Suspension d’AstraZeneca : Emmanuel Macron a-t-il commis une faute politique ?

CORONAVIRUS Le président français a décidé lundi soir de suspendre « par précaution » la vaccination avec le sérum d’AstraZeneca, suscitant de vives critiques dans l’opposition et chez les médecins

Laure Cometti et Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron dans un laboratoire de Sanofi, à Marcy-l'Etoile, le 16 juin 2020.
Emmanuel Macron dans un laboratoire de Sanofi, à Marcy-l'Etoile, le 16 juin 2020. — Gonzalo Fuentes/AP/SIPA
  • Lundi soir, Emmanuel Macron a décidé de suspendre, « par précaution », la vaccination avec AstraZeneca.
  • L’exécutif se voit accusé par l’opposition, notamment à droite, d’avoir emboîté le pas à l’Allemagne sans s'appuyer sur des données scientifiques.
  • « Si on veut que la campagne de vaccination soit un succès, elle doit reposer sur la confiance», souligne le ministère de la Santé pour justifier la suspension.

Une décision en cascade. Emmanuel Macron a annoncé lundi la suspension du vaccin Astrazeneca sur le territoire français, comme de nombreux pays européens. Le chef de l’Etat dit avoir pris cette décision « par précaution », dans l’attente d’un avis de l’autorité européenne du médicament (EMA), après des interrogations sur d’éventuels risques de thromboses, des caillots de sang dans les veines. Cette décision, conspuée par l’opposition et de nombreux médecins en France, est-elle une erreur de l’exécutif ?

Une décision précipitée par Berlin

Sur Public Sénat ce mercredi, le président centriste de Normandie Hervé Morin a dénoncé un choix motivé par « des pays européens affolés et un sentiment de panique ». « J’ai trouvé ça excessif », a également fustigé sur France Info ce mercredi Yannick Jadot, eurodéputé EELV, qui a dénoncé « une faute de l’Allemagne, suivie par la France ». Car dimanche dernier, la veille de l’annonce de la suspension, le Premier ministre Jean Castex assurait sur Twitch qu’il fallait « avoir confiance dans ce vaccin ». L’exécutif se voit ainsi accusé par l’opposition, notamment à droite, d’avoir emboîté le pas à l’Allemagne dans la précipitation.

« Cette décision est navrante. Manifestement, notre pays a été pris de court par l’annonce allemande, prise de la façon unilatérale, à l’improviste », déplore la députée Les Républicains des Hauts-de-Seine Constance Le Grip. Pour le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, « c’est l’Allemagne qui pèse de toute sa puissance en Europe, qui a dicté le choix sur la France et Emmanuel Macron », a-t-il déclaré ce mercredi sur CNews.

Dans l’entourage de l’exécutif, on balaie ces critiques. « La coordination européenne, cela ne veut pas dire communiquer d’une seule voix, tous au même moment, mais partager nos informations sanitaires en permanence. » Mais au sommet de l’Etat, d’autres ont reconnu que les plans français ont été bousculés par les autorités allemandes. « Nous nous étions mis d’accord pour attendre l’avis de l’AEM [initialement prévu mardi], mais Berlin a tiré en premier sous la pression interne, dit un ministre au journal Le Monde. L’inquiétude était là, la volte-face allemande ne nous permettait pas d’attendre. »

Un choix plus politique que scientifique

Pour justifier la suspension du vaccin du groupe suédo-britannique, l’exécutif s’appuie sur un principe de « précaution » que certains contestent. « Cette hyper-prudence n’a aucun sens sur le plan sanitaire et médical », tranche une députée LREM. « Nous avons le meilleur système de surveillance sur la vaccination. La simultanéité ne veut pas dire qu’il y a un lien de cause à effet entre les vaccins et les très rares cas de thromboses », ajoute-t-elle.

Ce mercredi, Gabriel Attal a lui-même rappelé que « les cas recensés sont extrêmement rares ». « On compte une trentaine de cas de thromboses sur cinq millions d’injections en Europe et nos voisins britanniques, qui ont réalisé 10 millions d’injections, ne relèvent pas de surreprésentation de thromboses parmi les vaccinés », a précisé le porte-parole du gouvernement.

Au ministère de la Santé, on défend la décision française. « Si on veut que la campagne de vaccination soit un succès, elle doit reposer sur la confiance. On est encore plus prudents qu’avec un médicament classique, d’où cette suspension dans l’attente d’un nouvel avis de l’EMA », explique-t-on au cabinet d’Olivier Véran.

La majorité en mission pour réhabiliter le vaccin

Quel que soit l’avis rendu jeudi par l’EMA, cette suspension pourrait toutefois avoir un impact sur la campagne de vaccination. La polémique a déjà laissé des traces dans l’opinion. Seuls 20 % des Français déclarent avoir confiance dans le vaccin Astrazenca, contre 52 % pour le Pfizer-BioNTech, selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié mardi soir. « La vaccination ne s’est pas arrêtée en France, il y a les autres vaccins. Et le retard causé par cette suspension sera rattrapé », assure, confiant, l’entourage de l’exécutif.

Pour y parvenir, la majorité tente déjà de réhabiliter le vaccin AstraZeneca, avant même la décision de l’EMA prévue jeudi. Le Premier ministre a indiqué mardi soir sur BFMTV qu’il se fera lui-même vacciner en cas de feu vert de l’autorité sanitaire européenne.