Vaccination : Sous le feu des critiques, le gouvernement contraint d’accélérer

POLEMIQUE L’Elysée a annoncé la tenue d’une « réunion de travail et de suivi » de la vaccination ce lundi après-midi avec Emmanuel Macron et ses ministres, alors que le gouvernement est accusé de lenteur par l’opposition

Thibaut Le Gal
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Emmanuel Macron et Jean Castex.
Emmanuel Macron et Jean Castex. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • « Plusieurs milliers de personnes » ont été vaccinées à ce jour en France, a annoncé Olivier Véran ce lundi.
  • L’exécutif est très critiqué sur les lenteurs de son plan vaccinal et contraint d’accélérer.
  • « 300 points de vaccination ouverts aux professionnels de santé » seront en place d’ici mi-janvier, annonce à 20 Minutes l’entourage de Gabriel Attal.

A première vue, les chiffres semblent cruels pour l’exécutif. Olivier Véran a assuré ce lundi que « plusieurs milliers de personnes » avaient été vaccinées contre le coronavirus à ce jour en France, bien loin des 265.000 en Allemagne ou des près de 119.000 en Italie. L’exécutif est accusé d’avoir mis en place une stratégie vaccinale anti-Covid trop lente et trop prudente par rapport à certains de ses voisins européens.

« On a le même nombre de doses que nos voisins, mais on a choisi un chemin différent », a défendu dimanche le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal au Parisien. Le gouvernement reste sur son objectif de parvenir à vacciner un million de personnes à risques d’ici février. Mais les critiques de l’opposition et du personnel médical l’ont contraint à accélérer, en particulier sur la vaccination des soignants. Quelque « 300 points de vaccination ouverts aux professionnels de santé » seront en place d’ici mi-janvier, fait savoir ce lundi à 20 Minutes l’entourage de Gabriel Attal


« Scandale d’Etat », « fiasco », « risée du monde développé »

« On poursuit une politique qui a fait les preuves de son échec dans le passé : les masques, les tests, aujourd’hui la vaccination […]. Je considère qu’aujourd’hui on est face à un scandale d’Etat », a fustigé ce lundi Jean Rottner sur France 2. Le président (LR) de la région Grand Est a dénoncé « une forme d’impréparation et d’irresponsabilité » du gouvernement.

La critique est reprise par tous les bords de l’opposition. « Le gouvernement est incapable de mettre en place une simple logistique. Notre campagne de vaccination est la risée du monde développé ! », a tweeté la présidente du RN, Marine Le Pen. Même tonalité chez Yannick Jadot, eurodéputé EELV : « Le fiasco de la stratégie vaccinale me fait hésiter entre amateurisme et incompétence, et le président fait comme s’il n’y était pour rien. »

« Il y a eu un problème de lenteur et de communication »

Au centre des critiques, Emmanuel Macron. A en croire le JDD, le chef de l’Etat se serait d’ailleurs agacé de ce « rythme de promenade en famille», et aurait lui-même mis la pression sur son gouvernement. « Ça doit changer vite et fort », aurait-il pesté, reportant la faute sur les lenteurs de l’administration. « Notre technostructure est d’une lourdeur absolue, appuie François Patriat, le patron des sénateurs LREM et proche du chef de l’Etat. On a aussi tellement stressé les responsables politiques et administratifs avec le risque judiciaire, la mise en cause immédiate, les commissions d’enquête… que personne ne prend plus le moindre risque. »

Face à la controverse, l’Elysée a annoncé la tenue d’une « réunion de travail et de suivi » de la vaccination ce lundi après-midi avec Emmanuel Macron, le chef du gouvernement et les ministres concernés. L’exécutif sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur et qu’un raté sur le plan vaccinal aurait de lourdes conséquences sur le plan sanitaire, mais également politique. « Ce que je redoute, c’est l’argument : "ils ont raté les masques, les tests et maintenant les vaccins" au motif que d’autres pays vont plus vite », grince un cadre macroniste. « J’ai l’impression que l’administration française s’était fixée le 4 janvier, et n’avait pas prévu l’autorisation de la mise sur le marché plus tôt. Il y a eu un problème de lenteur et de communication », ajoute-t-il.

« 300 points de vaccinations ouverts aux professionnels de santé » d’ici mi-janvier

Le gouvernement a déjà rectifié son plan initial, en avançant à ce lundi le début de vaccination pour les soignants. « A partir de cette semaine, un hôpital par département proposera la vaccination aux professionnels de santé, et d’ici mi-janvier, ce sont environ 300 points de vaccination (certains dans les hôpitaux, certains en ville) qui seront ouverts aux professionnels de santé », assure-t-on dans l’entourage de Gabriel Attal. « A compter de février, ces points de vaccination seront démultipliés et ouverts aux personnes âgées de plus de 75 ans », ajoute-t-on.

Pour éteindre la polémique, le gouvernement mise également sur la mise en place d’un groupe de 35 citoyens, chargés de suivre la campagne vaccinale, et dont le tirage au sort doit débuter ce lundi. Mais cette initiative est, elle aussi, largement critiquée par l’opposition. François Patriat se dit confiant sur la stratégie vaccinale à moyen terme et ironise : « Les mêmes qui se méfiaient d’u vaccin fabriqué en neuf mois il y a quelques semaines veulent aujourd’hui vacciner à tour de bras. C’est le paradoxe français : 60 % ne souhaitent pas se faire vacciner, mais 100 % estiment qu’on ne va pas assez vite. »