Coronavirus à Marseille : « Une nouvelle ligne de métro, ce n'est pas la priorité », affirme Martine Vassal

INTERVIEW Les modes de transport ont été transformés par le Covid-19, et les réseaux urbains doivent s’adapter. La présidente LR de la métropole d’Aix-Marseille revient sur cette année exceptionnelle et les projets à venir

Propos recueillis par Mathilde Ceilles
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Martine Vassal, présidente de la métropole d'Aix-Marseille
Martine Vassal, présidente de la métropole d'Aix-Marseille — Philippe Magoni/ Sipa
  • Le Covid-19 a bouleversé nos vies, et nos modes de transports. Les nouvelles municipalités élues en juin souhaitent aussi repenser la circulation dans les centres-villes, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les projets futurs des réseaux urbains.
  • A Marseille, la métropole reste dirigée depuis 2018 par Martine Vassal (LR), en charge notamment des transports sur tout le territoire. 
  • Martine Vassal compte sur l'Etat pour rattraper le retard en la matière, et assure,malgré les polémiques, que la sécurité sanitaire dans les transports est assurée. 

Comment assurer la sécurité des utilisateurs du réseau de la RTM ? Marseille peut-elle rattraper son retard ​colossal en matière de transports en commun malgré la conjoncture ? La présidente LR de la métropole d’Aix- Marseille Provence Martine Vassal​ fait le point pour 20 Minutes sur ses priorités et les chantiers à venir.

Quelle incidence l’épidémie de coronavirus a-t-elle eue sur la fréquentation des transports de la RTM à Marseille ?

Pendant le premier confinement, nous avons connu une baisse très forte avec 15 à 20 % de fréquentation. C’est ensuite remonté cet été pour rediminuer. Nous sommes aujourd’hui à 70 à 75 % de taux de fréquentation, en raison du télétravail.

Comment assurer la sécurité sanitaire des voyageurs ? L’année 2020 a été entachée de colère des usagers empruntant des bus surchargés, parce qu’en nombre insuffisant…

Il faut arrêter. Il n’y a pas de problème avec les bus. Cet été, on n’était pas en confinement et il y a eu à Marseille une surfréquentation. Mais il est vrai qu’il faut que les gens respectent la distanciation sociale. Les gestes barrière sont aujourd’hui respectés. Les agents font un gros travail auprès des usagers. Encore le week-end dernier, deux agents ont été agressés car ils demandaient à une personne de mettre le masque. Il faut que chacun fasse preuve d’un minimum de civisme.

Ensuite, on a rajouté des bus. Mais sur la ligne 19 par exemple [qui dessert les plages au sud de la ville], les bus étaient presque à la queue leu leu ! On ne peut pas rajouter davantage. Il n’est pas possible de faire plus. Comme je le suggérais pendant les municipales, il faut plutôt travailler sur une extension de la plage de Corbières [dans les quartiers Nord], pour que certains puissent avoir accès à la mer plus facilement.

Mais il n’y a toujours pas de gel hydroalcoolique dans les bus et les tramways, contrairement à ce qu’avait promis la présidente de la RTM Catherine Pila en novembre…

Le problème pour le tramway et les bus, c’est qu’il y a une dangerosité du gel hydroalcoolique. Si le gel hydroalcoolique tombe par terre, vous pouvez glisser. Mais dans le métro, j’ai demandé qu’il y en ait, et ça y est, il y a des mesures et des distributeurs à l’entrée.

La crise sanitaire va-t-elle vous pousser à revoir les investissements votés juste avant l’épidémie dans le plan mobilité ?

Nous n’avons pas de problématique de financement. Notre plan a été financé jusqu’en 2030. Quand je suis arrivée en 2015 à la tête du département, il manquait 10 milliards d’euros pour avoir des transports dignes du XXIe siècle sur le territoire. Alors nous, on est en train de dérouler le plan mobilité et on réalise les investissements prévus, notamment sur l’extension du tramway Nord/Sud, qui prévoit un tronçon d’Arenc à la Castellane et un autre de la place Castellane jusqu’à La Gaye. En ce moment, sur ce projet, on en est à l’enquête publique. Il y a notamment des concertations sur la partie Castellane/Prado, avec des questions autour de l’emplacement des taxis par exemple. Après, moi, j’aimerais dérouler plus vite. C’est pour ça que je suis montée ce mercredi à Paris pour rencontrer le gouvernement.

Qu’attendez-vous de l’Etat très concrètement ?

Je veux soumettre un certain nombre de projets à financer entre 2021 et 2023 pour rattraper le retard, dans le cadre du plan de relance, qui seront ensuite détaillés lors de la prochaine séance du conseil métropolitain au début du mois de février.

Si on a des financements plus rapides, on fera des transports beaucoup plus rapidement. On continuera à avancer sur les études d’impact. Le prolongement du métro verra le jour en 2030. Ça fait loin ! Dix, quinze ans, ça fait trop loin. On a besoin d’être efficace aujourd’hui. Il faut impérativement que l’Etat considère la métropole d’Aix-Marseille comme il considère le Grand Lyon ou le Grand Paris. Il n’y a pas de raison d’avoir ici une participation inférieure de l’Etat.

Vous comprenez donc les critiques de lenteur ? Audrey Gatian, adjointe à la mairie de Marseille en charge des transports, réclame le doublement de l’offre de transports en commun à Marseille…

Ah, si Audrey Gatian le dit… C’est son avis. Regardez le plan mobilité. Regardez l’offre. Elle va être doublée ! On prévoit l’extension du tramway Nord/Sud, une extension du métro jusqu’à Saint-Loup, des navettes maritimes… Il faut avoir une vision globale, et ne pas regarder par le petit bout de la lorgnette ! On travaille aussi sur l’aménagement de la gare de Vitrolles, pour aller à l’aéroport en vingt minutes… On ne peut pas considérer que [la ville de] Marseille.

Parmi les projets soumis à l’Etat, y a-t-il une troisième ligne de métro ?

Pour l’instant, ce n’est pas la priorité. Tant que ça ne s’éclaircit pas au niveau financier, on ne peut pas aller plus loin. Faisons déjà ce que nous avons à faire, et après on verra. Evidemment, si les financements pleuvent, on peut toujours rajouter. Mais la structuration d’un réseau de transport se fait dans le cadre d’un plan mobilité qui, je le rappelle, a été validé à l’unanimité. Et on déroule ce plan. On ne peut pas dire du jour au lendemain qu’on va faire passer un métro par là. Il faut faire des études d’impact. On ne peut pas changer de braquet comme ça, à volonté, en disant :" J’ai envie qu’un métro passe devant chez moi ! " L’argent nous manque !