La « dette Covid », un enjeu politique pour la présidentielle de 2022

FINANCES Les dépenses publiques liées à la crise du coronavirus atteignent désormais près de 150 milliards d'euros, et la question d'un remboursement de cette dette est aujourd'hui posée

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • La « dette Covid » atteint désormais près de 150 milliards d’euros, creusant la dette publique, qui atteindra 122,4 % du PIB en fin d’année 2021.
  • Certains politiques proposent d’annuler les dépenses consacrées à la crise du coronavirus, quand d’autres estiment au contraire nécessaire de la rembourser.
  • Le gouvernement est sous pression mais insiste sur le fait qu’il n’augmentera pas les impôts.

La « dette Covid » au cœur des débats. Au début de l’épidémie, en mars 2020, Emmanuel Macron promettait de soutenir les Français et les entreprises en difficulté face à « la plus grave crise sanitaire depuis un siècle ». Et ce, « quoi qu’il en coûte » aux finances du pays. Près d’un an plus tard, ces dépenses s’élèvent à près de 150 milliards d’euros. Alors que certains s’inquiétaient, en fin d’année 2019, que la dette publique du pays dépasse les 100% du PIB, celle-ci devrait s’envoler en fin d’année 2021 à 122,4 % de la richesse nationale.

Un temps éludée, la question de la facture est aujourd’hui posée. Faut-il rembourser la partie de la dette liée consacrée au coronavirus ? Et, si oui, qui va la payer ? Les politiques s’emparent aujourd’hui de cette question délicate, qui pourrait devenir l’un des thèmes principaux de la prochaine présidentielle. En tant que Haut-commissaire au Plan, François Bayrou présentera d’ailleurs ce mercredi devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), une note sur la dette publique.

« La dette Covid sera un des éléments importants de la campagne à venir »

« Une dette, ça se rembourse », affirme régulièrement le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, premier membre du gouvernement à remettre (un peu) en question le fameux « quoi qu'il en coûte » du chef de l’Etat. A un an de la présidentielle, l’exécutif souhaite donner des gages de sérieux budgétaire et de crédibilité aux Français et à ses partenaires européens. Mercredi dernier, Jean Castex a demandé à la Cour des comptes un rapport sur l’impact de la crise du Covid-19 sur les finances publiques. Plusieurs commissions, dont celle pilotée par l’ancien ministre Jean Arthuis, devraient également livrer leurs rapports sur cette question dans les prochaines semaines.

« Il est important de réaliser un audit global de nos finances pour savoir où l’on en est. La "dette Covid", savoir qui paye et combien, sera un des éléments importants de la campagne à venir, car il faudra bien la rembourser un jour », assure Roland Lescure, député LREM et cadre du parti.

L’opposition multiplie les propositions, entre annulation et remboursement

Car le gouvernement est aujourd’hui pressé sur ce sujet par les membres de l’opposition. « Une dette doit être remboursée. Il y a là un aspect moral essentiel », assurait lundi Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, dans une tribune à L'Opinion. « Quand on ne rembourse pas une dette, on le paie souvent très cher », appuyait aussi Eric Woerth, président (LR) de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, sur Public Sénat le 9 février, balayant au passage l’idée d’échelonner à 100 ans la dette Covid, comme le propose le numéro deux des Républicains Guillaume Peltier.

A gauche, insoumis et communistes plaident de leur côté pour l’effacement de ces dépenses liées à la crise sanitaire, à l’image de Jean-Luc Mélenchon, qui propose « d’annuler ces titres de dettes publiques » par l’intermédiaire de la Banque centrale européenne, qui pourrait « transformer ces titres en dette perpétuelle ». Une idée défendue également par plus de 100 économistes dans une tribune publiée au début du mois.

Au final, qui va payer ?

« Le niveau de la dette n’est pas un problème, et il n’est pas forcément nécessaire de la rembourser », plaide aussi Boris Vallaud. Mais le député socialiste des Landes s’inquiète d’un éventuel tour de vis de la part du gouvernement. « Que vont faire ceux qui veulent réduire la dette ? Augmenter les impôts comme l’a déjà fait le gouvernement en transférant injustement 136 milliards de la dette sociale Covid vers la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale) ? Ou réduire les dépenses publiques, alors que la crise a montré que les services publics sont essentiels ? »

Si l’exécutif n’a livré aucune piste concrète, il exclut toute hausse de taxes. « Quand on sort d’une telle crise, on n’augmente pas les impôts. La croissance permettra de réduire la dette et on aura à s’interroger sur nos dépenses publiques dans le cadre d’un second quinquennat, avance Roland Lescure. Mais à court terme, la dette ne coûte rien, car les taux d’intérêt sont à zéro. Il n’y a donc pas d’urgence. » Mais la question restera certainement présente d’ici le premier tour de la présidentielle.