Présidentielle 2022 : Pourquoi certains communistes souhaitent une candidature autonome

ELECTION Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a proposé samedi sa candidature à l’investiture pour la présidentielle, mais ce sont les militants qui décideront début mai de la stratégie à adopter pour 2022

Thibaut Le Gal
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Fabien Roussel à l'Assemblée nationale.
Fabien Roussel à l'Assemblée nationale. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Après avoir soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017, certains communistes souhaitent s’émanciper et défendent l’idée d’une candidature autonome pour 2022.
  • Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a ainsi proposé samedi sa candidature à l’investiture pour la présidentielle.
  • Mais le pari est risqué pour ce parti déjà en déclin depuis quelques années.

Deux sans trois ? Après avoir soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2012 et 2017, le Parti communiste français est tenté de faire cavalier seul pour la prochaine présidentielle. Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, a proposé samedi sa candidature à l'investiture pour 2022, lors d’un conseil national qui a réuni – par visioconférence – près de 200 cadres du parti. « Je suis prêt à m’engager pour la France, pour le monde du travail et de la création, pour une alternative politique de gauche à la hauteur de la crise », a estimé le député du Nord.

« [C’est] à mon sens le chemin pour remobiliser un électorat déçu, abstentionniste, pour faire reculer les droites, l’extrême droite et leurs idées nauséabondes », avait précisé Fabien Roussel dans une lettre adressée jeudi aux militants. Car ce sont bien les adhérents du parti qui valideront, ou non, cette stratégie en mai prochain. Un pari risqué, à l’heure où les communistes jouent leur survie.

Faire entendre la voix communiste

Les ambitions de Fabien Roussel ne sont pas une surprise. Le Nordiste s’était fait élire en 2018 à la tête du parti sur la promesse d’une candidature autonome à la présidentielle 2022. Et depuis quelques mois, le député caressait l’idée de s’en charger personnellement, balayant toute idée d’alliance avec les autres forces de gauche. « J’ai dit non aux socialistes, à Mélenchon, aux écolos. Je leur demande d’accepter que le PCF retrouve une place dans le paysage », confiait-il récemment à l’AFP.

Selon lui, l’absence d’une candidature communiste aux deux dernières présidentielles a précipité le déclin du parti, qui compte de moins en moins de députés, de maires et de présidents de collectivités. En 2022, une partie de communistes espère donc se refaire la cerise en bénéficiant de l’exposition médiatique inégalée que représente un tel scrutin. « J’espère que les communistes comprendront qu’il leur faut un candidat à l’élection présidentielle pour porter nos idées. Car nous avons une parole qui n’est pas la même que celle portée par d’autres candidats notamment Jean-Luc Mélenchon », soutenait notamment André Chassaigne, le patron des députés communistes sur LCP mercredi.

Des tensions avec Jean-Luc Mélenchon

Car après avoir fait campagne deux fois pour l’ancien sénateur socialiste, le Parti communiste tente désormais de se singulariser. « Il y a une envie au parti de porter des propositions identifiables, sur l’économique et le social, et d’affirmer nos valeurs. Car si l’on souhaite faire un grand renouvellement à gauche, il faut que toutes les voix s’expriment. Nous avons des nuances programmatiques vis-à-vis de la France insoumise, sur le nucléaire notamment [LFI est pour la sortie] », souligne le député communiste de Seine-Maritime, Hubert Wulfranc, qui ne souhaite pas encore se prononcer sur la stratégie.

Cette émancipation arrive dans un contexte délicat entre la direction du PCF et le patron insoumis. Des tensions sont d’ailleurs survenues entre les deux camps sur la stratégie d'union de la gauche dans les Hauts-de-France pour les régionales de juin prochain. Les insoumis ont préféré soutenir la candidature d'union de Karima Delli (EELV) plutôt que celle… de Fabien Roussel, qui a finalement renoncé, malgré des discussions en ce sens ces dernières semaines. Les insoumis ont-ils estimé que le communiste pourrait utiliser une éventuelle victoire dans le Nord comme tremplin pour 2022 ? L’hypothèse, soutenue par certains communistes, a été balayée par Jean-Luc Mélenchon ce lundi sur France inter. Le tribun a également annoncé dans l’après-midi le soutien de la France insoumise au candidat communiste Sébastien Jumel en Normandie.

Vers un accord électoral pour les législatives ?

Du côté de LFI, on espère toujours le ralliement des communistes d’ici le premier tour de la présidentielle. « Ils sont face à un choix : avoir leur propre candidature pour se dire "on continue à exister" ou participer à la construction d’une alternative majoritaire », tranche l’insoumis Eric Coquerel. « Car le paysage de la gauche a changé, et si une candidature PCF pénaliserait notre camp, elle serait surtout très risquée pour eux pour la suite, notamment d’un point de vue financier », ajoute le député LFI de la Seine-Saint-Denis, qui rappelle que Marie-Georges Buffet, « une très bonne candidate », n’avait obtenu que 1.93 % des voix en 2007. L’ancienne ministre des Sports a d’ailleurs déjà choisi, comme une poignée de cadres communistes, de soutenir Jean-Luc Mélenchon dans sa course à l’Elysée.

Avec cette stratégie de candidature autonome, le PCF risque ainsi de se fracturer. A moins qu’elle ne serve de levier pour mieux négocier des accords avec les insoumis pour les législatives 2022 ? « Quel que soit le vote de nos militants, il est vital d’avoir un pacte de non-agression pour la présidentielle entre candidats de gauche, et de réunir les conditions pour obtenir une majorité alternative de gauche à l’Assemblée, avec les insoumis, mais aussi Les Verts et les écologistes à l’été 2022 », dit Hubert Wulfranc.

Une conférence nationale d’un millier de délégués devrait apporter de premières réponses sur cette stratégie les 10 et 11 avril prochains, avant le vote des militants, prévu le 9 mai.