Coronavirus : Retour sur trois mois de bras de fer entre l'exécutif et les soignants

EPIDEMIE Durant les derniers mois, de plus en plus de médecins ont réclamé un nouveau tour de vis sanitaire

M.A.
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Emmanuel Macron lors d'une réunion au palais de l'Elysée.
Emmanuel Macron lors d'une réunion au palais de l'Elysée. — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • La troisième vague de coronavirus met de nouveau la France au pied du mur, entre le spectre du tri des malades à l’hôpital et des restrictions sanitaires interminables qui risquent d’aller crescendo.
  • A deux jours d’un conseil de défense sanitaire décisif autour du chef de l’Etat, les indicateurs de circulation du virus ne montrent pas encore l’accalmie espérée.
  • De plus en plus de médecins ont réclamé un nouveau tour de vis sanitaire. Depuis trois mois pourtant, le gouvernement semble de moins en moins suivre les recommandations des soignants.

Ils exhortent le gouvernement à durcir les mesures. Dans une tribune publiée dans le JDD, ce dimanche, une quarantaine de médecins tirent la sonnette d’alarme :  si le gouvernement n’impose pas des mesures plus strictes, ils vont devoir « faire un tri des patients ».

Depuis plusieurs semaines, les soignants plaident massivement pour un confinement plus strict, seule solution selon eux pour endiguer la troisième vague épidémique. Mais le gouvernement fait pour l’instant la sourde oreille, et ce n’est pas la première fois. Retour sur trois mois de bras de fer entre l’exécutif et les soignants.

Janvier, le début de la discorde

Pendant les premiers mois de l’épidémie, le gouvernement a suivi les avis des médecins, et plus particulièrement du Conseil scientifique, citant leurs recommandations pour justifier leurs décisions. Mais depuis le mois de janvier, les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. Retour fin décembre. Dans un avis rendu le 23 décembre, le Conseil scientifique, qui juge « probable » une « reprise incontrôlée de l’épidémie » après les fêtes de fin d’année, propose « un confinement dans les régions ou métropoles à risque, ou un confinement aménagé », mais également la limitation des déplacements interrégionaux. Le gouvernement décide pourtant de ne pas suivre ces recommandations. Le 29 décembre, Olivier Véran écarte l’idée d’un reconfinement, privilégiant le scénario d’un couvre-feu de 18 heures à 6 heures du matin à partir du 2 janvier dans les départements où le taux d’incidence dépasse le seuil d’alerte maximal.

Mi-janvier, face à l’arrivée des variants, qualifiés de « deuxième épidémie », le Conseil scientifique met en garde : « Si nous continuons sans rien faire de plus, nous allons nous retrouver dans une situation difficile à la mi-mars », avait alerté Jean-François Delfraissy, le 24 janvier, au micro de BFMTV, ajoutant : « Il faudra probablement aller vers un confinement. » Le Conseil scientifique n’était pourtant pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Le 20 janvier, au micro de Jean-Jacques Bourdin, Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, prévoyait des mois de mars et avril « extrêmement durs », recommandant de prendre des mesures « plus coercitives » que le simple couvre-feu.

Février, oui mais non

Rien n’y fait. Emmanuel Macron décide de ne pas confiner le pays, préférant maintenir le couvre-feu et renforcer les mesures de restrictions. Un choix qu’a récemment assumé le président de la République : « Je peux vous le dire : nous avons eu raison de ne pas confiner la France à la fin du mois de janvier parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles », a justifié Emmanuel Macron après le sommet européen virtuel, le 25 mars. «Macron s’est tellement intéressé au Covid qu’il peut challenger les scientifiques, poser la question qui les déstabilise», avait confié un conseiller du pouvoir à RTL. «Il va finir épidémiologiste», avait ajouté un ministre auprès de nos confrères. 

Et l’histoire semble se répéter chaque mois. Le 24 février dernier, les « sages » préconisaient à nouveau un confinement strict, ou au moins partiel, de quatre semaines. Sans cette mesure, « l’émergence de variante du virus va rendre le contrôle de l’épidémie en France encore plus difficile dans les mois qui viennent », et l’on pourra alors « s’attendre à ce que le nombre d’hospitalisations dépasse rapidement celui observé durant la première vague de la pandémie », avait alors écrit le Conseil scientifique dans cet avis.

Fin février, le gouvernement change de stratégie et décide de confiner localement Nice, le littoral des Alpes-Maritimes et l’agglomération de Dunkerque (Nord), le week-end, pendant quatre semaines. Le 18 mars dernier, l’exécutif élargit ces mesures - toutefois plus souples que lors du confinement strict du printemps 2020 ou qu’en novembre dernier - à l’Ile-de-France, les Hauts-de-France, la Seine-Maritime et l’Eure. Malgré cela, les chiffres continuent de progresser : près de 4.900 patients se trouvent actuellement en réanimation. Le pic de la deuxième vague est quasiment atteint et pourrait même être dépassé dans les heures à venir.

Mars, un avis en suspens

Dans une tribune publiée dimanche dans le JDD, 41 médecins réanimateurs et urgentistes d’Ile-de-France tirent la sonnette d’alarme. Si rien n’est fait, ils estiment que les capacités de prise en charge hospitalières seront dépassées d’ici 15 jours et ils pourraient alors être contraints de faire un tri des patients. Dans une deuxième tribune, publiée cette fois-ci dans Le Monde, un collectif de neuf médecins de l’AP-HP demande à l’exécutif « d’assumer devant la société tout entière sa stratégie » face à la troisième vague. « En l’absence d’un freinage brutal créé par un véritable confinement accompagné d’une prise de conscience collective, les professionnels de santé sont confrontés à un problème majeur : comment prévenir la complète saturation des services de réanimation dans les jours ou semaines qui viennent ? », écrivent-ils.

Face aux appels répétés des soignants, l’exécutif assure pourtant que « rien n’est décidé » concernant de nouvelles restrictions. Même si le gouvernement qualifie de « critique » la situation sanitaire, Emmanuel Macron certifie qu’il attend de nouvelles données pour décider ou non d’un tour de vis supplémentaire, a-t-il indiqué au JDD, ce dimanche. Face à la pression des médecins et à la flambée épidémique, le gouvernement va-t-il durcir les mesures ? La réponse devrait être connue en fin de semaine, après le conseil de défense qui doit se tenir mercredi.