Vaccination : Le collectif des 35 citoyens tirés au sort se met au travail dès samedi

GOUVERNANCE Tirés au sort après les annonces d’Emmanuel Macron, les 35 citoyens représentatifs de la diversité des Français tiennent leur première réunion, ce samedi.

Laure Cometti

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Un flacon de 5 doses du vaccin Pfizer-BioNTech, dans le centre de vaccination Covid-19 de la Ville de Nice, le  11 janvier 2021.
Un flacon de 5 doses du vaccin Pfizer-BioNTech, dans le centre de vaccination Covid-19 de la Ville de Nice, le 11 janvier 2021. — SYSPEO/SIPA
  • Le collectif citoyen, annoncé fin novembre par Emmanuel Macron pour garantir la transparence de la stratégie vaccinale du gouvernement, va commencer ses travaux samedi.
  • Il est composé de 35 citoyens supposés refléter la diversité de la population française et les différents points de vue sur le vaccin contre le Covid-19.
  • Il se réunira régulièrement et pourra interroger des experts. Sa mission est de faire remonter les inquiétudes de la population et de formuler des recommandations à l’exécutif afin d’assurer le succès de la campagne vaccinale, jusqu’à l’automne.

C’est une nouveauté supposée répondre à la défiance des Français envers le vaccin contre le Covid-19, et plus globalement envers la gestion de crise du gouvernement. Le 24 novembre, Emmanuel Macron annonçait qu’un « collectif de citoyens » serait créé pour « associer plus largement » la population à la campagne de vaccination. A la mi-janvier, le voici presque prêt : ce groupe de 35 Français tirés au sort tiendra sa toute première réunion ce samedi. Mais à quoi servira-t-il et comment va-t-il fonctionner ? 20 Minutes fait le point…

S’agit-il d’un groupe représentatif de la population ?

Pas exactement, mais cet échantillon se veut représentatif de la diversité des Français. Tirés au sort par téléphone, sous la houlette du Conseil économique, social et environnemental (Cese), le groupe compte 18 femmes et 17 hommes. Selon le Cese, toutes les tranches d’âges y sont représentées, tout comme les régions, et les milieux géographiques (grandes et petites villes, ruralité…). Idem pour les niveaux d’études (qui vont d’aucun diplôme à Bac + 3) et les activités. On y trouve des agriculteurs, des ouvriers, des artisans commerçants, des cadres supérieurs, professions intermédiaires et aussi des chômeurs et retraités.

Bref, les profils devraient être assez variés. Quant à leur position vis-à-vis du vaccin contre le Covid-19, elle leur a été demandée lors du tirage au sort, afin que ce panel reflète la diversité des opinions. Environ 17 % des membres du collectif sont « plutôt inquiets », tandis que 45 % sont « indécis » et 38 % « favorables ». Ce n’est donc pas tout fait identique aux proportions dans la population, puisque selon deux sondages parus cette semaine, les Français n’envisageant pas de se faire vacciner sont à peu près aussi nombreux que ceux qui le souhaitent*.

Quel sera son rôle ?

La mission de ce collectif, fixée par le gouvernement, est de « formuler des observations sur les choix de politique vaccinale », mais aussi de « s’exprimer sur les questionnements, peurs, résistances et questions éthiques » que suscite la vaccination contre le Covid-19 dans la population.

Il fera des recommandations à l’exécutif, tout au long de la campagne vaccinale, en trois temps. Dès samedi et jusqu’à fin mars il « accompagnera » la « préparation de la campagne de vaccination par cibles prioritaires puis grand public ». Un « rapport d’étape » sera présenté par le Cese le 23 février. D’avril à fin juillet il suivra la campagne grand public, puis il établira le « bilan et le suivi » de la campagne de vaccination.

Comment fonctionnera-t-il ?

Les 35 se réuniront régulièrement, en visio pour le moment étant donné les restrictions, à raison de trois jours par mois. Ils seront encadrés par une commission spéciale créée au sein du Cese. Ils pourront assister aux auditions d’experts et chercheurs interrogés par cette commission. Les tirés au sort travailleront aussi « en ateliers », en plus petits groupes, dédiés à des thèmes précis comme les vaccinodromes ou les équipes mobiles de vaccination à domicile.

Va-t-il vraiment être utile ?

Lancé après le début de la vaccination, et bien après l’élaboration de la stratégie, ce collectif, critiqué par l'opposition, n’arrive-t-il pas un peu trop tard ? « On aura des ajustements à faire au cours de cette campagne qui va s’étaler dans le temps », répond Marie-Andrée Blanc, la présidente de la commission du Cese chargé de l’encadrer..

En outre, contrairement aux 150 citoyens tirés au sort lors de la convention citoyenne sur le climat, ce collectif des 35 n’a pas vocation à élaborer des mesures ou un futur texte de loi. Le gouvernement pourra choisir de ne pas appliquer ses recommandations. Mais il s’expose aussi au risque de voir ce collectif se muer en caisse de résonance des critiques contre le vaccin. « Ce comité permettra de faire la transparence sur notre stratégie et de préparer le grand public à la troisième phase de vaccination prévue au printemps prochain », nous assurait l’entourage du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Ce collectif citoyen permet en tout cas à l’exécutif de donner une teinte plus transparente et surtout plus « participative » à sa gestion de crise, jugée trop centralisée et verticale par ses opposants. Pour s’en défendre, le gouvernement a aussi validé la création d’un site (vaccinationcovid.lecese.fr) sur lequel les internautes pourront faire part de leurs critiques et craintes vis-à-vis de la vaccination contre le Covid-19.

* Selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro et Franceinfo publié jeudi, 56 % des Français souhaitent se faire vacciner, contre 43 % le refusant. Une autre enquête publiée mercredi, réalisée par l’institut Elabe pour BFMTV, fait état de 47 % prêts à se faire vacciner, contre 40 % s’y opposant, et 13 % d’indécis.