ne sont différents sur rien » assure Sébastien Chenu, tête de liste RN

INTERVIEW Le candidat RN dans les Hauts-de-France veut créer la sensation aux élections régionales des 20 et 27 juin

Propos recueillis par Francois Launay

— 

Sébastien Chenu aux côtés de Marine Le Pen
Sébastien Chenu aux côtés de Marine Le Pen — Alain ROBERT/SIPA
  • Sébastien Chenu sera la tête de liste du RN dans les Hauts-de-France lors des élections régionales des 20 et 27 juin.
  • Le député du Nord, né à Beauvais, espère créer la sensation face au président sortant Xavier Bertrand et à la liste d’union de la gauche.

Impossible de le rater. C’est dans un bus bleu où son visage apparaît en grand aux côtés de Marine Le Pen que Sébastien Chenu a décidé de faire campagne pour les régionales. Depuis plusieurs semaines, la tête de liste RN dans les Hauts-de-France part à la rencontre des habitants pour se faire connaître mais aussi poursuivre l’ancrage de son parti.

En 2015, Marine Le Pen était arrivée largement en tête du premier tour (40, 64%) avant de s’incliner contre Xavier Bertrand soutenu par toute la gauche dans un front républicain. Six ans après, Sébastien Chenu, porte parole du RN et député de la 19e circonscription du Nord, a repris le flambeau et espère bien créer la sensation comme il l’explique dans un entretien accordé à 20 Minutes.

Comment faites-vous campagne dans un contexte sanitaire aussi préoccupant ?

Par définition, cette campagne est différente. On a été imaginatifs en faisant ce bus qui nous permet de faire passer un message de mobilisation partout sur le territoire pour pallier l’absence de tournées des commerçants ou des marchés aujourd’hui en demi-jauge. Par contre, on peut toujours distribuer des tracts aux sorties d’usine, de gares ou de marchés. D’ailleurs je note que pour l’instant, nous n’avons pas encore croisé nos adversaires sur le terrain.

Sébastien Chenu, tête de liste RN aux régionales des Hauts-de-France, pose avec Marine Le Pen devant son bus de campagne
Sébastien Chenu, tête de liste RN aux régionales des Hauts-de-France, pose avec Marine Le Pen devant son bus de campagne - Alain ROBERT/SIPA

Avec le Covid-19, les gens ont-ils vraiment la tête aux élections régionales ?

Clairement, les gens sont surtout préoccupés par deux choses : leur santé et leur emploi. Je ne vois pas encore d’intérêt pour la campagne des régionales mais l’information commence à circuler. Les gens ont compris qu’il y avait un rendez-vous électoral en juin. Mais pour la mobilisation, c’est autre chose. Par contre, je ressens un rejet extrêmement fort d’Emmanuel Macron et des politiques qu’il mène. C’est d’une violence ! Il y a une volonté d’aller mettre une claque au pouvoir en place.

Votre principal adversaire dans la région sera Xavier Bertrand, le président sortant. Que pensez-vous de son bilan ?

Je n’en fais pas une question d’homme. Mon adversaire, c’est le système politique qui préside aux destinées de la région depuis tant d’années. Xavier Bertrand et Emmanuel Macron ne sont différents sur rien. Ils font les mêmes politiques. Avant c’était l’UMPS. Aujourd’hui, Macron et Bertrand c’est pareil. Ils sont d’accord sur tout : la réforme du Code du travail, l’assurance chômage, la suppression de l’ISF… Rien ne les différencie fondamentalement.

Dans sa majorité, Xavier Bertrand a des élus LREM. Quant à son bilan, il faut constater qu’il n’y a pas eu d’effet Bertrand dans la région. Les indicateurs en matière de santé, emploi ou encore de désindustrialisation demeurent au rouge. Où est l’argent que la région a donné à Bridgestone qui ferme ses portes ? Nous, on veut une politique régionale différente de la politique nationale.

Que feriez-vous si vous deveniez président de la région ?

Déjà, j’ai choisi comme slogan « Une région qui vous protège » parce que je considère que les collectivités doivent être un bouclier pour protéger les habitants. On doit protéger notre identité, notre sécurité, notre économie, notre environnement. On doit faire des choix de rupture. On ne doit pas utiliser l’argent des habitants des Hauts-de-France pour soutenir des entreprises qui délocalisent ou ne maintiennent pas de l’emploi dans la région.

