Paris : « Idées en commun », la rampe de lancement d’Anne Hidalgo vers l'élection présidentielle ?

AMBITION Avec le déploiement prochain de la plateforme « Idées en commun » Anne Hidalgo et ses soutiens vont-ils jouer la même gamme que lors des municipales de 2020 ? Une formule qui s’était avérée gagnante mais à l’échelle locale

R.L.

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Anne Hidalgo, en juin 2020.
Anne Hidalgo, en juin 2020. — Alain JOCARD / AFP
  • Les proches d’Anne Hidalgo s’apprêtent à lancer une « plateforme d’idées » en vue d’une possible candidature de la maire de Paris à la présidentielle de 2022.
  • Cette démarche reprend les codes de « Paris en commun » qui avait permis la victoire d’Anne Hidalgo en juin 2020 à Paris. Mais avec cette fois une « dimension nationale et internationale ».
  • « Anne Hidalgo a les qualités nécessaires pour être candidate et elle est aujourd’hui la mieux placée pour rassembler la gauche et les écologistes dans une dimension présidentielle », indique-t-on dans son entourage sollicité par 20 Minutes.

Un jour sans fin. Des colonnes du Point et du Parisien, au Journal du Dimanche en passant par l’antenne de BFM TV, la même question, la même réponse. Anne Hidalgo sera-t-elle candidate à l’élection présidentielle de 2022 ? « Je prendrai toute ma part », rabâche-t-elle, sans jamais donner plus de précisions. Mais une évolution est notable. Il y a encore quelques mois, l’édile balayait tout destin national et assurait à tour de bras que « maire de Paris » était « le plus beau des mandats ». Dans son bureau – plus grand que celui du président de la République – elle tenait même avec l’art et la manière, à bien distinguer les deux fonctions.

« Chacun est à sa place. Être maire est aussi une grande responsabilité (…) C’est ce qui me plaît aujourd’hui, disait-elle à 20 Minutes. J’ai un immense respect pour la fonction de président de la République, mais je crois que les maires des grandes villes montrent qu’ils ont plus d’agilité pour changer les choses ». C’était en 2016. Depuis, les lignes ont bougé et rebougé, la gauche en petits morceaux se cherche, et Anne Hidalgo, boostée par sa victoire en juin 2020, pourtant loin d’être acquise au début de la bataille, s’impose par petites touches.

Anne Hidalgo, la gauche et les « Français »

Régulièrement citée comme possible candidate en 2022 et poussée par certains pour incarner une gauche « sociale-démocrate », « écologiste » et « universaliste », Anne Hidalgo tend à s’affirmer au niveau national pendant que son premier adjoint, Emmanuel Grégoire, se montre de plus en plus présent pour assurer le SAV de l’exécutif parisien. Très critique envers l’action du gouvernement – notamment sur la stratégie vaccinale – la maire multiplie les rendez-vous avec les ténors de la gauche et des évolutions lexicales se font également sentir dans ses sorties médiatiques. Si depuis plusieurs années, elle évoque massivement « les Parisiennes et les Parisiens », il n’est désormais plus rare de l’entendre parler des « Français ».

« Les Français aiment les responsables combatifs qui ont des cicatrices et qui ont relevé de beaux défis surtout lorsqu’on est une femme », expliquait-elle au Point. En décembre 2020, alors qu’elle illuminait des Champs-Élysées tristement vides, elle déclarait auprès de 20 Minutes, au lendemain d’une charge contre les écologistes au sujet de la laïcité : « Les Français attendent des femmes et des hommes politiques qu’ils ne se cachent pas derrière leur petit doigt ». Dans le JDD, ce week-end, les « Français », encore : « Les Français ne veulent pas qu’on les enferme dans un second tour Macron-Le Pen ». Alors, louche-t-elle sur l’Élysée ?

