Présidentielle 2022 : La double campagne de Yannick Jadot

VERTS L'eurodéputé multiplie les dépacements pour soutenir des candidats écolos aux régionales, et construit en même temps sa campagne présidentielle

Laure Cometti

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Yannick Jadot, le 1er mars 2021 dans le RER.
Yannick Jadot, le 1er mars 2021 dans le RER. — ISA HARSIN/SIPA
  • Yannick Jadot, qui a mené la liste écolo aux européennes de 2019, fait figure de favori chez les écologistes pour la présidentielle de 2022.
  • Le parti a fixé un calendrier prévoyant une primaire en septembre, après les élections régionales et départementales de juin 2021.
  • L’eurodéputé ne veut pas attendre, et il a déjà lancé une plateforme d’idées, ainsi qu’une tournée de déplacements thématiques pour soutenir des candidats aux régionales.

Les touffes de jonquilles au milieu du gazon et la façade fraîchement repeinte dans des tons pastel font presque oublier qu’on est en bordure d’autoroute. En ce premier lundi de mars, Julien Bayou et Yannick Jadot sont venus visiter la résidence Le Clos la Garenne, au bord de l'A86, à Fresnes (Val-de-Marne). Construites en 1959, ces barres d’immeubles sont le cadre idéal pour des écologistes en campagne. Anciennes passoires thermiques, elles ont été rénovées en 2019, et même repeintes en vert par endroits.

« La couleur n’a pas plu à tout le monde », relate le président du conseil syndical de l’un des bâtiments. « Nous aussi on arrive à s’engueuler sur le vert, mais à la fin, on y arrive ! », ironise Julien Bayou, secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les Verts et tête de liste pour les élections régionales en Ile-de-France. A ses côtés, Yannick Jadot semble rire sous son masque.

Une plateforme d’idées lancée fin janvier

Le député européen a entamé depuis janvier un tour de France pour soutenir les candidats écolos aux régionales. Il mène une drôle de double campagne, bien qu’il n’ait pas officialisé sa candidature à la primaire qu’EELV organisera en septembre, ni à la présidentielle d’avril 2022. L’eurodéputé aurait souhaité que Les Verts désignent leur candidat avant la fin de l’année 2020. « Ça aurait évité la campagne interne pendant les régionales, et laissé plus de temps au candidat écolo pour asseoir une crédibilité », explique Jean Desessard, ancien sénateur EELV et soutien de Yannick Jadot. Mais la direction du parti en a décidé autrement.

Les écolos Yannick Jadot et Julien Bayou à Fresnes, le 1er mars 2021.
Les écolos Yannick Jadot et Julien Bayou à Fresnes, le 1er mars 2021. - ISA HARSIN/SIPA

En attendant, l'ancien directeur des campagnes de Greenpeace pose des questions précises au président du conseil syndical de la résidence fresnoise, sur le coût du chantier – 250 euros par mètre carré, incluant l’isolation de la façade, du toit, et la pose de ventilation hygroréglable –, les économies de chauffage permises – une baisse de 15 % des frais – et les démarches pour obtenir des aides de l'Etat – qu'il faut selon lui simplifier. Le déplacement est l’occasion de mettre l’accent sur les retombées économiques de la rénovation énergétique des bâtiments, l’un des thèmes phares de la plateforme d’idées qu’il a lancée fin janvier, baptisée « 2022, l’écologie ».

« Ne pas brûler les étapes »

Cette campagne qui ne dit pas son nom « a pu froisser certains militants », observe Esther Benbassa. « C’est un peu tôt, il y a d’abord les régionales et les départementales, et il ne faut pas brûler les étapes », juge la sénatrice EELV de Paris. « Mais chacun veut marquer sa place. »

Mais Yannick Jadot ne compte pas ralentir, d’autant que le maire écolo de Grenoble Eric Piolle a lui aussi lancé une plateforme d'idées, et que l’ex numéro 2 du parti Sandrine Rousseau a officialisé sa candidature à la primaire, convaincue de pouvoir « perturber » les plans des deux favoris (qui ne sont pas encore officiellement candidats). « A la mi-mars, on va organiser la campagne avec Yannick Jadot et son équipe », explique Jean Desessard. « On a intérêt à faire la primaire la plus large possible, à dépasser EELV, si on veut être au second tour de la présidentielle. Il ne faut pas se contenter de faire campagne pour le parti, car l’enjeu le dépasse largement », poursuit-il. « Il faut montrer aux Français qu’un autre monde est possible. »

Un positionnement critiqué par certains écolos

Déjà vainqueur de la primaire écolo de 2016, Jadot aura aussi besoin du soutien de son camp. « Il n’est pas question que je parte à la présidentielle – si je devais le décider – sans ma famille politique », a-t-il d’ailleurs assuré le 3 février dernier. Son entourage insiste sur son implication dans la campagne des régionales. « Yannick soutient les écolos, comme il l’a toujours fait. C’est logique, mais c’est bien de le dire, parce que des malveillants se plaisent à dire le contraire… »

Car l’eurodéputé est parfois critiqué, en interne, sur son positionnement, jugé trop libéral ou s'affranchissant trop librement du parti. « La synthèse entre l’écologie et le pragmatisme a été opérée depuis très longtemps », réplique l’eurodéputé EELV David Cormand. « Yannick peut avoir donné l’impression que, pour rendre l’écologie plus crédible, il ne faut pas être dans opposition frontale avec l’économie traditionnelle, mais c’est plus une question de ton que de fond, car ses propositions sont radicales. »

« La thèse d’un Jadot trop à droite est assez artificielle », balaie le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, ex-militant d’ELLV et proche d’Eric Piolle et de Yannick Jadot. « La primaire est un processus qui, hélas, trop souvent divise, et qui exprime le choix des militants, qui n’est pas toujours le bon choix pour les électeurs », craint-il. Chez les Verts, on garde aussi en mémoire que les primaires ont parfois été rudes pour les favoris, comme Nicolas Hulot battu en 2011, et Cécile Duflot défaite en 2016.