Présidentielle 2022 : Pourquoi le retour de Montebourg peut compliquer la tâche de Mélenchon

INSOUMIS Jean-Luc Mélenchon dit voir d’un bon œil l’émergence médiatique d’Arnaud Montebourg mais une candidature de l’ancien ministre du Redressement productif pourrait tendre les relations

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon assure que le retour médiatique d’Arnaud Montebourg est « utile » à sa campagne.
  • L’ancien ministre a des points de convergence avec le candidat insoumis sur l’Europe, la dette Covid ou la souveraineté économique.
  • Mais si Arnaud Montebourg est également candidat à la présidentielle, il pourrait faire de la concurrence sur ces thématiques aux insoumis.

« Montebourg, c’est utile. » Le titre de la note de Jean-Luc Mélenchon postée lundi soir sur son blog ne pourrait guère être plus clair. Le patron de la France insoumise, déjà lancé dans la présidentielle 2022, dit voir d’un bon œil le retour médiatique de l’ancien ministre de l’Economie. « J’estime, à seize mois du vote, que sa présence dans le débat peut être très utile et même profitable pour nous », indique le candidat insoumis. « Dans la bataille des idées, certaines des prises de position d’Arnaud Montebourg sont un renfort bienvenu », ajoute-t-il.

Reste que l’intéressé pense également à la présidentielle. Ses proches ont même lancé, il y a quelques jours, un nouveau parti politique – L’engagement – destiné à soutenir une éventuelle candidature de l’ex-élu de Saône-et-Loire. De quoi faire concurrence à Jean-Luc Mélenchon ?

Des points de convergence

Jean-Luc Mélenchon évoque sur son blog plusieurs points de convergence avec l’ancien socialiste : l’annulation de la dette liée au Covid, la confrontation avec l’Union européenne, le principe général d’une VIe République… « C’est une voix supplémentaire pour porter des thématiques qui nous sont chères : sur la souveraineté, le changement d’institutions, la dette, qui est une question déterminante et conditionnera l’avenir des politiques en France », confie l’eurodéputé LFI Manuel Bompard.

Si les insoumis notent également des points de divergence (sur le nucléaire, l’OTAN), ils estiment que le chantre de la démondialisation apporte de l’eau à leur moulin. « Les batailles politiques passent toujours par des victoires culturelles. On avait parfois l’impression de crier seul dans la nature sur ces sujets, et que nos propositions sont un peu méprisées. Le fait que Montebourg laboure notre jardin est donc positif », ajoute Bompard.

« Pas de place pour les deux »

L’argument peut s’entendre hors-campagne. Mais si Arnaud Montebourg devient officiellement candidat à la présidentielle, ne prendrait-il pas, pour ces mêmes raisons, des voix à Jean-Luc Mélenchon ? « La stratégie souverainiste de Montebourg peut séduire une partie de l’électorat communiste et insoumis, car il y a des zones de convergences et aussi parce qu’il s’inscrit en rupture du Parti socialiste depuis plusieurs années », rappelle le socialiste François Kalfon, son ex-directeur de campagne à la primaire de 2017.

Les deux hommes disent aussi vouloir s’adresser à tous les Français, au-delà du traditionnel clivage droite/gauche. « Il n’y aura pas de place pour les deux », résume le député européen écologiste David Cormand. « C’est un peu Dupond et Dupont. Ils sont sur le même créneau, et indéniablement, Jean-Luc Mélenchon a de l’avance, en termes de moyens collectifs, financiers et même sur le plan théorique », ajoute l’ancien patron d’EELV. Ainsi, le tribun a déjà décoché quelques flèches à l’encontre de l’ancien ministre, critiquant son « dialogue » avec les souverainistes de droite ou ses propos sur le patronat. Un signe de tensions à venir ?

Vers un affrontement ?

Car Arnaud Montebourg laboure aussi son propre terrain, en donnant notamment des entretiens à des médias de gauche radicale, comme Le Média et Quartier Général et en développant son nouveau parti. « Notre but est de faire vivre les idées d’Arnaud Montebourg et de s’implanter sur le territoire afin d’être prêt s’il décide à se mettre en mouvement », assure Willy Bourgeois, conseiller régional socialiste de Bourgogne-Franche-Comté et secrétaire général de L’engagement.

En novembre, le député LFI Adrien Quatennens avait tendu la main à Arnaud Montebourg dans la perspective de 2022. Mais le contact reste aujourd’hui au point mort. La campagne pourrait-elle les rapprocher ? A entendre les deux camps, on en est encore loin. « Notre sujet n’est pas Jean-Luc Mélenchon mais ce que propose Arnaud Montebourg aux Français et sa cohérence idéologique depuis des décennies », dit Willy Bourgeois. « Montebourg est le bienvenu chez nous », dit Manuel Bompard, qui ajoute : « Chacun est libre d’être candidat. Mais il y a une petite différence entre les 2.000 personnes dans son mouvement et les 200.000 soutiens à la candidature de Jean-Luc Mélenchon ».