Présidentielle 2022 : Comment Michel Barnier, le « Monsieur Brexit » de l’UE, fait son retour en France

LR Michel Barnier, l'ancien négociateur de l'Union européenne pour le Brexit, va créer en mars son micro-parti afin de peser dans la campagne présidentielle

Laure Cometti

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Michel Barnier rêve--t-il de l'Elysée ?
Michel Barnier rêve--t-il de l'Elysée ? — ERIC PIERMONT / AFP
  • Michel Barnier prépare son retour dans l’arène politique française, après plus de quatre ans passés à négocier les termes du Brexit à Bruxelles.
  • A 70 ans, il dit vouloir mettre son expérience des négociations internationales et sa longue carrière d’élu et de ministre au service de LR, qui n’a pas encore de candidat désigné pour la présidentielle de 2022.
  • Chez Les Républicains, l’hypothèse Barnier séduit certains, qui s’apprêtent à participer à son micro-parti, dont le lancement est prévu en mars. D’autres ne croient pas à sa candidature pour l’Elysée.

En 2016, il faisait la fierté de la droite française, flattée qu’un des siens soit choisi pour mener à bien les négociations du Brexit. Cinq ans plus tard, Michel Barnier est de retour à Paris, suscitant un enthousiasme nuancé au sein de sa famille politique. Sa mission auprès de l’Union européenne s’achèvera en mars, mais, depuis janvier, l’ancien ministre multiplie les rendez-vous et prépare le lancement, en mars, d’un micro-parti. A un an de la présidentielle, le Savoyard est, pour certains responsables  LR, le candidat idéal, tandis que d’autres préféreraient qu’il mette son expérience au service d’une autre tête d’affiche.

Phase de « teasing » politique

Depuis quelques semaines, Michel Barnier n’arrête pas. Une rencontre avec les sénateurs LR a eu lieu le 2 février, une autre avec les députés mardi, puis un échange avec le syndicat CFDT mercredi avant un rendez-vous avec le patronat du Medef. Il publiera également en avril un livre de 600 pages environ, « journal » de ses années de négociation du Brexit, qui pourrait lui donner l’occasion de faire un Tour de France pour des dédicaces. « Il y a du teasing ! », résume le député LR de la Manche Philippe Gosselin.

S’il ne s’est pas officiellement déclaré candidat à la primaire de la droite, prévue dans les statuts du parti, Michel Barnier ne cache pas en revanche son désir de peser dans la campagne présidentielle. « Le risque pour le pays d’être fracturé n’a jamais été aussi grave » et « c’est une des raisons pour lesquelles je souhaite prendre ma part dans ce débat public », a-t-il déclaré à La Croix. Mardi, devant les députés LR, il a annoncé qu’il prendrait la tête d’un groupe de travail du parti sur le thème « patriote et européen », recommandant au passage à ses pairs « d’écouter la colère sociale ». « Il va travailler autour de la souveraineté, qu’elle soit sanitaire ou numérique, un thème majeur de la présidentielle », précise le vice-président du parti, Damien Abad.

« Soporifique » ou intéressant ?

Autour de lui gravite une poignée de cadres LR pour le moment, participant à des réunions dans son appartement parisien, et louant l’expérience et le sérieux de Michel Barnier. « Son retour crée une nouvelle donne pour la présidentielle à droite », assure la députée de Paris, Brigitte Kuster, proche de l’ex-commissaire européen. Sa venue lors de la réunion hebdomadaire des députés LR a en tout cas suscité l’intérêt, avec 80 élus présents en visio ou dans la salle du Palais-Bourbon.

« C’était soporifique ! », lâche le député des Bouches-du-Rhône Eric Diard. « Les collègues ont décroché, certains regardaient leur téléphone ou papotaient. Ceux qui pensaient sa candidature possible ont été définitivement douchés », souffle-t-il. « Mais il peut être un très bon atout, c’est un excellent technicien sur les affaires européennes, il est rompu à la négociation », souligne ce proche de Xavier Bertrand, autre présidentiable. « Ça manquait parfois de dynamique, mais ça se travaille », concède un autre élu. « Il a réussi son examen de passage, il suscite de l’intérêt », juge en revanche Philippe Gosselin, proche de Valérie Pécresse. « Il prend la température », observe-t-il.

Un anti-Macron pour certains

Chez LR, on soupèse déjà les atouts et faiblesses de ce nouveau venu dans la campagne. Pour Damien Abad, Michel Barnier « a la carrure d’un chef de l’Etat, il a discuté d’égal à égal avec les dirigeants européens durant plusieurs années ». Rigueur, expérience et « homme de terrain », sont des mots qui reviennent souvent dans les échanges. L’âge de ce politique aguerri, qui vient de fêter ses 70 ans, est tantôt perçu comme un atout – pour se différencier du président actuel –, ou comme une faiblesse. « Avec son profil pas très sexy de techno et de proche des territoires, c’est un peu notre Jean-Marc Ayrault à nous… », glisse un LR.

Le retour de Michel Barnier ne simplifie pas non plus l’équation présidentielle à droite. Le parti doit résoudre un casse-tête : faut-il ou non organiser une primaire, inscrite dans les statuts mais dénigrée par bien des élus de droite ? Et en cas d’annulation, comment départager les candidats plus ou moins déclarés ? D’après une enquête Ifop publiée le 10 février, 15 % des Français estiment que l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’Environnement serait un « bon candidat » pour la droite au second tour, derrière Xavier Bertrand (27 %) et Valérie Pécresse (17 %), mais devant Bruno Retailleau (6 %).

Un espace politique à trouver

Pour l’entourage de ce dernier, le retour de « Monsieur Brexit » est un nouvel argument en faveur d’une organisation rapide d’une primaire. « Je doute qu’il ait un grand espace politique. Le créneau de l’eurocritique peut être crédible, mais est-ce assez différenciant par rapport à Macron ? », s’interroge un proche du sénateur de Vendée. « Il est l’inverse d’Emmanuel Macron », riposte Brigitte Kuster. « Il a été le plus jeune élu de France, c’est un homme de terrain. On a besoin de ce genre de profil maintenant, avec moins de petites phrases, pas d’effets de manche… Et il rassemble au-delà de sa famille politique », ajoute-elle.

Un peu trop, peut-être, puisque selon un sondage Elabe paru début février, il a une meilleure image auprès des sympathisants du MoDem et de La République en marche (60 % d’opinions positives), que des électeurs de droite (39 %). Le lancement de son association politique et la parution de son livre devraient lui permettre de préciser ses idées pour 2022 et, peut-être, de rallier davantage de soutiens à droite.