Loi « séparatisme » : « Le texte s’attaque à toutes les religions, mais pas aux islamistes », dénonce Marine Le Pen

INTERVIEW La présidente du Rassemblement national a répondu aux questions de « 20 Minutes » sur le projet de loi sur les « séparatismes » et sur la gestion du coronavirus par l'exécutif

Propos recueillis par Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen au siège du Rassemblement national.
Marine Le Pen au siège du Rassemblement national. — Alain ROBERT/SIPA pour 20 Minutes
  • Déjà en campagne pour la présidentielle de 2022, Marine Le Pen a accordé un entretien à 20 Minutes ce jeudi.
  • La présidente du Rassemblement national dénonce le « fiasco total » du gouvernement dans la gestion du coronavirus et la stratégie vaccinale.
  • La candidate déplore par ailleurs « une reculade » de l’exécutif sur la lutte contre l’islamisme, alors que la loi sur les « séparatismes » est discutée depuis lundi à l’Assemblée nationale.

Déjà en campagne, elle étrille Emmanuel Macron. Marine Le Pen fustige la gestion de crise sanitaire et la stratégie vaccinale de l’exécutif. « Un fiasco total », juge-t-elle. La présidente du Rassemblement national a répondu ce jeudi aux questions de 20 Minutes sur le coronavirus, la présidentielle de 2022 et le projet de loi sur les «  séparatismes » du gouvernement, débattue depuis lundi à l’Assemblée nationale.

« Le texte est une reculade politique et ne combat pas les islamismes », déplore-t-elle. A une semaine d’un débat avec le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sur France 2, la candidate du RN met en avant ses propositions pour « éradiquer les idéologies islamistes »,

Vous estimez que le projet de loi « confortant le respect des principes de la République »​ est sur une ligne « bien différente » du discours des Mureaux d’Emmanuel Macron début octobre. Pourquoi ?

Je pensais qu’il avait compris qu’il fallait lutter contre l’idéologie islamiste. Or ce texte est une reculade sémantique – il ne parle plus de « séparatisme » – et une reculade politique. Il s’attaque à toutes les religions, mais pas aux islamistes. Quelques articles vont dans le bon sens, sur la neutralité des services publics par exemple, mais, objectivement, cette loi de Monsieur Darmanin tape à côté.

Ce texte ne combat pas l’islamisme ?

Non. La loi de Monsieur Darmanin fait des amalgames et restreint des libertés. Un exemple : comme quelques centaines d’islamistes utilisent l’instruction à domicile pour soustraire leurs enfants à l’école de la République, la loi l’interdit pour tous [il faudra désormais une autorisation de l’académie].

Ma proposition de loi est bien plus claire : il s’agit de combattre et pourchasser toutes les manifestations des idéologies islamistes. Elle permettrait notamment d’expulser du territoire les 4.000 étrangers islamistes fichés S. L’islamisme nous a déclaré la guerre, nous ne pouvons pas lui répondre avec une petite loi de police administrative. Il faut l’éradiquer.

Comment définissez-vous ces « idéologies islamistes » ? N’est-il pas difficile de prouver juridiquement qu’une personne manifeste une telle idéologie ?

Non, pas du tout. Nous avons établi des critères extrêmement clairs, par exemple : faire l’apologie de crime de guerre commis par les islamistes, vouloir faire passer des lois ou des comportements au-dessus la Constitution française, ou encore contester la dignité humaine ou l’égalité hommes-femmes. On n’a pas le droit, en France, d’exprimer une idéologie raciste ou nazie, et heureusement. Je souhaite qu’il en soit de même pour l’islamisme.

Votre loi vise notamment des films, journaux ou livres faisant explicitement ou implicitement « l’apologie » de l’islamisme. Avez-vous des exemples ?

Le rôle du législateur est de prévoir l’intégralité des possibilités. Si, demain, un livre fait l’apologie du nazisme, il sera interdit. Si, demain, un livre faisait l’apologie de l’islamisme, il le serait aussi avec notre loi. Car la liberté de conscience est totale en France, sauf lorsqu’elle représente un trouble à l’ordre public.

N’y a-t-il pas de risque d’inconstitutionnalité ou d’une dérive vers la censure ?

Je ne le crois pas. Le Conseil constitutionnel doit protéger les Français de toutes les idéologies totalitaires, et l’islamisme tue, viole et commet des crimes de masse. Ne pas légiférer par crainte du Conseil constitutionnel n’est pas un argument qui se tient.

