Twitch, Clubhouse… Pourquoi les politiques se lancent sur ces « nouveaux » réseaux sociaux

NUMERIQUE Pour toucher un public plus jeune, ou plus ciblé, les politiques investissent ces réseaux sociaux, à l'image de Jean Castex, qui sera interviewé sur Twitch dimanche

L.C. et T.L.G.

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Jean Castex lors de la conférence de presse jeudi 4 mars 2021.
Jean Castex lors de la conférence de presse jeudi 4 mars 2021. — AFP
  • A un an de la présidentielle, de plus en plus de politiques se lancent sur de nouveaux réseaux sociaux.
  • Le Premier ministre Jean Castex donnera dimanche une interview sur la plateforme de streaming Twitch, où le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a lancé son émission hebdomadaire le 24 février. Jean-Luc Mélenchon y est inscrit depuis mai. L’objectif est de toucher un public plus jeune, a priori moins intéressé par la politique.
  • Quant à l’appli Clubhouse, encore élitiste et basée sur l’audio, elle permet aux élus de cibler des publics par thématique.

« Vous n’avez pas fini de voir rappliquer tous les hommes et toutes les femmes politiques », lançait Jean-Luc Mélenchon en mai 2020 lors de son arrivée sur Twitch. Un an plus tard, la prédiction du patron des insoumis est-elle en train de se confirmer ? L’ancien président François Hollande était l’invité, mardi, du journaliste Samuel Etienne sur cette plateforme de diffusion initialement dédiée aux jeux vidéo. Dimanche, c’est le Premier ministre Jean Castex qui fera sa première apparition sur cette même chaîne.

En parallèle, plusieurs politiques ont récemment investi le nouveau réseau social Clubhouse, basé uniquement sur l’audio. À un an de la présidentielle, ces plateformes numériques attirent des politiques en quête de nouveaux publics.

« Pendant le confinement, on a réfléchi à un outil pour échanger avec les gens »

Cette conquête des plateformes n’est pas récente. Après quelques diffusions de vidéos dès 2017, Jean-Luc Mélenchon, féru de nouvelles technologies, a lancé sa propre chaîne, « Twitchons ». « Pendant le confinement, on a réfléchi à un outil pour échanger avec les gens. On cherchait un nouveau format avec beaucoup d’interactions. Avec la place centrale de son chat, Twitch permet cette horizontalité », assure Antoine Léaument, responsable de la communication numérique du candidat insoumis à la présidentielle. Sur ce service de streaming, n’importe quel internaute peut écrire en direct, et voir son commentaire ou sa question s’afficher sur la vidéo.

Les insoumis ne sont pas les seuls à avoir investi la plateforme. En février 2019, plusieurs ministres s’étaient relayés sur Twitch pendant 11 heures pour répondre aux questions des internautes dans le cadre du Grand débat national. Il y a deux semaines, le porte-parole et benjamin du gouvernement Gabriel Attal a lancé son émission « Sans filtre », pour débriefer chaque semaine le Conseil des ministres avec des influenceurs.

Les bonnes audiences attirent les politiques

Lancée en 2011 et rachetée par Amazon en 2014, la plateforme reste principalement destinée à la diffusion de parties de jeux vidéo, commentées en direct. Mais ces fortes audiences, en croissance pendant les périodes de confinement, suscitent de plus en plus l’intérêt des politiques. En France, Twitch a enregistré 5 millions de visiteurs mensuels en 2020 (+40 %), dont la moitié a entre 18 et 35 ans. Et la politique semble les intéresser. Le passage de François Hollande dans « La rencontre est tienne », l’émission Twitch de Samuel Etienne, a connu un pic à 84.000 spectateurs, au sommet des audiences mondiales de Twitch mardi soir.

De quoi donner envie à Jean Castex de venir à son tour sur Twitch ? « On a suivi le passage de François Hollande avec attention mais les contacts étaient antérieurs », répond Matignon. « On souhaite toucher une cible différente et Twitch rassemble un public plus jeune, peut-être moins politisé », ajoute-t-on. « Les audiences de l’interview de Hollande valident quelque chose », souligne une conseillère ministérielle. « Certaines personnes ne s’informent plus de manière classique, via les médias traditionnels. La crise sanitaire a accéléré l’emploi du numérique par les politiques. »

Les insoumis font le même constat : « On essaye d’être présents partout pour toucher ceux qui ne sont pas de prime abord intéressés par la politique. On adapte simplement notre discours à chaque réseau social qui a sa grammaire, ses propres codes », indique Antoine Léaument.

Clubhouse, « sorte de radio ouverte »

Ces plateformes permettent aussi aux politiques de cibler plus spécifiquement leur public : des jeunes sur Twitch, des cadres supérieurs sur Clubhouse. Les politiques sont chaque semaine un peu plus nombreux sur cette dernière appli, lancée il y a un an aux États-Unis. Elle permet d’échanger en audio, en rejoignant des discussions thématiques (des « rooms », en anglais), limitées à 5.000 participants. Plusieurs ministres sont inscrits, dont le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O, qui lance ce mercredi « Conversations numériques », un rendez-vous bimensuel.

« Clubhouse offre beaucoup d’interactivité, c’est une sorte de radio ouverte », explique la sénatrice UDI de l’Orne Nathalie Goulet, avant de raconter qu’elle a notamment pu y poser une question au patron de Free Xavier Niel, ou animer un débat sur « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Sénat ». « Je n’en fais pas un outil de campagne, c’est plus un moyen de rencontrer des gens », poursuit-elle.

Des espaces non sans polémiques

A la différence de Twitch, Clubhouse est encore restreint, puisqu’il est uniquement disponible pour les iPhones, et qu’il faut être coopté pour ouvrir son compte. « La prise de risque est faible pour les politiques car il y a une sorte d’entre-soi, avec beaucoup de patrons, de journalistes, de politiques parmi les membres », observe une conseillère ministérielle. « Il s’agit plutôt de toucher des publics plus qualifiés, des relais d’opinion, que d’élargir son audience. »

Une fois inscrit, n’importe quel membre peut rejoindre la discussion qu’il souhaite et interpeller les participants, ministres ou patrons du Cac 40. Il n’y a pas de modération organisée, et les échanges audio ne sont pas disponibles en rediffusion, ce qui ouvre la voie à une forme de spontanéité, mais aussi à certains excès. Nathalie Goulet en a fait l’expérience récemment. « Ce n’est pas enregistré, c’est plus pratique quand on dit des conneries ! Mais ça peut aussi partir très vite en vrille, j’ai moi-même dû fermer une discussion car il y avait trop d’insultes. »

Twitch n’est pas non plus épargné par les polémiques. Samuel Etienne a déclenché la colère des élus du Rassemblement national ce mercredi, en déclarant qu’il ne les recevrait pas dans son émission.