Universités : Frédérique Vidal demande une enquête sur « l’islamo-gauchisme » et suscite de vives critiques

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR La ministre estime que « l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble », et que l’université n’est pas épargnée

M.A.

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Frédérique Vidal, le 15 janvier 2020.
Frédérique Vidal, le 15 janvier 2020. — PIERRE VILLARD/SIPA

Confrontée à la précarité étudiante en raison de la crise sanitaire et aux polémiques sur les agressions sexuelles dans l'enseignement supérieur, notamment dans les IEP, Frédérique Vidal a trouvé un nouveau cheval de bataille. La ministre veut « demander notamment au CNRS [Centre national de la recherche scientifique] de faire une enquête » sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, a-t-elle annoncé dimanche sur CNews.

« L’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble. L’université n’est pas imperméable. L’université fait partie de la société », a déclaré la ministre de l’Enseignement supérieur pour expliquer sa demande.

Des propos semblables à ceux de Jean-Michel Blanquer

« Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi », a détaillé Frédérique Vidal face à Jean-Pierre Elkabbach, qui a comparé la situation de l’université à « une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeyni. »

« Vous avez raison. Mais c’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’un incident se produit il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela », lui a-t-elle répondu. En octobre dernier, c’était Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, qui avait dénoncé sur Europe 1 « l'islamo-gauchisme » qui fait « des ravages à l'université », pointant du doigt le syndicat étudiant Unef et La France insoumise.

La Conférence des présidents d’université la Conférence fait part de « sa stupeur »

Des propos qui ont provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux. Et aussi à l’Assemblée nationale. « Nous sommes choqués par ces chasses aux sorcières dignes d’un autre régime. A quoi faites-vous référence, (…) vous n’avez rien d’autre à faire que de lancer une police de la pensée ? », a demandé mardi la députée Bénédicte Taurine (LFI), lors des questions au gouvernement.

« J’ai été interrogée sur ce que l’on voit apparaître dans les universités à savoir des universitaires qui se disent eux-mêmes empêchés par d’autres de mener leurs recherches, leurs études », a répondu Frédérique Vidal. « L’université n’est pas étanche, elle est traversée par tous les courants de la société, le rôle de l’université est toujours de les étudier, de les comprendre, de laisser se mettre en place ce débat contradictoire plutôt que ces caricatures et de faire en sorte que justement, comme toujours au sein des universités, du monde de la recherche, le débat se mène entre les pairs », a-t-elle poursuivi.

Dans un communiqué, la Conférence des présidents d’université (habituellement très réservée) a fait part de « sa stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet de l’« islamogauchisme » à l’université ». Elle appelle « à élever le débat ». « Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition », a-t-elle proposé. De son côté, le député LR Julien Aubert a dit lui « saluer » l’annonce de Frédérique Vidal et mis en avant « l’urgence de créer une mission d’information afin que le Parlement puisse également se saisir de cette question ».