Vous souhaitez interdire le voile dans l’espace public. Toutes les femmes voilées portent-elles selon vous une idéologie islamiste ?

Nous proposons d’interdire le voile islamiste, notamment le voile salafiste, qui porte l’idéologie islamiste. La justice pourra le distinguer du foulard classique.

Mais quelle définition de « voile islamiste » ou de « voile salafiste », comme vous les désignez ? Cette interdiction ne comporte-t-elle pas un risque d’amalgame ? Il paraît difficile de prouver que tel voile est politique et tel autre non…

Non, ce n’est pas difficile. Le voile correspond à des exigences portées par des idéologies salafistes, tabligh, wahhabites. Toutes les idéologies contre lesquelles Emmanuel Macron, lui-même, voulait lutter. Ces types de vêtements sont politiques, il faut les traiter comme tels. Le gouvernement dit vouloir lutter contre le séparatisme mais il accepte le voile à l’université ou chez les accompagnantes de sortie scolaire. Il faut préserver les enfants des militantes de l’islam politique. Cette neutralité religieuse doit s’appliquer partout.

Gérald Darmanin vous reproche un décalage entre votre discours et vos actes. Il dit que vous n’aviez pas voté les mesures de la loi dite « Silt », permettant de fermer les lieux de culte radicalisés, ni, en commission, les dispositions concernant les associations dans le projet contre les séparatismes…

Nous n’avons pas voté les textes que nous jugeons inefficaces et sanctionnés par le Conseil constitutionnel. Concernant le texte de M. Darmanin, l’article sur les associations me pose un problème car il rompt notamment avec un principe fondamental du droit français, la responsabilité pénale individuelle. Quant à l’article sur la dissolution des associations, sa rédaction très large pourrait permettre de dissoudre le Rassemblement national, parce que nous prônons la préférence nationale !

Vous débattez jeudi prochain sur France 2 avec Gérald Darmanin. Qu’en attendez-vous ?

Cela permettra de démontrer nos divergences fondamentales. Il est ministre de l’Intérieur, il doit répondre des résultats de son ministère : l’immigration, l’insécurité, l’islamisme. Il faudrait qu’il aborde ce débat avec un peu plus de calme car, depuis quelques jours, je le trouve très excessif et agacé. Le mieux, c’est que le débat se déroule dans des conditions républicaines. Qu’il combatte le RN est son droit, mais il peut le faire avec des arguments qui ne soient ni outranciers ni injurieux.

Le ministre souhaite parler à vos électeurs. Peut-il le faire avec ce texte ?

Je crains qu’il ne soit déçu. Et j’aurais préféré qu’il fasse une loi pour lutter contre les islamismes, pas pour tenter d’obtenir des voix. Il devrait davantage penser à protéger les Français qu’à sa communication politique ou ses intérêts politiciens.

Marine Le Pen.
Marine Le Pen. - Alain Robert / Sipa pour 20 Minutes

Les vacances de février commencent samedi. Fallait-il durcir les restrictions pour lutter contre le Covid-19 ?

Je n’ai pas toutes les informations sur le virus, car le Premier ministre m’a exclue du comité de suivi parlementaire. Ce que j’observe, c’est que le gouvernement tâtonne, sans stratégie, depuis maintenant un an. Sa gestion de crise est un fiasco total. On ferme tout, dans toute la France : cette forme d’égalitarisme est folle.

Je crois à la stratégie « zéro Covid » mise en œuvre en Australie et dans certains pays asiatiques : une généralisation de l’analyse des eaux usées afin d’identifier les clusters pour mettre en place des restrictions territorialisées et limitées dans le temps. En cas de cluster, on confinerait un Ehpad, une école, voire un quartier ou une ville, pendant sept à dix jours. Profitons aussi des vacances, en les rallongeant un peu, pour créer une sorte de vide sanitaire. Et il faut soigner les gens car, pour l’instant, on ne traite que ceux qui entrent à l’hôpital avec une forme grave.

N’est-ce pas parce qu’il n’y a pas aujourd’hui de consensus sur une étude validant un médicament ?

Cela fait un an, qu’attend-on pour faire des études sur l’efficacité de certains traitements, comme l’ivermectine, éventuellement la chloroquine, la colchicine ?