« Elle a les qualités nécessaires pour être candidate et elle est aujourd’hui la mieux placée pour rassembler la gauche et les écologistes dans une dimension présidentielle. Il faut désormais laisser le temps au temps », détaille-t-on au sein de son entourage sollicité par 20 Minutes. En attendant, les petites mains vont s’agiter en coulisses pour préparer un éventuel allumage. Comme lors des municipales.

« Idées en commun », la formule magique ?

Dans les prochaines semaines, un nouvel étage devrait s’ajouter à la fusée. Selon les informations du Parisien, confirmées par l’AFP, la maire de Paris s’apprête à lancer sa plateforme de réflexion afin de faire émerger les questions qui se poseront en 2022. Il s’agit d’une plateforme d’idées, parrainée par Anne Hidalgo elle-même et pilotée par Emmanuel Grégoire, premier adjoint et son entourage. Son nom : « Idées en commun », reprenant ainsi la formule magique de la victoire de 2020. « C’est une initiative politique, qui reprend un système qui a fonctionné à Paris, pour préparer la présidentielle, qu’Anne Hidalgo soit candidate ou pas », détaille auprès de 20 Minutes, Rémi Féraud, président du groupe Paris en Commun au Conseil de Paris, et l’un des hommes-clés de la mandature d’Anne Hidalgo en 2014. Et de préciser : « Ça peut et doit servir à la construction d’une candidature de gauche et écologique qui soit en mesure d’atteindre le deuxième tour et de gagner ».

Comme pour les élections municipales, la plateforme doit permettre de s’affranchir de l’étiquette des partis, de « créer une dynamique » à travers « un mouvement sans adhésion ». « L’idée est de construire une offre politique qui a ses chances en 2022. Et pour beaucoup, Anne Hidalgo apparaît comme la meilleure personne pour la porter », reprend-on dans l’entourage de la maire. « Il y a autour de la maire de Paris beaucoup d’énergies, d’idées, d’envies, qui se sont manifestées ces derniers mois. L’idée est d’y répondre positivement avec cette plateforme. Nous souhaitons structurer cela au service de la gauche et en temps utile au service d’une incarnation qui n’est pas arrêtée », détaille Emmanuel Grégoire auprès de 20 Minutes. Et de rembobiner : « Sans faire de mystères, quasiment la majorité des personnes qui participent à l’aventure, considèrent qu’Anne Hidalgo est une option sérieuse et crédible ». Et jusqu’où « Idées en commun » est un copié-collé de « Paris en commun » ? « C’est une inspiration. Là on va s’occuper de la France. La dimension sera nationale et également internationale », note le premier adjoint. Mais la route est encore longue.

« Il ne faut pas avoir fait polytechnique pour décrypter son jeu »

Olivier Faure a réaffirmé dimanche qu’Anne Hidalgo ferait « une excellente présidente ». Pour espérer reconquérir l’Elysée dans seize mois, le premier secrétaire du Parti socialiste, implore depuis des mois une candidature unique à gauche au point que le trafic commence à être saturé. « En temps utile, Anne Hidalgo fera part de ses intentions. Elle ne cache pas qu’elle assumera de contribuer aux échéances et jugera à quelle place elle entend le faire », conclut Emmanuel Grégoire. En attendant, la droite parisienne​ déplore cette stratégie. « Il ne faut pas avoir fait polytechnique pour décrypter son jeu », raille-t-on sur les bancs de la droite parisienne, sollicitée par 20 Minutes.

« Tout irait bien pour les Parisiennes et les Parisiens, ce serait simplement critiquable et pas très honorable pour elle. Mais là, c’est juste désolant. Elle devrait être opérationnelle 24heures sur 24 auprès des Parisiens, au lieu de ça, elle se prépare pour un tour de piste. Elle se moque du monde », tacle-t-on. En attendant, première échéance et premier test pour « Idées en commun » avec les élections régionales et la candidature d’Audrey Pulvar, pour le compte d’« Ile-de-France en commun ».