Coronavirus : L’incertitude plane sur les élections régionales et départementales prévues en juin

SCRUTIN Il devient de plus en plus incertain que l’épidémie ne perturbe pas la campagne et le scrutin prévu pour juin

Laure Cometti

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Le deuxième tour des municipales, le 28 juin 2020 à Rennes.
Le deuxième tour des municipales, le 28 juin 2020 à Rennes. — Mathieu Pattier/SIPA
  • En décembre, le gouvernement a choisi de reporter les élections départementales et régionales de trois mois, donc au mois de juin.
  • Mais cette échéance est questionnée en ce début d’année, alors que l’épidémie circule toujours activement et que la campagne de vaccination a pris du retard.
  • L’opposition s’inquiète d’un calcul de la part de la majorité, pour qui ces scrutins territoriaux ne devraient pas être très favorables.

Tout est incertain en ce début d’année, et cela vaut aussi pour les scrutins démocratiques. Les élections régionales et départementales devaient avoir lieu en mars, mais à cause de la crise sanitaire, le gouvernement a choisi de les reporter en juin, après avoir consulté tous les partis politiques à l’automne dernier. Le projet de loi actant ce nouveau calendrier vient à peine d’arriver au Parlement que la date de juin est déjà mise au conditionnel, à cause de l’évolution de l’épidémie de Covid-19 et du rythme de la campagne de vaccination.

Une clause de revoyure avant le 1er avril

Chez les politiques de tous bords, certains sont déjà pessimistes, même si la campagne a déjà commencé et que le projet de loi prévoyant le report en juin des scrutins sera examiné par la commission des Lois du Sénat dès le 20 janvier, avant un débat le 26. « Je crois à titre personnel que les Français n’auront pas la tête à voter en juin », avance le député de la Vienne Sacha Houlié, dans la majorité. « Je n’ai pas envie d’un scrutin marqué par l’abstention… Une élection peut se tenir techniquement avec les gestes barrières, mais je crains que malgré cela, les gens aient peur et ne viennent pas », abonde le sénateur socialiste du Nord Patrick Kanner.

Tous ont en mémoire les records d’abstention battus en juin 2020 lors du second tour des élections municipales. « Au nom de quoi pourrait-on empêcher les gens d’aller voter ? » s’est toutefois interrogé le patron des Républicains, Christian Jacob, lors de ses vœux à la presse mercredi, rapporte Le Figaro. « On est contraint de vivre avec le virus. La vie ne doit pas s’arrêter ». « Si on maintient le vote alors que les Français n’ont pas confiance pour aller voter, on peut avoir des surprises, avec des votes contestataires », craint de son côté un cadre LR.

Attention à la « pandémie politique » dit Debré

Si le scrutin est décalé, il pourrait avoir lieu à l’automne. Plus tard, il risquerait de se télescoper avec la campagne présidentielle, et pourrait donc être fixé après mai 2022. La première option n’est pas massivement rejetée par les politiques. « Mais ce n’est pas idéal, car cela signifie que l’on devrait faire campagne l’été », souligne Virginie Duby-Muller, députée Les Républicains de Haute-Savoie et conseillère départementale. En revanche, Patrick Kanner ne croit pas à un report à l’automne. « Si ce n’est pas en juin, alors ça sera après la présidentielle », estime le président des sénateurs PS.

Cette option déplaît à Jean-Louis Debré, mandaté par le gouvernement pour consulter les partis sur ce sujet. « Je crains que si jamais (…) la décision de reporter à après les présidentielles les élections départementales et régionales était prise, vous ne puissiez pas endiguer une autre pandémie qui est la pandémie politique », a-t-il prévenu mercredi lors d’une audition au Sénat. L’ancien président du Conseil constitutionnel sera auditionné par la Commission des Lois de l’Assemblée.

L’opposition accuse Macron de bénéficier d’un report après 2022

Un report après la présidentielle fait aussi bondir l’opposition, qui mise sur ces scrutins intermédiaires pour infliger un camouflet au parti présidentiel, mal implanté dans les territoires. Sans compter que ces élections sont aussi une étape dans la désignation d’un candidat à la présidentielle, notamment à droite où Xavier Bertrand a conditionné sa candidature à sa réélection dans les Hauts-de-France. « Ceux qui n’ont rien à perdre en cas de report après la présidentielle, ce sont les macronistes. Leur probabilité de gagner des régions et départements est faible », attaque Patrick Kanner.

« C’est la stratégie de Macron, enjamber la présidentielle, pour obtenir ensuite une majorité à l’Assemblée, puis dans les départements et régions », analyse un cadre LR. « Il faut éviter les tripatouillages, et il faut qu’il y ait un rendez-vous démocratique, c’est important. D’autres pays y parviennent, pourquoi pas la France ? » interroge Patrick Kanner, favorable au vote par correspondance rejeté par le gouvernement.

Le doute devrait encore planer pendant plusieurs semaines car le gouvernement a prévu une clause de revoyure. Le Parlement recevra, « au plus tard le 1er avril », « un rapport du comité de scientifiques (…) se prononçant sur l’état de l’épidémie de Covid-19 et sur les risques sanitaires attachés à la tenue du scrutin et de la campagne électorale le précédant ». Ensuite, il reviendra aux parlementaires de trancher.