On doit aussi protéger notre identité en arrêtant de verser des subventions à des structures qui ont un lien, de près ou de loin, avec l’islamisme. On rééquilibrera aussi des équipements territorialement. Ça suffit de tout concentrer sur la métropole de Lille. Il faut se tourner vers plus de ruralité. Enfin, sur l’environnement, je mènerai une guerre contre les éoliennes car je considère que c’est une escroquerie écologique qui abîme le paysage et tue de l’emploi. Je ferai un référendum régional en proposant un moratoire sur le sujet.

Le RN a connu beaucoup de dissensions internes pendant six ans à la région. Pourquoi ça se passerait mieux maintenant ?

Parce qu’on apprend de nos erreurs et des choix de casting qui ont été faits. Il y a eu beaucoup de dissensions quand Florian Philippot a quitté le parti accompagné par des gens qui ont décidé de vivre des aventures personnelles. Je ne crois pas qu’ils ont fait le bon choix. Et puis je vais faire une liste d’ouverture avec des gens cohérents dans leurs idées, avec une même vision des choses. Enfin, mon objectif est bien de diriger la région. Je n’ai pas d’insincérité quand je m’engage. Alors que le projet de Xavier Bertrand est de partir aux élections présidentielles. Ça nous fait une belle jambe dans la région. Les gens ont besoin d’être respectés. On n’est pas la primaire des Républicains, on n’est pas un paillasson. Cette campagne est très politique, les gens peuvent envoyer un message très fort. En tout cas, on est prêts.

Avec un RN fort, un candidat décalé à l’Elysée et une gauche unie, ces régionales dans les Hauts-de-France préfigurent-elles la présidentielle de 2022 ?

C’est un peu l’apéritif des présidentielles avec l’opportunité de changer de politique. Xavier Bertrand, c’est le vieux système. Il nous dit qu’il ne fait pas de communication alors qu’il est coaché du matin au soir. Personne n’est dupe de rien. Quant à la gauche, elle fait une tentative d’union avec difficulté. La preuve, c’est que tout ça s’est déjà déconstruit pour les départementales dans le Pas-de-Calais. C’est une union de façade sans doute pour se faire pardonner d’avoir cocufié ses électeurs en appelant à voter Xavier Bertrand contre Marine Le Pen en 2015.

Pensez-vous qu’un front républicain de vos adversaires contre le RN est encore possible au second tour ?

Ils sont capables de tout. Je ne redoute rien. Pour moi, il n’y a ni plafond de verre ni front républicain. Tout ça existe pour ceux qui veulent y croire encore. La réalité c’est que tout ça a valdingué il y a bien longtemps. Mais un système qui veut préserver ses intérêts est prêt à tout. Rien ne me surprendra dans cette campagne face à un vieux système pourri qui essaye de sauver sa peau.

Vous êtes bien moins connu que Marine Le Pen qui était tête de liste dans les Hauts-de-France de 2015. Est-ce un handicap ?

Non. Si la notoriété était un facteur déterminant dans une élection régionale alors Marine Le Pen, comme Marion Maréchal et Florian Philippot auraient été élus aux régionales de 2015. D’ailleurs, qui est capable de citer les noms des présidents de régions ? On n’élit pas une star. Je n’ai pas la surface médiatique de Marine Le Pen donc il est possible que je ne fasse pas le même score qu’elle au premier tour. En revanche, il est tout aussi possible que je ne mobilise pas autant contre moi au deuxième tour. L’enjeu n’est pas le même qu’en 2015.

Après avoir été membre de l’UMP où vous avez créé le mouvement Gaylib, vous avez décidé de rejoindre le RN en 2014. Pourquoi ?

Déjà, je précise que je ne suis pas un militant gay mais un militant politique qui a assumé de soutenir le mariage pour tous contre la position de l’UMP à l’époque. J’ai décidé de rompre avec ce parti en 2014 car j’ai compris qu’on nous vendait des alternances qui n’étaient destinées qu’à berner les électeurs. Leur but n’était que de faire perdurer un système politique basé sur l’entre-soi, le libéralisme et la soumission européenne. Je ne me reconnaissais plus là-dedans. Et le jour où j’ai commencé à parler comme Marine Le Pen, j’ai rejoint Marine Le Pen, c’est aussi simple que ça.

Au risque de perdre 75 % de vos amis comme vous l’avez déclaré à l’époque ?

Oui, ça a été violent. Mais c’est marrant, j’en ai vu pas mal revenir au fur et à mesure des années. D’autres ont aussi reconnu avoir été injustes avec moi. La seule chose que je regrette c’est de ne pas avoir rejoint Marine Le Pen plus tôt. Je me sens beaucoup plus cohérent dans un mouvement politique qui a dépassé le clivage gauche-droite depuis longtemps.