Coronavirus : Sous pression européenne, l'exécutif planche sur le controversé « pass sanitaire »

POLITIQUE Emmanuel Macron a évoqué l'idée d'un « pass sanitaire » pour permettre la réouverture des lieux culturels et des restaurants fermés par la pandémie, mais l'idée divise l'Europe et les politiques français

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron tiendra une réunion avec des membres du gouvernement la semaine prochaine pour préparer la mise en place d’un « pass sanitaire », qui devrait permettre de rouvrir restaurants et lieux culturels.
  • Ce dispositif, qui permettra notamment de recenser les tests négatifs au Covid-19, ne fait pas consensus dans la classe politique.
  • Certains Etats européens plaident pour qu’une justification de vaccination soit intégrée pour permettre de voyager plus facilement d’ici l’été.

Un mois après avoir balayé un troisième confinement, Emmanuel Macron espère toujours traverser les prochaines semaines sans mettre intégralement sous cloche le pays. L’exécutif reste sur la même ligne : restrictions localisées et développement de la vaccination. Mais le président de la République réfléchit également à la sortie de crise.

Le chef de l’Etat a évoqué jeudi la mise en place d’un « pass sanitaire » pour permettre la réouverture des lieux culturels et des restaurants fermés par la pandémie, alors que plusieurs Etats européens plaident de leur côté pour un « passeport vaccinal » à l’échelle du continent. Une réunion avec des membres du gouvernement doit être organisée cette semaine sur ces questions, qui divisent déjà la classe politique française.

Un « pass sanitaire » pour « faciliter le quotidien des Français »

« Il faut le préparer dès maintenant techniquement, politiquement, juridiquement », car le pass sanitaire est « un sujet important », a indiqué Emmanuel Macron jeudi. Si la rencontre interministérielle n’est pas encore calée, Matignon confirme que le dossier est à l’étude. « Quand on arrivera en avril-mai, qu’on aura protégé grâce aux vaccins une grande partie des personnes à risques, le virus sera plus bénin mais continuera de circuler, il faudra toujours vivre avec », dit l’entourage du Premier ministre. « L’objectif est donc d’avoir un outil numérique qui facilite le quotidien des Français, avec un QR code à l’entrée de certains lieux pour remonter plus facilement les chaînes de contamination. Ce pass permettrait aussi de présenter plus facilement un test négatif récent », ajoute-t-on.

Matignon évacue aujourd’hui les questions sur les modalités d’organisation d’un tel dispositif, mais certains élus de La République en marche plaident pour sa généralisation. « Avec le déploiement massif des auto-tests, que j’espère, se tester pourrait devenir aussi banal que se laver les dents », assure la députée LREM d’Asie-Océanie-Europe orientale, Anne Genetet. « Ce pass sanitaire, couplé à l’application TousAntiCovid, permettra de présenter ces tests au quotidien, et facilitera la responsabilité individuelle », ajoute la porte-parole du groupe à l’Assemblée.

La pression européenne pour un passeport vaccinal

Reste une question cruciale : le pass sanitaire sera-t-il un passeport vaccinal ? En clair, l’application permettra-t-elle aux personnes de justifier leur vaccination afin d’aller au restaurant ou au concert ? Si Emmanuel Macron a écarté l’idée dans l’immédiat, le sujet pourrait vite s’imposer pour les voyages à l’étranger. « En tant que médecin, éthiquement, ça me pose un certain nombre de questions. Mais sous la pression internationale, cette certification vaccinale va d’une manière ou d’une autre être obligatoire. Il serait convenable que l’Europe entière ait la même démarche », a estimé ce dimanche sur France Info le président LR de la région Grand Est, Jean Rottner.

La question agite depuis plusieurs semaines l’Union européenne. Certains pays – notamment les plus dépendants du tourisme – font pression pour adopter au plus vite un tel document, à l’instar de la Grèce. La dirigeante allemande Angela Merkel a, elle, assuré que ces certificats seront probablement disponibles avant l'été.

« Le vaccin pourrait trouver sa place dans ce pass sanitaire, mais on ne peut pas conditionner les déplacements au sein de l’UE au vaccin alors que seule 5 % de la population européenne est aujourd’hui vaccinée », tempère Matignon. « La vaccination ne peut pas être le sésame unique de réouverture des activités sinon on crée une société à deux vitesses, très injuste », a ajouté ce dimanche le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune, alors que les Français les plus jeunes ne seront pas vaccinés avant la fin de l’été selon le plan gouvernemental.

L’opposition fustige un « pass sanitaire pervers »

Si la question divise l’Europe, elle ne fait pas non plus consensus au sein de la classe politique française. Le passeport vaccinal est ainsi défendu par le patron de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, mais son principe reste critiqué par une partie de l’opposition. « Qu’à l’intérieur du pays, on veuille enregistrer tous les Français, avoir leurs conditions de santé et que pour circuler […] on soit obligé de montrer patte blanche, je le combattrai de toutes mes forces », a dénoncé ce dimanche sur Europe 1 Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle 2022. Le député LR Julien Aubert a lui fustigé un système « pervers » sur Twitter, quand l'eurodéputé insoumise Manon Aubry a estimé que « ce débat n’a aucun sens alors que les vaccins ne sont pas disponibles pour tous ».

Le dernier mot pourrait être donné par la Commission européenne. Les 27 pays de l’UE lui ont ainsi demandé de définir des normes communes pour une reconnaissance mutuelle de ces certificats vaccinaux avant l’été.