Alsace : Le « démembrement de la région Grand-Est » ? Le gouvernement renvoie l'Alsace dans les cordes

COLLECTIVITES La ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault a affirmé qu’il n’y aurait « pas de remise en cause des périmètres actuels des régions »

T.G. avec AFP

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Frédéric Bierry, Jean Rottner et Eric Straumann (de gauche à droite).
Frédéric Bierry, Jean Rottner et Eric Straumann (de gauche à droite). — CATHERINE KOHLER/SIPA
  • L’Alsace bientôt plus dans le Grand-Est ? La réponse est non pour le gouvernement.
  • Lors d'une visite samedi à Colmar Jean Castex avait donné du grain à moudre à ceux qui souhaitent une Alsace hors de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne.
  • Côté lorrain et champenois, le retour des velléités alsaciennes a aussi fait grincer des dents.

Alerte, nouveaux épisodes dans l’histoire tumultueuse entre l’Alsace et la région Grand-Est ! Revigorée par la création de sa nouvelle collectivité, l’Alsace, essentiellement par la voix de ses élus de droite, réaffirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de la grande région.

Pourquoi maintenant ? C’est une petite phrase du Premier ministre Jean Castex qui en est à l’origine. De passage samedi à Colmar, au siège de la toute récente Collectivité européenne d’Alsace (CEA), le chef du gouvernement a fait des heureux en déclarant n'avoir « jamais été convaincu » par la création « d'immenses régions ».

La suite ? Dès lundi, le nouveau président LR de la CEA, Frédéric Bierry souhaitait, lors d'une interview sur Public Sénat, « le démembrement de la région Grand-Est », évoquant « une demande récurrente » en Alsace de quitter la grande région créée en 2015 lui associant les ex-régions Lorraine et Champagne-Ardenne.

Soutenu par sept élus régionaux, M. Bierry a également rapidement été rejoint par le maire LR de Colmar Eric Straumann, qui, dans un courrier à Jean Castex, a souligné que la création de la CEA ne constituait « qu’une première étape vers la transformation du territoire alsacien en collectivité régionale ».

« Chacun marque son territoire en vue des prochaines élections »

Le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson (non-inscrit) a applaudi ces déclarations, proposant que les trois anciennes régions élisent séparément leurs élus régionaux. Et, sans surprise, le parti autonomiste alsacien Unser Land a demandé « des actes » et « l’établissement d’une feuille de route précise pour la sortie du Grand-Est ».

« Chacun marque son territoire en vue des prochaines élections » régionales et départementales, prévues pour être reportées en juin, résume le politologue strasbourgeois Richard Kleinschmager. Selon lui, il ne fait aucun doute que la revendication de Frédéric Bierry est « un acte profondément politique pour s’ancrer de manière forte dans le paysage et se positionner comme celui qui défend le plus les intérêts des Alsaciens ».

La réponse du gouvernement ne s’est pas faite attendre puisque mardi la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, a affirmé à l’Assemblée nationale qu’il n’y aurait « pas de remise en cause des périmètres actuels des régions ».

François Hollande s’en mêle

Président de la région Grand-Est et néanmoins Alsacien, Jean Rottner avait taclé dès dimanche les propos de Jean Castex, estimant dans le Grand Jury sur RTL-Le Figaro-LCI que le Premier ministre était « venu rallumer les feux ». « Et je trouve ça dommage », a ajouté celui qui a récemment agacé dans les rangs du gouvernement en criant au « scandale d’Etat » concernant la stratégie vaccinale contre le Covid-19.

Ses confrères alsaciens ne se gênent néanmoins jamais pour rappeler à cette forte voix du Grand-Est sa propre opposition aux grandes régions il y a quelques années, quand la droite était vent debout contre la réforme régionale de François Hollande.

Hasard du calendrier, l’ancien chef de l’Etat était mardi à Strasbourg, dans son rôle de président de la Fondation La France s’engage. Il a critiqué « une déclaration à l’emporte-pièce (du Premier ministre) pour satisfaire une partie du public ». « On aurait tous intérêt à ce que le débat ne soit pas prolongé », a-t-il ajouté selon une vidéo des Dernières Nouvelles d’Alsace.

Côté lorrain et champenois, le retour des velléités alsaciennes a aussi fait grincer des dents. Le député LREM de Moselle, Christophe Arend, a estimé qu’un éventuel élargissement de la CEA devait répondre à deux conditions : « permettre aux autres collectivités de la région Grand-Est de bénéficier des mêmes prérogatives », et que cela ne se fasse « pas au détriment des prérogatives régionales ». Le maire LR de Reims, Arnaud Robinet, avait lui jugé « tout simplement incompréhensible » qu’un « tel débat » soit rouvert maintenant.

La résurgence de ce débat sur l’Alsace et le Grand-Est met en lumière la « situation un peu hybride » de la CEA, qui a récupéré le 1er janvier les compétences des deux anciens départements alsaciens du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, mais également de nouvelles compétences comme la coopération transfrontalière, synthétise Richard Kleinschmager. « Deux départements se sont associés et se positionnent comme concurrents de la région dont ils font partie ».