Régionales 2020 en Paca : Alliances et divisions, les tractations vont bon train

POLITIQUE Repoussées à cause de la crise sanitaire, les élections régionales se tiendront les 13 et 20 juin. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, dirigée par Renaud Muselier, la question des alliances occupe les potentiels candidats de tous bords, face à un RN favori

Mathilde Ceilles

— 

L'hémicycle du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur.
L'hémicycle du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. — PATRICK VALASSERIS / AFP
  • La crise sanitaire liée au Covid-19 a décalé de trois mois les élections régionales. L’Assemblée nationale a fixé, début février, les dates des élections aux 13 et 20 juin.
  • A quatre mois du scrutin, 20 Minutes fait le point sur les candidats déclarés ou annoncés pour succéder à Renaud Muselier, président de la région Paca.
  • Face à un RN donné favori, les enjeux liés à d’éventuelles alliances sont pour l’heure au cœur des discussions.

En pleine crise sanitaire, le calendrier électoral se précise, et les élections régionales se rapprochent. Début février, l’Assemblée nationale a fixé la date du premier tour au 13 juin prochain. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, face à un Rassemblement national (RN) donné favori dans les sondages, la question des alliances agite les candidats de tous bords à quelques mois du scrutin. 20 Minutes fait le point.

Thierry Mariani en pôle position

Face au président sortant en passe de se représenter, l’extrême droite, seule force d’opposition qui siège depuis six ans au conseil régional, s’était d’abord retrouvée en 2017 orpheline de sa cheffe de file d’alors, une certaine Marion Maréchal-Le Pen.

C’était sans compter sur le passage au Rassemblement national du Vauclusien Thierry Mariani, dont l’investiture serait imminente. Ironie de l’histoire : l’ancien ministre est bien connu des figures locales historiques de la droite, à laquelle il a longtemps appartenu, y compris du président de la région, Renaud Muselier.

« Thierry Mariani va essayer de parler à nos électeurs, s’inquiète le député LR du Vaucluse Julien Aubert, qui connaît bien l’ancien ministre pour avoir travaillé avec lui dans le passé. Il faut être vigilant. » « Il est un peu l’homme du rassemblement, veut croire Jean-Lin Lacapelle, un cadre du RN. Il est un de ses symboles de la volonté de Marine Le Pen d’élargir pour rassembler des gens d’où qu’ils viennent. »

Et de pronostiquer : « Qu’est-ce qui va se passer dans cette région ? C’est un peu comme au second tour de l’élection présidentielle, avec Macron contre Le Pen. Il est fort probable qu’on aura deux pôles qui s’affrontent. Le président actuel sera rejoint par les Macronistes. En face, la liste du RN sera la liste du rassemblement. » Selon un sondage Ifop paru en décembre dernier réalisé sur un échantillon de 905 personnes inscrites sur les listes électorales, Thierry Mariani arriverait en tête au premier tour devant Renaud Muselier, mais perdrait au second dans le cas d’une triangulaire avec la gauche.

Renaud Muselier en marche vers l’élection ?

Officiellement, l’actuel président de la région LR Renaud Muselier, en poste depuis 2017 à la faveur d’une démission de Christian Estrosi pour cause de cumul des mandats, estime que le temps n’est pas venu d’évoquer une candidature à sa réélection, se disant pleinement mobilisé sur le front de la crise sanitaire.

Mais sa volonté de rempiler pour un second mandat est devenue un secret de Polichinelle, et le vrai mystère réside pour l’heure dans la composition de sa future équipe. Dans un entretien au Parisien accordé la semaine dernière, le député LREM des Alpes-Haute-Provence et président du groupe LREM à l’Assemblée nationale Christophe Castaner a fait un très clair appel du pied à Renaud Muselier « pour qu’ensemble on se batte pour la région et contre le même adversaire », à savoir le RN.

