LREM : Implantation locale, crise existentielle… Cinq ans après sa création, quels défis à relever pour le parti présidentiel ?

MOUVEMENT A quelques mois d'échéances électorales décisives, le parti présidentiel, qui fête ses cinq ans, est en plein doute

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — KONRAD K./SIPA
  • Le 6 avril 2016, Emmanuel Macron lançait En Marche pour conquérir l’Elysée.
  • Cinq ans plus tard, le parti peine à trouver sa place aux côtés de la majorité et du gouvernement.
  • « 20 Minutes » revient sur les défis qui attendent le parti présidentiel d’ici 2022.

« L’heure n’est pas à la fête, mais dans les moments difficiles, c’est bien de se réunir en famille. » La République en marche fête ses cinq ans ce mardi, et pour marquer le coup, le parti fondé par Emmanuel Macron organise un « meeting virtuel » sur l’engagement, animé par ses porte-paroles Mounir Mahjoubi et Maud Bregeon. « Des prises de parole de ministres comme Marlène Schiappa et Sébastien Lecornu sont prévues. L’objectif est de mobiliser le parti et définir nos objectifs pour l’année cruciale à venir, avec les élections régionales et surtout la présidentielle », explique à 20 Minutes Maud Bregeon, élue de Levallois.

Car cinq ans après sa création, LREM est en crise existentielle. Le mouvement est certes en bonne santé financière (premier parti de France avec 23 millions d’euros) et jouit d’un nombre d’adhérents important (420.000 revendiqués, mais sans cotisation), mais il doit encore relever de nombreux défis.

Trouver sa place aux côtés de l’exécutif

Lors de sa création, En Marche ! avait un objectif clair : être une machine électorale pour amener Emmanuel Macron à l’Elysée. Mais quatre ans après la victoire à la présidentielle, le parti peine à définir son rôle aux côtés de la majorité et du gouvernement. Déçue, une quarantaine de députés ont même déjà claqué la porte. « C’est un parti qui n’a fait émerger personne, qui n’a pas fait émerger une seule idée […] C’est un parti qui n’a pas de substance, qui n’existe pas, à vrai dire. C’est un non-parti », tranche ainsi la députée ex-LREM Emilie Cariou à France Info.

« Nous n’avons pas à rougir de notre bilan », répond Maud Bregeon. « Nous n’avons pas à nous émanciper d’Emmanuel Macron mais sur un certain nombre de sujets, sociétaux notamment, nous avons une voix à faire entendre. » Le parti souhaite remobiliser sa base, en incitant ses militants à s’engager sur des causes précises, comme le bien-être animal ou la fin de vie. Une plateforme dédiée doit être lancée lors de la soirée anniversaire. « Ce sera le pendant 2021 des comités locaux. Car les gens ont envie de s’engager sans forcément s’encarter », résume le député et porte-parole de LREM Roland Lescure.

S’implanter localement

C’est probablement le plus gros échec des marcheurs. Lors des municipales, le parti présidentiel espérait améliorer son ancrage local. Mais la moisson a été décevante et les régionales et départementales prévues en juin prochain pourraient s’avérer tout aussi délicates. « C’est un sacré merdier », reconnaît un proche d’Emmanuel Macron.

« Avec la crise sanitaire, on ne pourra pas faire campagne. On ne pourra donc pas améliorer notre implantation locale, alors que les sortants feront campagne sur leur bilan », ajoute-t-il. Ce parlementaire espère toutefois « quelques surprises, et pourquoi pas des groupes LREM d’opposition », mais ajoute : « Nous sommes un parti récent, et il faudra bien un deuxième mandat présidentiel pour nous ancrer davantage. »

Faire gagner Emmanuel Macron en 2022, en se restructurant ?

Car c’est bien l’objectif numéro un d’En Marche pour l’année qui vient : préparer la future campagne du président sortant. « Quand on va entrer dans la dernière ligne droite, ce sera le seul objectif du mouvement, être une machine de guerre pour remporter la prochaine présidentielle », confie un député macroniste. La mue passera-t-elle par un changement à la tête du parti ? Le bureau exécutif de LREM doit être renouvelé en juillet, ce qui pourrait obliger le délégué général, Stanislas Guerini, régulièrement au centre des critiques, à remettre son poste en jeu.

Mais le rôle du parti pour 2022 pourrait être moindre que lors de la dernière campagne. Ces derniers mois, de nombreux cadres macronistes appellent à dépasser le mouvement pour créer une « maison commune ». Le mois dernier, une nouvelle structure, « Pour une renaissance européenne », a ainsi été lancée, et pourrait faire des petits. Maud Bregeon le reconnaît à sa façon : « Emmanuel Macron s’appuiera sur LREM en 2022, mais pas uniquement, il va falloir rassembler plus largement, car il y a une volonté de dépassement. »