Régionales 2021 : LREM et ses alliés en ordre de marche pour affronter « un sacré merdier »

STRATEGIE Le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, a clarifié dimanche la stratégie de son parti pour les élections régionales de juin

Laure Cometti

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Pour les élections régionales de juin, LREM et le MoDem partent unis.
Pour les élections régionales de juin, LREM et le MoDem partent unis. — REGIS DUVIGNAU / POOL / AFP
  • À moins de trois mois des élections régionales, la majorité présidentielle n’a pas encore officialisé toutes ses têtes de liste, mais elle a clarifié sa stratégie : présenter des listes communes LREM, MoDem et Agir dans les 12 régions métropolitaines en jeu.
  • Un cap différent de celui adopté pour les municipales, mais qui ne permet pas de nourrir de grandes ambitions pour ce scrutin, prévu moins d’un an avant la présidentielle.
  • LREM espère se qualifier au second tour dans le plus de régions possibles afin de peser sur ces élections.

À trois mois des régionales, la stratégie de la majorité se précise, malgré des espoirs de victoires assez modérés. La République en marche, alliée à trois partenaires, veut être présente « dans un maximum d’exécutifs locaux », mais n’avance pas d’objectifs chiffrés. Outre son implantation locale encore faible, elle doit faire face à certaines difficultés avec son partenaire du MoDem.

Des listes de la majorité dans les 13 régions

Après de longues hésitations sur un éventuel soutien à des présidents de région sortants, LREM a finalement choisi de présenter des listes communes avec le MoDem et Agir (centre droit) dans les 12 régions métropolitaines en jeu. « Nous avons décidé de nous mettre d’accord avec nos partenaires de la majorité présidentielle pour, dans toutes les régions, conduire des listes de façon unitaire », a confirmé dimanche sur France 3 le délégué général d’En Marche, Stanislas Guerini. « C’est l’un des enseignements des municipales, il faut partir unis dès le premier tour avec nos alliés », justifie la députée de l’Essonne Marie Guévenoux, chargée de piloter la campagne chez LREM. Pour les municipales de mars et juin 2020, LREM avait en effet opté tantôt pour le soutien de maires sortants, principalement de centre droit, tantôt pour des listes autonomes, avec des résultats décevants à l'arrivée.

Les tractations entre les trois partis ont débuté en septembre, faisant durer le suspense sur la désignation des têtes de liste, qui n’est pas encore totalement terminée. À ce stade, deux membres du gouvernement sont officiellement têtes de liste (Laurent Pietrazewski dans les Hauts-de-France et Sophie Cluzel en Paca) et trois autres pourraient les rejoindre : les MoDem Geneviève Darrieusseq en Nouvelle-Aquitaine et Marc Fesneau en Centre-Val de Loire, et Bérangère Abba ou Brigitte Klinkert dans le Grand Est.

Dans d’autres régions, la majorité a investi des personnalités peu connues du grand public. Ainsi, en Ile-de-France, le jeune député du Val-de-Marne Laurent Saint-Martin, qui remplace le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, longtemps pressenti, va affronter la sortante de droite Valérie Pécresse (Libres !) et les médiatiques Jordan Bardella (Rassemblement national), Audrey Pulvar (« Île-de-France en commun »), Clémentine Autain (France insoumise) ou encore Julien Bayou (EELV).

Quelques tensions avec des MoDem

Cette fois, le pari de l’alliance semble réussi à peu près partout, mais en Île-de-France et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, l’union est déjà fissurée. Des élus MoDem qui font partie des exécutifs régionaux sortants ont en fait préféré soutenir les sortants de droite, Valérie Pécresse et Renaud Muselier, plutôt que la liste de la majorité.

« Ce sont des initiatives individuelles, et à mon avis des erreurs », balaie le secrétaire général du parti de François Bayrou, Jean-Noël Barrot, qui reconnaît que « les municipales ont parfois laissé quelques cicatrices ». Certains élus MoDem membres d’une majorité locale sortante avaient en effet mal vécu de devoir soutenir une liste LREM. « Nous n’avions pas été suffisamment respectés par LREM », souffle un cadre.

« On ne rêve pas en couleurs »

Au sein de la majorité, c’est en tout cas le MoDem Marc Fesneau qui nourrit le plus d’espoirs de victoire pour ce scrutin. L’optimisme n’est toutefois pas vraiment de mise au QG de LREM. « On est déterminés et humbles. On ne rêve pas en couleurs comme on a pu le faire pour les municipales », reconnaît Roland Lescure, député des Français établis hors de France et chargé de la communication du parti présidentiel. La prime au sortant ne jouera pas en faveur de LREM, dont l’ancrage local, six ans après la création du mouvement, reste le talon d’Achille.

« On présente des listes partout pour peser, et on peut au moins espérer être faiseur de roi », résume un cadre du parti. LREM ambitionne donc d’intégrer des majorités au second tour, en faisant des alliances, et éventuellement au troisième tour, lorsque chaque assemblée régionale élira sa présidence. Il faudra pour cela dépasser la barre des 10 % de suffrages au premier tour. Le parti présidentiel met en avant le « risque » du Rassemblement national au second tour pour justifier son possible soutien aux sortants de droite en Paca, dans les Hauts-de-France et dans le Grand Est.

Miser sur un ADN commun, et la popularité de Macron ?

« C’est un sacré merdier », lâche, en résumé, un parlementaire proche de l’exécutif, pointant aussi le risque d’une « faible participation » en juin prochain, alors que le contexte sanitaire demeure très incertain. LREM a d’ailleurs mis en place une équipe chargée de réfléchir à des outils et bonnes pratiques pour faire campagne en temps de coronavirus, des enseignements qui pourraient être utiles en 2022. Une appli mobile pour faciliter le porte-à-porte et un soutien financier seront notamment proposés aux candidats régionaux.

Des « axes communs » aux 13 listes LREM-MoDem-Agir sont aussi en train d’être discuté entre les trois partis, « probablement sur la relance économique, la transition écologique et la jeunesse », évoque Marie Guévenoux. « Le réflexe partisan sera plus important que lors des municipales », avance-t-elle. D’où l’opportunité pour la majorité présidentielle de mettre en avant cette étiquette, avec l’espoir de profiter de la popularité d’Emmanuel Macron, à un an du scrutin présidentiel.