Ce jeudi dans une interview à La Provence, la secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées Sophie Cluzel a annoncé être « cheffe de file de toutes les composantes de la majorité présidentielle pour les élections régionales. » Et de préciser aussitôt : « Cheffe de file ne veut pas dire candidate. A ce stade, je suis avant tout dans le dialogue avec tous les talents. »

« Je veux être très clair : je ne souhaite aucun accord d’appareil ou de parti avant le premier tour, a déclaré le patron de la région Paca au Figaro ce vendredi. Je suis ouvert à toutes les personnalités, à toutes les projections, à tous les débats, mais pas aux accords d’appareil ou de parti. Bien sûr, pour le second tour, pas de gestes barrières entre les républicains que nous sommes ! », a ajouté Renaud Muselier.

Celui qui critique ouvertement la politique d’Olivier Véran en matière de gestion de la crise sanitaire n’écarte cependant pas que des « individualités » puissent le rejoindre, à condition de passer un test « PCR » pour « Projet, Compétences, République ».

Plusieurs conseillers régionaux élus aux côtés de Christian Estrosi et Renaud Muselier ont en effet quitté Les Républicains pour rejoindre d’autres formations, dont LREM, à l’image de Caroline Pozmentier. « Nous travaillons à une offre de bloc central qui permet de donner une offre politique à la hauteur des attentes des citoyens, dans le dépassement des appartenances comme on le fait au sein de l’exécutif », explique celle qui était tête de liste pour les sénatoriales.

Une vision qui divise dans son propre camp. « Je pense qu’il faut être très clair, martèle le député LR du Vaucluse Julien Aubert, connu pour être à droite du parti. On est la droite. On doit être fier de ce qu’on est. Après, oui, nous avons bâti une majorité plurielle avec des alliés, mais c’était plus l’UDI, éventuellement le Modem. Moi, je n’appartiens pas à un parti qui fait des alliances avec En Marche ! »

Dans ce contexte, Benoît Kandel, ancien premier adjoint UMP de la ville de Nice, se pose en alternative pour « des électeurs de droite qui ne souhaitent pas porter leur suffrage sur des candidats « Macron-compatibles » à l’image de Christian Estrosi, Hubert Falco et Renaud Muselier et qui ne souhaitent pas non plus voter pour le Rassemblement national. » Le Niçois se veut chef de file d’une « liste divers droite et indépendants soutenu par Nicolas Dupont-Aignan ».

La gauche veut l’union mais peine à la trouver

Pour rappel, la gauche est totalement absente du conseil régional, après le désistement en 2015 de Christophe Castaner, alors candidat socialiste, pour faire barrage au FN. Alors, fort de la victoire du Printemps Marseillais, des voix s’élèvent pour bâtir une union dès le premier tour, incarnée par certains poids lourds du mouvement, comme Sophie Camard ou Olivia Fortin. « La question se pose aujourd’hui sur le projet, et pas sur la personne qui doit l’incarner, rétorque cette dernière. Je pense en revanche qu’une gauche unie aux régionales est impératif face à un FN en tête. »

Mais la perspective de cette union divise chez EELV, au point de virer au micmac. En octobre, le parti écologiste avait d’abord désigné Olivier Dubuquoy comme chef de file pour les régionales. Partisan d’un rassemblement de la gauche dès le premier tour comme l’a fait le Printemps Marseillais, celui-ci a pourtant vu sa motion battue, en janvier, lors d’un vote interne très serré.

Arrivés en tête avec 235 voix contre 220, ces derniers prônent la mise en place d’un « pôle écolo » regroupant tous les partis écologistes avant la discussion avec les autres forces de gauche. Olivier Dubuquoy a été officiellement suspendu début février, après avoir une nouvelle fois signé un appel à un rassemblement de la gauche dès le premier tour, avec quelque 200 autres élus et personnalités. Dimanche dernier, c’est donc un autre chef de file qu’EELV s’est choisi, avec le Varois Jean-Laurent Félizia. « Je vais continuer à rassembler toute mon énergie pour constituer une liste de gauche écologiste et citoyenne », prévient de son côté Olivier Dubuquoy.