Coronavirus : Vacciner tous les Français d’ici la fin de l’été, est-ce vraiment possible ?

EPIDEMIE Mardi, Emmanuel Macron a assuré que « d’ici à la fin de l’été, nous aurons proposé à tous les Français adultes qui le souhaitent un vaccin »

Manon Aublanc

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Emmanuel Macron a dévoilé ses pistes pour accélérer la stratégie de vaccination.
Emmanuel Macron a dévoilé ses pistes pour accélérer la stratégie de vaccination. — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • Face aux critiques sur le rythme de vaccination en France, Emmanuel Macron a rencontré les patrons de laboratoire, leur demandant d’accélérer la cadence.
  • Le chef de l’Etat a promis que tous les Français volontaires pourront se faire vacciner « d’ici la fin de l’été ».
  • Il a ainsi assuré que la production de vaccins anti-Covid commencerait fin février ou début mars sur le sol français, dans quatre sites, pour augmenter les stocks.

Alors que la campagne de vaccination française, qui a débuté le 27 décembre, est régulièrement critiquée pour sa lenteur, l’annonce a de quoi surprendre. « Tous les Français qui le souhaitent » pourront se faire vacciner « d’ici la fin de l’été », a assuré Emmanuel Macron, mardi soir sur TF1, à l’issue d’une réunion avec les patrons des grands laboratoires français et européens.

Selon le chef de l’Etat, « début mars », le vaccin contre le coronavirus aura été administré à 80 % des pensionnaires des Ehpad qui l’ont souhaité, soit 500.000 personnes, et plus « largement » aux plus de 75 ans, les deux catégories actuellement concernées par la vaccination. Difficile alors d’imaginer que tous les Français désireux de se faire vacciner le seront dans un peu plus de six mois.

Quatre sites français mis à contribution

S’il a reconnu que le rythme « peut paraître trop lent » par rapport à d’autres pays, comme la Grande-Bretagne, la campagne de vaccination « se déroule au rythme qui était prévu », a estimé le président français. Face aux retards de livraison, l’exécutif mise désormais sur l’augmentation des stocks. Ainsi, à partir de la fin du mois de février, quatre sites français vont produire des vaccins anti-Covid, a annoncé Emmanuel Macron. « Il faut bien comprendre que ce ne sont pas les fabricants de vaccin, comme Pfizer ou Moderna, qui disposent de sites en France. Ce sont des laboratoires qui mettent leurs sites de production à disposition », détaille Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique.

Les vaccins Pfizer et Moderna seront produits par le sous-traitant français Delpharm, à Saint-Rémy-sur-Avre en Normandie à partir de mars, par le Suédois Recipharm à Monts en Indre-Et-Loire à partir d’avril, et par le groupe Fareva à Pau dans les Pyrénées et à Val-de-Reuil (Normandie) à partir de mai. Il s’agit d’opérations de remplissage des flacons, d’emballage ou d’aseptisation. Les « principes actifs » de ces vaccins, la substance chimique, seront en revanche fabriqués ailleurs. « Il va falloir que les industriels soient suffisamment réactifs, car certains sites vont devoir être modifiés ou adaptés », explique, son côté, Didier Guillemot, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et professeur à l’université de Versailles.

Un troisième vaccin pour étendre la couverture vaccinale

Ces sites de production pourraient également être mis à contribution pour produire le vaccin du laboratoire anglo-suédois AstraZeneca, auquel la Haute Autorité de santé (HAS) a donné son feu vert mardi, recommandant de ne pas l’utiliser après 65 ans. L’arrivée d’un troisième produit, en plus de Pfizer et Moderna, devrait automatiquement augmenter le nombre de doses disponibles. « Comme le vaccin est déconseillé chez les personnes âgées, on va pouvoir vacciner les plus jeunes et accélérer la campagne », se réjouit Didier Guillemot. Pour Martin Blachier, l’autorisation du vaccin AstraZeneca va surtout avantager les personnes vulnérables. « En vaccinant les 45-65 ans ou les soignants avec ce vaccin, on pourra réserver les doses Pfizer et Moderna uniquement aux personnes à risques. »

Une bonne nouvelle en entraîne une autre. En plus de l’autorisation du vaccin d’AstraZeneca, la Haute Autorité de santé a également indiqué que ce dernier pourra être administré par les pharmaciens. Des bras en plus qui pourraient accélérer considérablement la vaccination, selon Didier Guillemot : « Avec le nombre de pharmacies, ça va permettre de couvrir tout le territoire, et notamment les déserts médicaux où on manque de médecins. » Jusqu’à présent, les pharmaciens ne pouvaient pas injecter les vaccins Pfizer et Moderna, dont les conditions de conservation et de préparation sont compliquées. « Ils se conservent à -80°C, il faut les préparer, les diluer en six doses, c’est un geste médical », décrypte Martin Blachier, le vaccin AstraZeneca étant beaucoup plus simple d’utilisation.

Le vaccin russe bientôt sur le marché européen ?

Les pharmaciens pourraient même être amenés, dans quelques mois, à administrer d’autres vaccins, comme celui de la Russie, Spoutnik V. Selon une étude publiée mardi dans la revue médicale The Lancet, ce vaccin est efficace à 91,6 %. Mardi, c’est la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui s’est montrée ouverte à un accès des vaccins chinois et russe au marché européen. « A la minute où il la déposera, dans les meilleurs délais, les autorités européennes et nos autorités nationales regarderont scientifiquement ce vaccin, de manière indépendante, et, en fonction de ces résultats et des preuves, l’homologueront ou pas », a assuré Emmanuel Macron, mardi soir. Il faudra attendre fin février pour que l’Agence européenne des médicaments (EMA) se penche sur la question.

Le chef de l’Etat a également indiqué que l’Union européenne avait déjà sécurisé 2,3 milliards de doses de vaccin, ce qui permettrait à tous les Français adultes qui le souhaitent d’en bénéficier d’ici la fin de l’été. Lundi soir, on comptait plus de 1,54 million de premières injections en France, alors que 2,6 millions de doses ont déjà été reçues et 1,1 million sont attendues d’ici la fin de la semaine.