Projet de loi climat : Barbara Pompili, une ministre de l’Ecologie entre deux eaux

ECOLOGIE L'ancienne élue EELV, qui défend depuis ce lundi en commission le projet de loi « climat et résilience », est critiquée par son ancien parti, mais aussi par certains membres de sa majorité

Thibaut Le Gal

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Barbara Pompili en déplacement.
Barbara Pompili en déplacement. — UGO AMEZ/SIPA
  • Barbara Pompili défend à partir de ce lundi le projet de loi « climat et résilience » en commission spéciale à l’Assemblée nationale.
  • La ministre de la Transition écologique est, depuis sa nomination en juillet, au cœur des critiques de la gauche et des écologistes.
  • Mais certaines de ses prises de parole ont également agacé dans la majorité et jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Comme on tente parfois de conjurer le sort, Barbara Pompili ironisait dès sa nomination sur les polémiques qui l’attendaient. « Je me garderai bien d’établir tout de suite un programme d’action […]. Je sais trop la place des procès d’intentions dans les débats autour de l’écologie », lâchait-elle en juillet, lors de la passation de pouvoir.

Huit mois plus tard, la ministre de la Transition écologique est bel et bien au centre des critiques. Celles de l’opposition, mais également celles de sa propre majorité, où certains lui reprochent un manque de « loyauté ». L’ancienne députée Europe Ecologie-Les Verts aura d’ailleurs fort à faire cette semaine avec l’arrivée du controversé projet de loi « climat et résilience » en commission.

« Je ne crois pas à l’écologie du tout ou rien », assure Barbara Pompili

Car depuis sa présentation le 10 février en conseil des ministres, le texte est fustigé par la gauche, les ONG et les membres de la Convention citoyenne sur le climat, dont le travail est censé avoir inspiré le projet de loi. « Je ne crois pas à l’écologie du tout ou rien. Je crois au concret, à la construction d’un changement durable. […]. Lorsque je relis ce projet de loi, la transformation dans la vie des Français est là, l’ambition écologique est là, l’esprit de la Convention est là », a répondu Barbara Pompili ce lundi, en ouverture des débats. « L’idée [est] de trouver un chemin, une voie pour répondre à l’urgence écologique en assurant des conditions socialement acceptables », a-t-elle ajouté.

Les deux semaines de débats en commission spéciale s’annoncent bouillantes, avec plus de 5.000 amendements déposés. Nul doute que la ministre cristallisera, une fois encore, les critiques. « Elle cherche à s’auto-persuader, justifier l’injustifiable, mais je suis persuadé qu’au fond, elle sait que l’ambition initiale a été reniée, que le projet de loi n’est pas du tout à la hauteur des enjeux », tranche le député non-inscrit (ex-LREM) de Maine-et-Loire Matthieu Orphelin.

« Elle a accepté cette position d’une ministre qui perd tous ses arbitrages »

Depuis sa prise de fonction, Barbara Pompili connaît le funeste destin des écologistes au gouvernement : accusée de compromis trop importants, voire de compromissions. « Elle a accepté cette position d’une ministre qui perd tous ses arbitrages : sur les néonicotinoïdes, la publicité, la rénovation énergétique, le projet de loi climat… C’est trop simple de dire qu’en tant que ministre, "on fait ce qu’on peut". Elle est comptable du bilan », dénonce Matthieu Orphelin. « Etre ministre de l’écologie dans un gouvernement pas écolo, c’est être en territoire hostile. Il n’y a pas de raison qu’elle s’en sorte mieux que Nicolas Hulot, qui avait un rapport de force médiatique plus important », ajoute l’eurodéputé David Corman, ancien patron d’EELV.

Ses soutiens balaient ces critiques. « Barbara Pompili est une militante de l’écologie politique, c’est le combat de toute sa vie. Elle sait trop quels sont les conservatismes, le poids des lobbys, les résistances, mais elle se bat comme une lionne pour obtenir des arbitrages favorables et faire avancer le pays », réplique le député LREM de Paris Hugues Renson, vice-président de l’Assemblée nationale.

Des sorties qui agacent la Macronie

Plusieurs de ses sorties ont toutefois agacé sa nouvelle famille, et jusqu’au plut haut de la Macronie. Dès cet été, la ministre avait laissé entendre que son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron en 2022 n’allait pas de soi. Une position finalement rectifiée la semaine passée, mais qui a laissé des traces. Lors de la polémique sur les menus sans viande dans les cantines scolaires à Lyon, la ministre de l’Ecologie a vertement contredit plusieurs de ses collègues du gouvernement. « Un débat préhistorique », disait-elle, entraînant la colère de ministres et membres de La République en marche, l’accusant d'un manque de « loyauté ».

Fin février, Barbara Pompili a cette fois agacé Richard Ferrand, en affirmant qu'elle « n’acceptera aucune baisse d’ambition à l’Assemblée nationale » sur le texte « climat et résilience ». « Intention louable, étant précisé que le Parlement est souverain dans l’élaboration et le vote de la loi », pestait sur Twitter le président de l’Assemblée, très proche du président.

Choisie pour incarner la fibre verte de la majorité, la ministre est accusée de jouer trop solo, comme lorsqu’elle a fondé le courant « En commun », l’aile gauche – et critique – de LREM, aux côtés d’Hugues Renson. « Je ne suis pas sûr que les attaques et autres perfidies venues de son camp la touchent beaucoup, assure l’élu parisien. Elle aura contribué à de grandes avancées en matières d’écologie quand sa mission s’achèvera ». Les prochaines semaines diront si ce sera avant ou après 2022…