Présidentielle 2022 : Appli, réseau social, site participatif… Les candidats se lancent dans le champ numérique

CAMPAGNE 2.0 Après Jean-Luc Mélenchon en décembre et Marine Le Pen lundi, c’est autour de Bruno Retailleau de lancer ce jeudi son outil numérique pour la présidentielle

Laure Cometti

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Bruno Retailleau, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Bruno Retailleau, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. — SIPA
  • Le sénateur LR de Vendée Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle, lance ce jeudi une appli pour doper sa campagne grâce au numérique.
  • Lundi, Marine Le Pen a lancé un site participatif pour alimenter son projet présidentiel. En décembre, les Insoumis ont mis en ligne une plateforme d’action militante.
  • 20 Minutes a passé en revue ces outils numériques de campagne devenus incontournables, avec l’aide d’une spécialiste de l’usage du Web par les politiques.

« 2022 », tout simplement. C’est le nom de l’application lancée ce jeudi par Bruno Retailleau pour sa campagne présidentielle. A quinze mois du scrutin, le sénateur Les Républicains de Vendée, qui plaide pour une primaire de la droite, se dote d’un outil numérique dédié à ses militants. Quelques jours plus tôt, Marine Le Pen a lancé un site participatif afin de récolter les propositions de citoyens pour son programme présidentiel. Fin décembre, les Insoumis ont mis en ligne une plateforme de coordination pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. 20 Minutes a passé en revue cette palette d’outils numériques désormais incontournable en politique, alors que 77% des Français possèdent un smartphone, et 76 % un ordinateur.

Une appli ludique pour Retailleau

Après six mois de développement externalisé, l’appli « 2022 » est disponible sur Android et iOS. Elle permet déjà de lire des articles sur l’actualité du président de Force républicaine (FR), de répondre à des sondages sur des propositions («pour ou contre l’interdiction du port du voile pour les fillettes ? ») ou de faire un don pour la campagne. L’équipe du sénateur prévoit de nouvelles fonctionnalités, à partir de juin, pour en faire une sorte d’appli couteau suisse du militant. Les utilisateurs pourront créer et rejoindre des comités de soutien, participer à des réunions, s’inscrire pour des missions (tractage, phoning…), partager des contenus sur les réseaux sociaux, s’enregistrer pour un meeting…

Pour que l’appli plaise, Force républicaine mise sur la « gamification », rendre ludique l’activité militante. « On fera en sorte que chaque action donne lieu à des points », explique Jean-Baptiste Doat, délégué général du mouvement. « Les gens adorent ça, et c’est gratifiant car quand vous vous levez à 6h du mat' pour tracter, vous avez parfois le sentiment que personne ne le sait au siège à Paris ».

Le parti espère « créer autour de Bruno Retailleau une communauté numérique militante ». Fort de 20.000 adhérents, il vise 5 à 10.000 téléchargements d’ici juin, et – pourquoi pas – un recrutement de militants plus jeunes. La spécialiste des campagnes numériques Fabienne Greffet est un peu sceptique, même si une appli permet de « proposer des usages plus adaptés au quotidien de publics plus jeunes ». L’appli est aussi « un élément de différenciation pour Bruno Retailleau », estime l’enseignante-chercheuse à l’université de Lorraine, et un levier pour mobiliser des militants, « à une époque où les partis peinent à recruter des forces vives ».

« Une agora positive » pour Marine Le Pen

Du côté du Rassemblement national (RN), un site participatif a été lancé le 25 janvier par la présidente. Via un formulaire, on peut partager, anonymement ou non, une idée ou un article. La démarche, qui rappelle la plateforme « Désirs d’avenir » lancée en 2007 par la socialiste Ségolène Royal, ne fait pourtant pas vraiment partie de l’ADN du mouvement, reconnaît Franck Allisio, conseiller de Marine Le Pen.

« Ça répond à une demande des gens, qui veulent contribuer, et Marine souhaite ouvrir au maximum sa campagne », explique le conseiller régional de Paca. Avec ce site, la patronne du RN espère « sortir de la logique partisane » et « prendre la température, voir quels sujets intéressent nos sympathisants », poursuit Franck Allisio. Elle envisage d’inclure certaines de ces contributions dans son programme. « L’expérience a montré que les contributions des citoyens sont utilisées pour légitimer le programme du candidat, plutôt que pour le renouveler. Ce ne sont pas vraiment des boîtes à idées », nuance Fabienne Greffet.

Mais le but est aussi d’engranger des ralliements, à l’image du tandem qui gère le projet : Franck Allisio a quitté l’UMP en 2015 et Jean-Philippe Tanguy est l’ancien bras droit de Nicolas Dupont-Aignan. Sur Mlavenir.fr («un nom positif pour une agora positive »), on trouve pour le moment une petite quinzaine de textes, dont une tribune pour le « port d’une tenue uniforme à l’école » écrite par un conseiller municipal RN, ou un plaidoyer contre la réforme des retraites du gouvernement. « Ce site s’inscrit aussi dans la dynamique de la réinformation en proposant des points de vue non portés dans les médias », observe Fabienne Greffet.

Un « réseau social d’action » pour Mélenchon

En décembre dernier, les Insoumis ont pour leur part lancé Actionpopulaire.fr, une plateforme d’action pour la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Particularité insoumise, elle a été développée en interne par des militants salariés du mouvement, et elle est « 100 % en logiciels libres ». Pour s’inscrire, il faut au choix parrainer la candidature de Jean-Luc Mélenchon ou adhérer à la France insoumise. On peut ensuite accéder à un fil d’actualités, une carte des groupes d’actions près de chez soi, l’agenda des événements…

Une messagerie interne sera bientôt développée pour permettre aux militants d’échanger sur la plateforme, plutôt que de passer par d’autres canaux. « On essaie de développer cet aspect réseau social d’action », explique Jill Maud Royer, responsable des outils numériques du mouvement. « C’est un lieu dédié à l’implication militante, et ce site participe aussi à susciter une entrée progressive dans le militantisme, grâce au numérique », théorise la développeuse et militante, rappelant le concept de « mouvement sans bords » formulé par Jean-Luc Mélenchon.

Autre atout pour le mouvement, le site permet de connaître en temps réel « le niveau d’activité militante en ligne ». LFI revendique « plusieurs dizaines de milliers d’inscrits » sur Actionpopulaire.fr. « Jean-Luc Mélenchon a construit depuis plusieurs années une importante communauté en ligne, cette plateforme est donc un complément », analyse Fabienne Greffet. « Aucun candidat ne peut faire l’économie d’une présence en ligne, et cette contrainte a été renforcée par la crise sanitaire ».