Comment Emmanuel Macron veut désormais muscler sa « jambe gauche »

EGALITE En déplacement à Nantes ce jeudi, le chef de l'Etat devrait dévoiler des mesures pour promouvoir « l'émancipation et l’égalité des chances ». Il évoquera également la plateforme de lutte contre les discriminations d'ici la fin de la semaine

T.L.G.
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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — Romain GAILLARD-POOL/SIPA
  • Ces derniers mois, le chef de l'Etat s'est surtout consacré aux questions sanitaires et régaliennes.
  • Pressé par l'aile gauche de sa majorité, Emmanuel Macron consacre sa fin de semaine à la lutte contre les inégalités.
  • Il devrait annoncer ce jeudi un nouveau concours pour les étudiants modestes afin de  « restaurer l’égalité républicaine dans l’accès aux emplois publics ». Et lancera vendredi une plateforme de lutte contre les discriminations.

Emmanuel Macron a deux jambes et entend bien le montrer. Alors que son projet de loi sur les « séparatismes » est actuellement débattu à l’Assemblée nationale, le chef de l’Etat souhaite également aborder la lutte contre les inégalités. Le président de la République se rendra jeudi à Nantes, en Loire-Atlantique, dans le cadre d’un déplacement consacré à l’égalité des chances dans la fonction publique, en compagnie d’Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, et de Sarah El Haïri, la secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse et de l’Engagement.

« La promesse d’émancipation et d’égalité des chances est au cœur du projet du président depuis 2017 et demeure une priorité du gouvernement », assure l’Elysée, qui évoque plusieurs mesures déjà prises pour lutter « contre les inégalités à la racine », comme le dédoublement des classes CP et CE1 dans les écoles de l’éducation prioritaires, « les cités éducatives » ou les petits-déjeuners gratuits pour les élèves défavorisés. Mais la présidence estime nécessaire d’aller « plus loin ».

L’ENA toujours en vie, une nouvelle voie d’accès pour « les plus modestes »

Lors de son déplacement, Emmanuel Macron échangera avec des élèves fonctionnaires et des lycéens à l’Institut régional d’administration (IRA) de Nantes. Si le président semble avoir renoncé à la suppression de l’ENA, pourtant promise à la sortie de crise des « gilets jaunes », il fera des annonces pour renforcer l’ouverture d’accès aux grandes écoles du service public.

Le chef de l’Etat confirmera, pour 2021, l’augmentation de 1.000 places dans les écoles préparatoires ouvertes aux étudiants les plus modestes, votée en novembre à l’Assemblée, pour un budget de 7 millions d’euros. Surtout, il annoncera le lancement d’un « concours talent » spécifiques à ces élèves, pour cinq grandes écoles : l’ENA, l’Inet, l’EHESP, l’ENSP et l’Enap*. « L’objectif est que ces élèves puissent parvenir plus rapidement à la fonction publique. Il y a un manque d’ouverture dans les concours administratifs, il faut aller rechercher les talents là où ils sont, car la pensée uniforme est un danger mortel », assure la présidence.

Chaque école pourrait ainsi accueillir jusqu’à 15 % d’étudiants supplémentaires, mais l’Elysée réfute toute discrimination positive ou quotas. « Nous créons un nouveau concours pour restaurer l’égalité républicaine dans l’accès aux emplois publics, ce sont des places supplémentaires, pas de rabots sur les concours internes », assure-t-on.

La pression de l’aile gauche de la majorité

Le chef de l’Etat lancera aussi vendredi une plateforme nationale de signalement des discriminations, gérée par l’Etat, le Défenseur des droits et des associations. Doté d’un budget de fonctionnement de 3,5 millions d’euros par an, le dispositif avait été évoqué par  Emmanuel Macron lors d'un entretien au média Brut en décembre. « L’objectif est de parvenir à capter davantage de signalements de victimes sur des critères larges : logements, emplois, handicap, genre, origines, lieux de résidence », précise l’Elysée, alors qu’une nouvelle ligne d’écoute, le 3928, sera mise en place.

Cette activité du président n’est pas anodine. Très présent sur le sanitaire et le régalien ces derniers mois, le chef de l’Etat est pressé par l’aile gauche de sa majorité d’agir un peu plus sur la jambe sociale, à l’image du député LREM Pierre Person. Dans le JDD, dimanche, l’élu de Paris et 14 de ses collègues ont appelé l’exécutif à un « effort global et massif » en matière d’égalité des chances, poussant notamment pour relancer le chantier du revenu universel d'activité.

Le chef de l’Etat soignerait-il l’électorat de gauche à quelques mois de 2022 ? Réponse de Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement dans Le Monde lundi : « Agir pour l’égalité des chances, c’est être fidèle aux engagements de 2017, pas préparer 2022. »

*Ecole nationale d’administration, Institut national des études territoriales, Ecole des hautes études en santé publique, Ecole nationale supérieure de la police, école nationale d’administration pénitentiaire.