Coronavirus : Olivier Véran, le pilier de la Macronie devenu la cible favorite de l'opposition

PORTRAIT Le ministre de la Santé, en première ligne dans la lutte contre l’épidémie, est devenu une « pièce maîtresse » du gouvernement et cristallise les critiques

Thibaut Le Gal

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Olivier Véran, le ministre de la Santé.
Olivier Véran, le ministre de la Santé. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP / POOL
  • Olivier Véran est en première ligne dans la crise, devenant à tout juste quarante ans, l’un des piliers de la macronie.
  • Le ministre de la Santé cristallise les critiques de l’opposition, qui l’accuse souvent « d’arrogance ».
  • Il demeure un atout majeur pour le gouvernement et la fin de quinquennat d’Emmanuel Macron.

Depuis près d’un an, il est partout. Dans les médias, au Parlement, dans les hôpitaux… Olivier Véran est l’un des visages de la crise sanitaire en France. Le ministre de la Santé était encore aux côtés du Premier ministre Jean Castex, jeudi soir, pour la traditionnelle conférence de presse du gouvernement sur les mesures de lutte contre le coronavirus.

L’ancien médecin est en première ligne dans la lutte contre l'épidémie, devenant à tout juste quarante ans, l’un des piliers de la Macronie. « J’ai l’impression de vieillir un peu plus vite, c’est tout », dit-il au Point, pour justifier ses tempes blanchies. L’ex-socialiste cristallise aussi, plus que d’autres de ses collègues, les critiques de l’opposition contre la gestion de crise de l’exécutif. Avec le démarrage au petit trot de la vaccination, le ministre se retrouve, une fois encore, au cœur de la tempête.

Une ascension fulgurante au cœur de la Macronie

Le médecin du CHU de Grenoble a rejoint l’aventure macroniste dès les premières heures en 2016, devenant le référent santé du candidat à la présidentielle. Après être entré à l’Assemblée en 2012 sous l'étiquette socialiste, il est élu (LREM) député de l’Isère en 2017. Il se fait remarquer au sein du groupe de La République en marche par sa capacité de travail. « Il a montré dans les premières années qu’il était un pilier de notre majorité, en imprimant sa marque au budget de la Sécurité sociale en tant que rapporteur général des Affaires sociales. C’est un hyperactif qui bosse ses dossiers et garde une grande capacité d’écoute », confie son collègue et ami Thomas Mesnier, député LREM de Charente et ancien urgentiste.

En janvier 2020, il devient rapporteur du volet organique de la réforme des retraites, mais les événements se précipitent. Après la révélation de vidéos intimes de Benjamin Griveaux, l’ambitieux neurologue est parachuté avenue de Ségur pour remplacer Agnès Buzyn, désormais candidate LREM à Paris. Il entre au gouvernement à la mi-février alors que l’épidémie de coronavirus prend de l’ampleur. « Son départ a créé un vide au sein du groupe, ce qui n’est pas le cas de tous les ministres, dit la députée LREM Anne Genetet. Il y avait des doutes au moment de sa nomination, car il a dû reprendre le poste au pied levé. Mais la vitesse avec laquelle il s’est acclimaté, dans des circonstances difficiles, montre ses qualités ».

« Il a été très affecté par la reprise épidémique »

Car très vite, Olivier Véran affronte la tempête du Covid-19 et ses dizaines de milliers de morts. Avec Emmanuel Macron et l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, il définit la politique sanitaire française et doit défendre les restrictions. Le ministre incarne aussi, aux yeux de nombreux Français, certains échecs du gouvernement sur les masques, les tests, et voit surgir la deuxième vague, qui pousse le président de la République à confiner une nouvelle fois le pays fin octobre. « Le dernier trimestre 2020 a été très difficile. Il a été affecté par la reprise de l’épidémie, comme s’il le prenait pour lui. Je l’ai senti beaucoup plus fermé, soucieux, tendu », remarque Anne Genetet, alors que le ministre est visé depuis juillet par une information judiciaire sur la gestion de la crise.

Dans les médias et au Parlement, les coups de l’opposition sont plus nombreux, plus durs. Début novembre, il éclate en plein hémicycle. « C’est ça la réalité dans nos hôpitaux, si vous ne voulez pas l’entendre, sortez d’ici ! », lance-t-il aux députés Les Républicains, sous une bronca.

Une stratégie vaccinale sous le feu des critiques

Depuis la rentrée, c’est sur la lenteur de la stratégie vaccinale que le ministre est ciblé. « Il restera dans la mémoire collective comme celui qui aura échoué sur les masques, les tests et désormais le vaccin », cinglait il y a dix jours dans le Point le président centriste de Normandie Hervé Morin. « Il a refusé de venir au Parlement pour débattre de la stratégie vaccinale pendant six semaines, il a tourné le dos au Parlement avec mépris », s’agaçait aussi début janvier Damien Abad, le patron du groupe Les Républicains à l’Assemblée. « Or la stratégie vaccinale s’est transformée en fiasco organisationnel et logistique ».

Au-delà de son action, Olivier Véran est régulièrement ciblé par l’opposition pour son «arrogance». A croire que l’homme agace autant, si ce n’est plus, que le ministre de la Santé. « Il a une manière de s’exprimer, extrêmement vive, qui peut sembler un peu méprisante, mais ce n’est vraiment qu’une impression », défend Sylvain Maillard, porte-parole des députés LREM. « C’est un poste usant et fatigant, la pression est chaque jour très forte », ajoute-t-il.

Un atout pour la fin de quinquennat

« Avec le Covid, la santé est devenue un sujet régalien, c’est donc normal qu’il cristallise les colères, qu’il s’en prenne parfois plein la figure, ça fait partie du job et s’il apparaît parfois un peu péremptoire, le bonhomme est en réalité très sympathique », assure l’élu socialiste Jérôme Guedj, qui le connaît bien. « Il a été vite aspiré par les événements et s’est montré opérationnel. Il a connu des échecs incontestables et des réussites patentes. Mais quelle est sa patte personnelle dans un dispositif présidentiel ? C’est difficile à dire ». En plein lancement de la stratégie vaccinale, et alors que de nouveaux variants émergent, nul doute que le ministre restera aux premiers plans dans les mois à venir.

« C’est un capitaine solide, qui tient la barre quand ça tangue. Il est devenu un pilier du gouvernement dans une période compliquée, où la vérité du jour n’est pas celle du lendemain », souligne Thomas Mesnier. Et sa réussite s’annonce cruciale pour la réélection du président de la République, selon Anne Genetet. « C’est une pièce maîtresse dans le calendrier actuel. Il n’a pas le droit à l’erreur, tant sur le plan sanitaire que politique. Protéger la santé des Français, c’est aussi sauver la fin du quinquennat ».