Sommet social: Sarkozy doit rassurer sa majorité

MAJORITE Confronté à une contestation sociale de plus en plus vive, le chef de l'Etat doit également ménager certains députés UMP, irrités par l'unilatéralisme de l'Elysée et les récentes annonces sur la fiscalité...

Nicolas Buzdugan

— 

Le gouvernement a annoncé lundi 7,8 milliards d'euros d'aides pour sortir l'automobile de la crise, dont 6 mds de prêts à taux préférentiels pour Renault et PSA Peugeot Citroën, en contrepartie d'engagements sur le maintien de la production en France.
Le gouvernement a annoncé lundi 7,8 milliards d'euros d'aides pour sortir l'automobile de la crise, dont 6 mds de prêts à taux préférentiels pour Renault et PSA Peugeot Citroën, en contrepartie d'engagements sur le maintien de la production en France. — Michel Euler AFP
A la veille du grand sommet social organisé à l’Elysée, Nicolas Sarkozy est attendu au tournant. Par les syndicats et la gauche d’abord. Mais aussi par certains députés de la majorité, agacés depuis plusieurs mois par la partition soliste de leur président et qui semblent, lentement mais sûrement, perdre patience à l’égard d’un exécutif qui navigue à vue pour se dépêtrer d’une crise aux contours de plus en plus larges.
 
Le président de la République est ainsi la cible de nombreuses critiques dans ses propres rangs depuis qu'il a annoncé, lors de son intervention télévisée du 5 février, son intention de supprimer la taxe professionnelle en 2010 et de soumettre au débat avec les partenaires sociaux la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu.
 
Des propositions qui n’avaient, une fois de plus, «pas été débattues au préalable» au sein de la majorité, comme l’a rappelé la semaine passée Jean-François Copé, patron des députés UMP, et qui sont loin de faire l’unanimité.
 
«L'impôt, c'est au Parlement que ça se décide!»

Le député Hervé Mariton a relayé mercredi dernier l'irritation d'un certain nombre de ses collègues en lançant un pavé dans la marre: «L'impôt, c'est au Parlement que ça se décide! Ce n'est pas aux partenaires sociaux de trancher sur ces questions.»
 
Lui emboîtant le pas, le député villepiniste François Goulard en a rajouté une couche, estimant que la suppression de la taxe professionnelle (TP) en 2010 était «infaisable» alors que Chantal Brunel, ancienne porte-parole du parti majoritaire, jugeait pour sa part que cette annonce créait «une incertitude sur les ressources des collectivités territoriales».
 
Déjà supplantés par les éminences grises du chef de l'Etat (Henri Guaino et Claude Guéant), les députés de la majorité ne se sentiraient-ils bons que pour valider les desiderata de l'Elysée?
 
Supprimer le deuxième tiers, la bonne alternative?

En tout cas, ces critiques ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Dimanche, le ministre du Budget, Eric Woerth, et le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, ont entamé une opération de communication pour garantir que des décisions seront prises dans le cadre d’un «processus de négociation» afin d'aider les «victimes de la crise». Mais pas à n’importe quel prix.
 
Si Eric Woerth a évoqué «des coups de pouce à la consommation» et confirmé que le gouvernement réfléchissait à un allégement d'impôts pour les catégories sociales les plus affectées par la crise, il a également déclaré que la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu était «une mauvaise idée». Le ministre envisage donc une alternative intermédiaire susceptible de satisfaire les parlementaires de droite: la suppression immédiate du deuxième tiers provisionnel pour la première tranche.
 
«Une dizaine de millions de Français» relèvent de cette première tranche, dont «2,1 millions paient en réalité l'impôt», expliquait Eric Woerth dimanche. «Soit vous les extrayez de l'impôt définitivement en supprimant la tranche (ce qu’a proposé Nicolas Sarkozy, ndlr), moi je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée car elle n'est pas tellement réversible». Et d’ajouter : «Par contre, dire aux gens "vous ne paierez pas le deuxième tiers", cela remet pas mal d'argent dans la consommation» et «accroît le pouvoir d'achat».
 
«La priorité, c’est l’emploi»

Une nouvelle disposition bien accueillie par Hervé Mariton, ravi de ce revirement probablement négocié en haut lieu. «Je suis heureux que nous ayons été entendus par le Président et je constate que Bercy fait une proposition beaucoup plus cohérente», déclare-t-il, interrogé par 20minutes.fr. «Cela correspond à une mesure de cohésion sociale qui peut s'imposer compte tenu du contexte actuel.» Et le député d'ajouter: «La suppression de la première tranche était une mauvaise idée politique et économique. Mais cette adaptation paraît beaucoup plus saine.»
 
Il maintient cependant la pression sur l’Elysée: «Je redoute le scénario où le Président donnerait raison à l'extrême gauche. Il ne faut pas qu’il achète la paix sociale avec des mesures qui seraient désastreuses pour les finances de l'Etat. Il faut cibler les priorités, et la priorité c'est l'emploi, pas le pouvoir d’achat.»
 
Une fronde? Quelle fronde?

Pour Dominique Paillé, porte-parole du parti majoritaire, il n'y a pas lieu de chercher la polémique dans les rangs de la majorité. «Ce n'est pas parce que quelques députés UMP libéraux comme Hervé Mariton s'en prennent aux propositions du chef de l'Etat qu'il y a fronde», estime-t-il.
 
«Pour l'instant le Président n'a rien décidé, il a simplement soumis quelques propositions. Et c'est la vie de la majorité que d'avoir un débat interne», ajoute-t-il. «Il y aurait une fronde si les députés de droite n'étaient pas majoritairement d'accord avec les propositions de Nicolas Sarkozy. A ma connaissance, c'est loin d'être le cas.»
 
En terrain miné

Mais alors, dans ce débat sain et constructif où le Président consulte ses élus avant de faire des annonces, qu'attendent ces derniers de la rencontre de mercredi? «Des dispositions pour aider les gens les plus vulnérables, les chômeurs de longue durée et les jeunes. Un geste pour le pouvoir d'achat des classes moyennes et un accord commun pour refonder le fonctionnement du capitalisme et permettre une meilleure équité dans le partage des richesses», conclut Dominique Paillé.
 
Le décret polémique sur le statut des enseignants-chercheurs, la grève en Guadeloupe et la crise sociale larvée en métropole ont définitivement plombé l’ambiance à droite. Et Nicolas Sarkozy, pris entre plusieurs feux, est bien conscient qu’il évoluera mercredi en terrain miné. Si sa marge de manœuvre est mince, il devra contenter les uns et les autres pour ne pas s’isoler encore davantage. Au risque de voir la fronde des parlementaires UMP repartir de plus belle.