Menus sans viande à Lyon, « islamo-gauchisme »… L’exécutif empêtré dans les polémiques

POLEMIQUE La majorité LREM s’est vivement opposée sur plusieurs sujets au cours des derniers jours

T.L.G.

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Stanislas Guérini et Jean Castex.
Stanislas Guérini et Jean Castex. — Jacques Witt/SIPA
  • La décision du maire écologiste de Lyon de proposer des menus uniques sans viande dans les cantines a déclenché de vifs échanges au sein de l’exécutif.
  • La majorité s’était déjà divisée autour de l’« islamo-gauchisme » dans les universités, controverse lancée par la ministre Frédérique Vidal.
  • Ces polémiques sont-elles le signe de tensions entre l’aile droite et l’aile gauche de la majorité ? « Il n’y a pas de réactivation de clivages, juste des entrées différentes dans la mêlée », assure le député LREM Sylvain Maillard.

Des assiettes lyonnaises a surgi la zizanie. La décision du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, de proposer des menus uniques sans viande dans les cantines municipales a déclenché une vive polémique au sein de l’exécutif, opposant vivement ministres et membres de la majorité. Ces derniers jours n’ont d’ailleurs pas été de tout repos pour La République en marche, qui s’est également écharpée sur l’islamo-gauchisme, dans la foulée des propos de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Le menu de « la honte »

Le menu du maire de Lyon a agacé plusieurs ministres : samedi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a dénoncé une « idéologie scandaleuse » et une « politique moraliste et élitiste des Verts » qui « exclut les classes populaires ». Une décision également fustigée par d’autres membres du gouvernement, comme le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, qui a évoqué « un choix anti-social et doctrinaire ». L’affaire aurait pu en rester là si Barbara Pompili, ancienne d’EELV, n’avait pas mis les pieds dans le plat. « Je regrette beaucoup que sur ce sujet, on retombe dans un débat préhistorique », a tranché la ministre de la Transition écologique en marge d’un déplacement, regrettant les « clichés éculés » convoqués par ses collègues.

« Il n’y a pas lieu de polémiquer », a balayé le ministre de la Santé Olivier Véran, quand Matignon tentait d’éteindre la controverse lundi soir : « Moins nous alimentons les polémiques autoportées, mieux nous nous portons », a écrit le directeur de cabinet de Jean Castex à l’ensemble des membres du gouvernement, selon des informations de BFMTV confirmées par Matignon à l’AFP. En vain. Mardi, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie relançait les hostilités, qualifiant sur RTL la décision de la mairie de Lyon de « honte d’un point de vue social ».

« Les débats sont toujours sains, mais pas par médias interposés »

Le débat a réactivé une ligne de fracture entre deux conceptions de l’écologie – l’une « pragmatique » et l’autre plus traditionnelle – au sein des macronistes, et enflammé le groupe de députés. Le député et ancien agriculteur Jean-Baptiste Moreau a accusé Barbara Pompili de manquer de « loyauté » envers son camp. Une prise de position qui a poussé le vice-président de l’Assemblée nationale, Hugues Renson, à demander la tête de Jean-Baptiste Moreau du porte-parolat de LREM…

« Cette polémique est sans intérêt. Barbara Pompili a eu des mots durs, mais les deux parties disent la même chose, simplement avec des portes d’entrée différentes », minimise le député de Paris et porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée Sylvain Maillard. « Il est hors de question de cadenasser la parole de qui que ce soit. Les débats sont toujours sains, mais pas par médias interposés. Et il est vrai que la semaine d’arrêt parlementaire n’arrange rien », ajoute-t-il.

Le risque d’une fracture gauche-droite au sein de la macronie ?

Car la majorité s’est également fracturée la semaine passée sur la question de l’«islamo-gauchisme», après l’enquête demandée au CNRS par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Devant les tensions entre aile gauche et aile droite de la majorité, plusieurs ministres et députés, dont Cédric O, Stanislas Guerini, Elisabeth Moreno ou Laetitia Avia, ont dénoncé mardi l'« irrationalité actuelle autour du concept d’islamo-gauchisme, emblématique de la dérive du débat politique » dans une tribune au Monde intitulée « Au secours, le clivage droite-gauche revient ! ».

A un peu plus d’un an de la présidentielle, la synthèse macroniste serait-elle menacée ? « Il n’y a pas de réactivation de clivages, juste des entrées différentes dans la mêlée. Ces cultures politiques diverses font la richesse de notre groupe », assure Sylvain Maillard, qui ajoute toutefois : « Il y a de la frustration car beaucoup de textes sont en attente, chacun joue des coudes pour les faire avancer. Mais une fois qu’on sera en campagne, il y aura une ligne directrice d’union : le projet présidentiel. »