Guerre d’Algérie : Des « actes symboliques » mais pas « d’excuses » d’Emmanuel Macron

MEMOIRE Le président français va effectuer des « actes symboliques » pour apaiser les mémoires, assure l’Elysée, en réaction à un rapport très attendu de l’historien Benjamin Stora ce mercredi

T.L.G.

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Emmanuel Macron lors d'une visite en Algérie, en 2017
Emmanuel Macron lors d'une visite en Algérie, en 2017 — ANIS BELGHOUL/SIPA
  • L’historien Benjamin Stora remet ce mercredi à Emmanuel Macron son rapport très attendu sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie ».
  • Le président français va prendre des « actes symboliques » pour apaiser les mémoires et réconcilier les deux pays, mais il ne présentera pas les « excuses » attendues par Alger, a annoncé l’Elysée.
  • Le chef de l’Etat devrait également se prononcer sur les propositions du rapport Stora, comme la création d’une commission spéciale, le partage des archives de la période coloniale, ou l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon.

C’est un rapport très attendu. L’historien Benjamin Stora remet ce mercredi son travail sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’ Algérie » à Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat avait demandé en juillet à ce spécialiste reconnu de l’histoire contemporaine de l’Algérie d’engager « une mission de réflexion » sur ces questions mémorielles. L’objectif : faire connaître « avec courage et lucidité » le passé entre les deux pays, près de soixante ans après la fin de la guerre (1954-1962) et l’indépendance de l’Algérie.

En s’appuyant sur ce document d’une centaine de pages, auquel 20 Minutes a eu accès, Emmanuel Macron souhaite dépassionner ce dossier brûlant et apaiser les relations bilatérales mouvementées avec l’Algérie depuis des décennies. L’Elysée promet d’ailleurs des « actes symboliques », mais « ni repentance ni excuses » de la part du chef de l’Etat.

Pas de « repentance »

Emmanuel Macron n’ignore pas que ces questions sont politiquement inflammables. Le candidat d’En Marche en avait fait l’expérience en 2017 lors de la campagne présidentielle, où ses propos sur la colonisation, qualifiée de « crime contre l’humanité », avaient déclenché la polémique. Son entourage assure que le président ne « regrette pas ses propos » de l’époque. « Que pouvait-il dire de plus ? Il n’y a rien à dire de plus. En revanche, il y a beaucoup à faire », assure-t-on.

L’Elysée évoque « une démarche de reconnaissance », mais « il n’est pas question de repentance » et « de présenter des excuses » attendues par Alger. La présidence s’appuie sur le rapport de Benjamin Stora, qui évoque l’inefficacité des excuses présentées par le Japon à la Corée du Sud et à la Chine sur la Seconde Guerre mondiale pour « réconcilier » ces pays.

« Regarder l’Histoire en face », assure l’Elysée

Pourquoi le chef de l’Etat a-t-il décidé de s’emparer de ces questions ? « Il est grand temps de s’attaquer à la mémoire de la guerre d’Algérie », assure son entourage, dénonçant « le déni et les non-dits depuis soixante ans » et une « Histoire mal racontée à la jeune génération pour des raisons politiques malsaines », et responsables de nombreuses crispations.

L’Algérie est présente dans les mémoires familiales de millions de personnes en France : rapatriés pieds-noirs, appelés du contingent qui ont fait la guerre, harkis, immigrés algériens. « La démarche entreprise par le président de la République vise à regarder l’Histoire en face de manière à construire une mémoire d’intégration républicaine », ajoute l’Elysée. « Le président peut engager ce travail car il n’est ni un acteur ni un témoin engagé de cette Histoire ».

Ouverture des archives, panthéonisation de Gisèle Halimi…

Dans une optique de « réconciliation des peuples français et algérien », selon le souhait du président, Benjamin Stora préconise des actes symboliques forts. Parmi la vingtaine de propositions, le partage des archives de la période coloniale, la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française de l’avocat et dirigeant nationaliste algérien Ali Boumendjel en 1957, et la réactivation du projet de Musée de l’histoire de la France et de l’Algérie à Montpellier, abandonné en 2014. Mais aussi l’entrée de l’avocate anticolonialiste Gisèle Halimi au Panthéon. L’historien propose également d’accorder plus de place à l’Histoire de la France en Algérie dans les programmes scolaires, d’encourager la préservation des cimetières européens et juifs en Algérie, ou d’inscrire des noms de Français méritants issus de territoires antérieurement placés sous la souveraineté de la France ( médecins, artistes, enseignants) à des rues de communes françaises.

L' Elysée promet « des mots et des actes dans les prochains mois », alors qu’une commission spéciale devrait être chargée « d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire », selon le souhait de Benjamin Stora. La présidence a également confirmé que le chef de l’Etat participera à trois journées de commémoration dans le cadre du 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie : la journée nationale des harkis le 25 septembre, la répression d’une manifestation d’Algériens le 17 octobre 1961, et les Accords d’Evian du 19 mars 1962.