Emmanuel Macron a annoncé mardi soir que tous les Français qui le souhaitent pourront être vaccinés avant la fin de l’été. Y croyez-vous ?

Pas du tout. Au rythme actuel, on y sera encore en 2023. Nous sommes en rupture d’approvisionnement des vaccins et subissons une pénurie, avec le risque qu’un certain nombre de personnes n’aient pas leur deuxième dose. Or un délai trop long entre deux doses peut fragiliser la personne, en cas de contact avec la Covid, et accélérer les mutations du virus.

II y a, là encore, un défaut total d’anticipation. La France n’a pas sécurisé ses commandes, faisant une totale confiance à l’UE. Pourquoi l’Allemagne a-t-elle directement commandé ses doses, et pas nous ? Il a fallu attendre mardi pour que le président annonce la mise en production de vaccin en France, dès mars ou avril. Cet échec est humiliant pour les Français.

De nouvelles restrictions aux frontières ont été annoncées vendredi. Sont-elles suffisantes ?

Non. C’est extrêmement tardif, on a déjà tous les variants de la planète chez nous. Et ces contrôles ne s’effectuent que sur les arrivées en avion, mais pas en train ni en voiture.

Le gouvernement effectue pourtant des contrôles routiers « aléatoires »…

C’est nouveau. Sur les frontières, le gouvernement est dans l’idéologie. ll n’y a pas d’immunité à l’intérieur de Schengen. Il fallait donc protéger nos frontières nationales dès le début de l’épidémie, comme l’ont fait beaucoup de pays membres, sans demander l’autorisation de l’UE. La seule chose qui marche, c’est ce qu’on a fait dans nos outremers : demander un test négatif de moins de 72 heures [c'est le cas depuis ce week-end] et imposer un isolement de sept jours minimum, car les fausses attestations pullulent.

La crise du coronavirus a-t-elle permis de faire avancer certaines de vos thèses ?

Tout ce que nous défendions depuis des années a été validé. Cette crise, c’est la grande victoire des frontières, des États-nations, car l’UE a été totalement défaillante. L’idéologie d’Emmanuel Macron a été totalement invalidée. Cette crise, c’est la fin de l’ultra-libéralisme et de la théorie des flux tendus, qui nous ont conduits à cesser certaines productions, en misant sur les importations. Elle invalide aussi le gouvernement d’experts, et plaide pour le retour du politique. On peut consulter les scientifiques, mais on ne les laisse pas décider à la place du président.

Le Conseil scientifique est-il allé trop loin dans ses prises de parole ?

C’est le président qui l’a laissé aller trop loin. Ce Conseil ne devrait même pas apparaître publiquement. Or il a quasiment pris la place du gouvernement. Le président aurait dû décider en fonction de deux impératifs, la sécurité sanitaire et l’économie. Or on a eu le sentiment que le président était dans l’attente des décisions du Conseil, donc sa politique a été déséquilibrée.

Pensez-vous que le pays pourrait accepter un nouveau confinement ?

Je n’en sais rien. Mais le gouvernement continue de culpabiliser les Français, avec une forme de paternalisme insupportable, alors que, depuis le début, ils respectent très bien les mesures.

Emmanuel Macron prône désormais la souveraineté industrielle et sanitaire, avec 15 milliards d’euros prévus dans le plan de relance, dont un milliard pour les relocalisations. Le Macron de 2022 est-il toujours aussi « mondialiste » que vous le jugiez en 2017 ?

Un milliard pour les relocalisations, c’est dérisoire par rapport à la manne financière mise à disposition par l’UE. Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron puisse devenir un promoteur sincère de la relocalisation, de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Quand on est un souverainiste, et même un convaincu de la dernière heure, on ne se soumet pas intégralement à l’UE pour l’approvisionnement en vaccins.

Les sondages récents vous font dire que l’hypothèse de votre victoire est « plausible ». Plus qu’en 2017 ?

Oui, beaucoup plus. Il y a une prise de conscience que la politique d’Emmanuel Macron entraîne le chaos et la division de la société. Elle laisse la porte ouverte à tous les maux qui touchent la France, comme l’immigration massive et l’islamisation conquérante. En 2017, beaucoup de Français n’avaient peut-être pas perçu que le grand enjeu était de trancher entre mondialistes et souverainistes. Ils le percevront en 2022.