Présidentielle 2022 : La candidature de Xavier Bertrand sème la zizanie chez Les Républicains

TEMPO Ses rivaux à droite craignent que le président des Hauts-de-France ne tente de couler la primaire

Laure Cometti

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Xavier Bertrand, candidat pressé.
Xavier Bertrand, candidat pressé. — J.E.E/SIPA
  • Xavier Bertrand l’a confirmé une bonne fois pour toutes mercredi, il sera candidat à la présidentielle en 2022, et ne participera pas à une primaire de la droite.
  • L’annonce de l’ex-membre des Républicains a fait réagir ses rivaux, qui s’inquiètent de voir la primaire enterrée.
  • La direction du parti accueille plutôt favorablement la démarche de Xavier Bertrand, et maintient son calendrier qui prévoit de désigner à l’automne un « candidat naturel », ou à défaut de choisir un « mode de départage » des candidats.

C’est tout sauf une surprise, mais la démarche de Xavier Bertrand perturbe le calendrier des Républicains. En officialisant mercredi son choix d’être candidat à l’élection présidentielle en 2022, sans participer à une éventuelle primaire, et sans se présenter sous les couleurs du parti qu’il a quitté, le président de la région Hauts-de-France a pris de court ses potentiels rivaux à droite dans la course à l’Elysée. Les partisans d’une primaire ont riposté ce jeudi, tandis que la direction du parti temporise.

Une annonce précoce ?

« Je ne souhaite plus m’inscrire dans la logique d’un seul parti. Je ne participerai pas à une primaire », explique Xavier Bertrand à l'hebdomadaire Le Point, mercredi, en annonçant qu’il brigue l’Elysée. Si l’annonce n’a pas surpris, le moment a étonné. Car l’ancien ministre de la Santé a choisi de confirmer sa candidature en plein regain épidémique, alors que la direction des Républicains a acté en décembre dernier qu’elle attendrait l’automne 2021 pour désigner son champion pour l’Elysée.

« En règle générale, ceux qui ont fait gagner notre famille politique à la présidentielle se déclarent en novembre, et les votes se cristallisent fin février, début mars. Xavier a fait le choix d’annoncer sa candidature plus tôt », note, impassible, Christian Jacob, patron des Républicains. « Evidemment, son objectif c’est de mettre la pression sur le parti », souffle un cadre LR. « Il rejoue un peu ce qu’avait fait Sarkozy en 2007, en faisant feu de tout bois. Xavier oblige les autres candidats à droite à se positionner par rapport à lui. »

Des rivaux qui ne veulent pas enterrer la primaire

Hasard du calendrier ? Le même jour que l’annonce de Xavier Bertrand, deux autres potentiels rivaux ont affirmé se tenir prêts pour la présidentielle. L’ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne Michel Barnier a déclaré au groupe de presse Ebra qu’il garde «la force» de se lancer dans une campagne. Pendant ce temps, Laurent Wauquiez, en campagne pour sa réélection à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a déclaré au Parisien qu’il « ne veut pas être spectateur » de l’avenir politique.

Ce jeudi, Bruno Retailleau a réagi et assuré que la primaire de la droite « aura lieu », à l’antenne de Sud Radio. Pour départager les candidats de droite, « il faut bien voter […]. La démocratie, c’est le vote : il ne faut pas en avoir peur », lancé le patron des sénateurs LR, candidat à cette primaire. Dimanche, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, elle aussi ex-LR, s’était prononcée pour « la primaire la plus ouverte possible » sur RadioJ.

Une décision délicate pour la tête de LR

Le parti organisera-t-il cette primaire alors que Xavier Bertrand exclut d’y participer ? La maintenir serait risqué, alors que le président des Hauts-de-France est actuellement selon les sondages le candidat le mieux coté à droite. Mais l’enterrer « risque d’être délicat », concède un cadre, « vis-à-vis des autres ténors, et surtout de Bruno Retailleau ».

« On n’a pas intérêt à avoir des candidatures dissidentes, qui nous coûteraient un ou deux points et risquerait de faire perdre à la droite sa place au second tour », prévient Virginie Duby-Muller, députée LR de Haute-Savoie et vice-présidente du mouvement. Voir un candidat s’imposer « naturellement » est la meilleure option selon elle : « On est nombreux à avoir mal vécu la primaire en 2016, qui a créé des écuries et laissé des traces dans notre famille. »

Jacob maintient son calendrier

La direction du parti semble donc voir d’un bon œil la candidature de Xavier Bertrand, à l’instar de Guillaume Peltier qui a salué sur Twitter sa « courageuse déclaration ». En février, un autre vice-président du parti confiait à 20 Minutes que le président des Hauts-de-France était son favori pour la présidentielle.

Mais la ligne officielle reste celle « adoptée à l’unanimité » par le bureau du parti, en décembre dernier, rappelle Christian Jacob. « Après les régionales, on regardera lors d’un congrès à la rentrée si un candidat s’impose naturellement. Si ce n’est pas le cas, il faudra réfléchir à un mode de départage », explique le député de Seine-et-Marne. « A Xavier Bertrand de tendre la main aux autres candidats, pour rassembler notre famille politique », estime Virginie Duby-Muller. Avant cela, l’ancien assureur devra gagner l’élection régionale dans son fief, s’il veut poursuivre sur sa lancée présidentielle.