Présidentielle 2022 : Edouard Philippe entretient le mystère, scruté avec attention par les marcheurs

RECONVERSION L'ancien Premier ministre publie ce mercredi un livre sur son expérience à Matignon, au lendemain de l'anniversaire de La République en marche, fondée par Emmanuel Macron en 2016

Laure Cometti

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Edouard Philippe le 29 septembre 2020 à Paris.
Edouard Philippe le 29 septembre 2020 à Paris. — ISA HARSIN/SIPA
  • Edouard Philippe publie ce mercredi un livre sur son expérience à Matignon, neuf mois après avoir quitté cette mission pour aller diriger la ville du Havre.
  • Les ambitions de l'ancien Premier ministre sont scrutées de près par les marcheurs, dont le mouvement fêtera ce mardi ses cinq ans.
  • Le rôle que jouera Edouard Philippe dans l'élection présidentielle de 2022 reste encore flou, et LREM espère pouvoir compter sur son soutien à Emmanuel Macron.

Il est bel et bien sorti de son hibernation. Edouard Philippe restait en retrait de l’actualité politique depuis son départ de Matignon, le 3 juillet 2020. Neuf mois plus tard, l’ancien Premier ministre publie ce mercredi un livre bilan de son expérience de chef du gouvernement, coécrit avec son ami, l’eurodéputé Gilles Boyer. Loin d’apporter de la clarté sur ses ambitions politiques personnelles, Impressions et lignes claires (Lattès), qui arrivera en librairie pour les cinq ans de La République en marche et à un an de l' élection présidentielle, entretient chez les macronistes le mystère sur l’avenir d’Edouard Philippe.

Réponse de normand et volonté de peser dans les débats

L’intéressé alimente lui-même les spéculations. Invité du journal télévisé de France 2 dimanche soir, Edouard Philippe, a été interrogé par le journaliste Laurent Delahousse sur cette citation qui lui est attribuée : « Je ne serai pas candidat sauf peut-être si Emmanuel Macron ne l’était pas ». Evasif, le maire du Havre a eu cette réponse très normande : « je ne crois pas l’avoir dit, je ne suis pas sûr de l’avoir dit publiquement, peut-être… ».

L’ancien Premier ministre a également dit son souhait de peser dans le débat public en vue de l’élection présidentielle, dans moins d’un an. « J’ai été d’une très grande loyauté à l’égard du président de la République mais je suis aussi d’une grande liberté de ton et de pensée, et je dois m’en servir pour faire vivre un débat que je crois indispensable à mon pays », a-t-il assuré sur France 2.

L’anniversaire de LREM un peu éclipsé

Alors que le parti créé en 2016 par Emmanuel Macron s’apprête à souffler ses cinq bougies ce mardi, les sorties médiatiques de l'ancien chef du gouvernement vont se multiplier cette semaine (sur France Inter et TMC ce mercredi), pour la promotion de son livre. « Ça ne sort pas au meilleur moment, mais il n’y est pour rien le pauvre », préfère sourire Roland Lescure, porte-parole de LREM, à la veille d’un meeting prévu à 19h30 par les macronistes, en numérique, confinement oblige.

« Il a symbolisé le dépassement des clivages, c’est très bien qu’il publie un livre », poursuit le député des Français de l’étranger. La capacité de l’ancien membre des Républicains à rallier des élus venus de la droite intéresse en effet les marcheurs en vue de la campagne d’Emmanuel Macron pour sa réélection en 2022. Il prend d'ailleurs soin de son réseau, entretenant les relations avec les transfuges LR du gouvernement Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, les élus de droite et ceux de l'association La République des maires. Parmi les idées défendues dans Impressions et lignes claires, il y a « une grande attention portée à l’utilisation de l’argent public, le respect de l’autorité de l’Etat, la valorisation du travail », explique Gilles Boyer à l’AFP. Autant de thèmes de campagne susceptibles de parler à l’électorat de droite comme aux macronistes.

Populaire, et loyal ?

La bonne cote de popularité du Havrais, qui n'a pas adhéré à LREM, est bien sûr scrutée par les marcheurs. « Il est très populaire aujourd’hui, et je pense qu’il doit en partie cela au fait qu’il a appliqué notre programme, et qu’il est plus éloigné des affaires », préfère tempérer Roland Lescure. Edouard Philippe est aussi  sous le coup d’une information judiciaire ouverte en juillet dernier par la Cour de justice de la République pour la gestion de la crise sanitaire, comme trois de ses ministres de l’époque.

« Philippe est en embuscade, mais il sera loyal, il aidera à la réélection de Macron », croit savoir un proche du chef de l’Etat, qui néanmoins lui « en veut beaucoup de ne pas avoir été candidat aux municipales à Paris, pour En marche ». Au second tour des municipales en juin dernier, le Premier ministre était élu maire du Havre avec 59 %, tandis que LREM enregistrait des résultats très décevants ailleurs en France.