Coronavirus : Les Français sont-ils prêts à accepter un troisième confinement ?

EPIDEMIE L’efficacité d’un nouveau confinement reposera sur l’adhésion des Français, de plus en plus réticents après près d’un an de restrictions

Manon Aublanc

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60% des Français avouent avoir transgressé les règles de ce deuxième confinement, depuis son annonce il y a deux semaines.
60% des Français avouent avoir transgressé les règles de ce deuxième confinement, depuis son annonce il y a deux semaines. — HOUPLINE-RENARD/SIPA
  • Face aux variants et à la progression de l’épidémie, un « confinement très serré » fait partie des scénarios envisagés par l’exécutif, a indiqué le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, ce mercredi.
  • Selon un sondage, plus de la moitié des Français sont défavorables à un nouveau confinement national strict sur le modèle de celui de mars dernier.
  • Sur les réseaux sociaux, certains Français, opposés aux restrictions et à un troisième confinement, appellent même à une journée de désobéissance civile, le 1er février.

Le confinement, épisode 3 ? Face à l’augmentation des cas de contaminations de coronavirus, l’apparition de nouveaux variants, plus mortels, et aux appels répétés du corps médical, la perspective d’un reconfinement est de plus en plus plausible. Un « confinement très serré » fait partie des scénarios envisagés par le gouvernement, a d’ailleurs reconnu le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, ce mercredi.

L’exécutif doit toutefois composer avec une nouvelle donnée : plus de la moitié des Français (52 %) sont défavorables à un nouveau confinement strict, sur le modèle de celui de mars dernier, selon un sondage Elabe pour BFMTV, publié ce mercredi. Un chiffre en hausse par rapport aux deux premiers confinements.

Les Français de plus en plus réticents

Les Français étaient 93 % à se déclarer favorables à l’instauration du premier confinement, le 18 mars, 67 % à l’application du deuxième, le 29 octobre, seulement 48 % pour le troisième. « Le premier confinement a été mieux vécu, les gens découvraient le danger du virus. Le deuxième, un peu moins, mais les gens avaient en tête la gravité de la situation et l’ont accepté quand même », explique Gérard Schmit, psychiatre à Reims, ancien président de la Fédération Française de Psychiatrie.

Alors que le deuxième confinement d’octobre avait été annoncé après une flambée des cas en quelques jours, la situation n’est pas la même pour ce (futur) troisième confinement. « On n’est pas encore dans une situation d’urgence, c’est presque un confinement préventif. Quand il y a un danger imminent, la nature humaine accepte beaucoup mieux les restrictions », justifie Catherine Belzung, neurobiologiste à Tours et directrice de l’Unité Inserm 1253 Imagerie et Cerveau (Imaging and Brain, iBrain).

L’un des grands dangers d’un nouveau confinement redouté par les spécialistes, c’est la dégradation de la santé mentale de la population. Selon un sondage réalisé par Odoxa-CGI pour France Bleu et franceinfo, fin novembre, 32 % des Français se sentaient déprimés, avec des niveaux particulièrement inquiétants chez les jeunes de moins de 25 ans et les étudiants (53 %). « Les données montrent que lors du deuxième confinement, il y a une augmentation du stress, de l’anxiété, des états dépressifs et des addictions. Ce nouveau confinement interviendrait sur une population déjà fragilisée. Autrement dit, si on part de plus bas, on risque d’arriver encore plus bas », redoute Catherine Belzung, selon qui ce troisième confinement en plein hiver, avec « une faible luminosité », sera encore plus difficile.

L’absence de visibilité

Si les Français avaient bien accepté les restrictions des deux premiers confinements, c’est aussi parce qu’ils pensaient « voir la lumière au bout du tunnel » en 2021. C’était sans compter l’augmentation des cas et l’arrivée de nombreux variants, plus contagieux et plus mortels. « Les Français pensaient que la situation s’améliorerait après Noël, avec l’arrivée du vaccin. Mais les retards dans la campagne de vaccination et l’arrivée des variants sont venus tout perturber. C’est presque encore plus impactant que le confinement en lui-même », estime la neurobiologiste.

Et s’il y a bien une chose qui est difficile à vivre, c’est l’absence de visibilité. Impossible de savoir quand les bars et les restaurants rouvriront, d’organiser un week-end ou de donner une date de retour à une vie sans masque. « A long terme, on sait bien que d’ici deux ans, ça devrait être terminé, mais à moyen terme, c’est difficile. La nature humaine a besoin d’avoir un horizon », ajoute-t-elle. Une idée que partage Gérard Schmit : « L’impossibilité de se projeter a créé de l’anxiété et un troisième confinement pourrait en générer encore plus, avec l’idée qu’on ne retrouvera jamais un monde normal ».

Vers des actes de désobéissance civile ?

Alors que certains Français ont vu leur santé mentale se dégrader, d’autres sont entrés dans une phase de colère. Face aux interdits mis en place par le gouvernement, certains s’estiment infantilisés : « Quand les politiciens s’expriment, ils ont des allures de maîtres d’école, la population se sent infantilisée. Certains ont l’impression qu’on leur demande de rester chez eux et d’être bien sage », avance Gérard Schmit.

Pour Catherine Belzung, « les appels à la responsabilisation lancés par l’exécutif amènent les Français à penser que le gouvernement estime qu’ils ne sont pas des citoyens responsables ». En Europe, plusieurs pays font face à des mouvements de contestation face aux restrictions, comme aux Pays-Bas, au Danemark, en Espagne ou encore en Allemagne. Et si cette colère se transformait en désobéissance civile ?

En France, pour le moment, pas de manifestations, mais des hashtags. Sur Twitter, des milliers de posts, accompagnés du message #JeNeMeConfineraiPas ou #Désobéissancecivile ont fait leur apparition. Des internautes ont même appelé à une « Journée de la désobéissance citoyenne », le 1er février, en invitant les restaurants, les salles de spectacle, les clubs de sports, les bars et les cinémas à rouvrir.

L’exécutif attend de connaître les résultats de deux études d’impact, l’une sur le couvre-feu à 18 heures, l’autre sur la progression des variants du virus, dont les données complètes seront disponibles vendredi, pour décider de nouvelles mesures sanitaires. Les Français devront donc patienter quelques jours pour connaître le sort qui leur sera réservé.