Coronavirus : Paris s'oppose à une quasi-fermeture de la frontière entre l'Allemagne et la Moselle

EPIDEMIE La Moselle a été classée par l'Allemagne comme catégorie zones de variants, ce « qui implique normalement des mesures extrêmement strictes de quasi-fermeture des frontières »

Manon Aublanc

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Archives. Contrôles à la frontière à Kehl en Allemagne le 17 mars 2020.
Archives. Contrôles à la frontière à Kehl en Allemagne le 17 mars 2020. — Ulrich Hufnagel/Chine Nouvelle/Sipa

Face à la hausse du nombre de cas de coronavirus, l’Allemagne a classé la Moselle, l’un des départements français les plus touchés, en zone à haut risque, ce dimanche, a annoncé le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, demandant à Berlin d’éviter des contrôles « stricts » équivalant à une « quasi-fermeture » de la frontière.

« Les autorités allemandes viennent de classer la Moselle comme zone de circulation du variant (…) ce qui implique normalement des mesures extrêmement strictes de quasi-fermeture des frontières (…) Cela, on n’en veut pas », a-t-il déclaré sur la radio France Inter.

Des tests négatifs obligatoires

L’Allemagne va restreindre les passages à sa frontière en provenance de France après avoir classé le département de Moselle en zone Covid à haut risque, mais renonce à une quasi-fermeture comme avec la République tchèque et l’Autriche. « Le département français de Moselle sera considéré à partir du 2 mars à 00H00 comme zone affectée par les variants » du virus du Covid-19, soit la catégorie la plus élevée dans l’échelle de risque en Allemagne pour le coronavirus, qui en compte trois, a indiqué le ministère de la Santé. En conséquence, à partir de cette date les personnes entrant sur le territoire allemand « devront présenter un test PCR ou antigène » négatif, a-t-il ajouté.

Paris et Berlin doivent encore déterminer l’ancienneté exacte que devront avoir ces tests : les travailleurs frontaliers devront-ils par exemple montrer chaque jour un nouveau test négatif ou des certificats datant de 48 ou 72 heures suffiront-ils ? Une chose est acquise : l’Allemagne n’a pas l’intention d’introduire à sa frontière avec la Moselle des contrôles de douane systématiques, contrairement à ce qu’elle avait fait au printemps 2020 au début de la pandémie à la frontière française, ce qui avait créé des tensions avec Paris et entre les populations locales.

Un traitement de faveur

Contrairement aussi à ce que Berlin a déjà mis en place en février avec la République tchèque et la Tyrol autrichien. « La frontière ne sera pas fermée », a indiqué dimanche un porte-parole du ministère de l’Intérieur, notamment car les régions allemandes limitrophes de la Moselle, la Sarre et la Rhénanie-Palatinat, ne l’ont pas demandé, mais aussi parce que les autorités régionales de part et d’autre de la frontière « coopèrent étroitement » sur cette question. Les contrôles policiers doivent être aléatoires et à l’intérieur du territoire allemand dans la zone frontalière, a-t-il précisé. La France va donc bénéficier d’une forme de traitement de faveur.

Car le passage d’une région en catégorie zones de variants « est un classement qui implique normalement – c’est ce qu’a fait l’Allemagne à l’égard de l’Autriche ou de la République tchèque – des mesures extrêmement strictes de quasi-fermeture des frontières », a déclaré le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune à la radio française France Inter. « Cela, on n’en veut pas » pour les 16.000 travailleurs frontaliers de Moselle, a-t-il dit, en précisant être en discussions avec Berlin pour « essayer d’atténuer ces mesures le plus possible ». Il a ainsi suggéré des tests « qui ne soient pas obligatoires chaque jour mais tous les deux ou trois jours ».

Désaccord de la Commission européenne

Les contrôles mis en place par l’Allemagne avec la République tchèque et la région autrichienne du Tyrol l’ont été pour les mêmes raisons que la Moselle : la crainte d’une nouvelle vague de contamination au Covid-19 liée aux variants du virus, ce qui a suscité des critiques en Autriche notamment mais aussi de la part de l’Union européenne. La Commission européenne s’est, elle, émue de voir la libre circulation à l’intérieur de l’UE ainsi remise en cause. A la frontière avec la Moselle, « il faut donner l’exemple et revenir à un dispositif plus allégé », a plaidé Clément Beaune, en arguant d’un « esprit franco-allemand coopératif » pour « éviter de revenir à ce qu’on a vécu douloureusement » au début de la pandémie.

Ce traitement privilégié a déjà suscité des commentaires négatifs du chancelier autrichien Sebastian Kurz. « Il y a en Allemagne, en fonction des directions géographiques, des différences de rigueur en matière de règles à la frontière », a-t-il ainsi regretté ce week-end dans une interview au quotidien allemand Merkur. « Il est tout à fait approprié en période de pandémie de tendre un filet de sécurité avec des tests, des masques etc. Mais ce n’est à mon avis pas le cas pour des mesures qui mettent en danger le marché intérieur (européen), qui impliquent que les gens ne puissent se rendre sur leur lieu de travail ou que des familles soient séparées », a-t-il dit.