Vœux d’Emmanuel Macron : « Le président doit répondre à l’attente des Français sur les vaccins »

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Chloé Morin, politologue à la Fondation Jean-Jaurès, sur la difficulté pour le chef de l’Etat de présenter les voeux en cette période si difficle

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. — ebastien Nogier/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron présente ce jeudi soir ses quatrième vœux aux Français pour la nouvelle année.
  • En période de crise sanitaire, l’exercice s’annonce périlleux.
  • 20 Minutes a interrogé Chloé Morin, politologue à la Fondation Jean-Jaurès sur cette intervention. « On est aujourd’hui à un moment particulier, charnière pour le pays, avec l’arrivée des vaccins […]. Emmanuel Macron doit répondre à cette attente », estime l’ancienne conseillère de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

« Bonne année et bonne santé. » Emmanuel Macron présente ses vœux aux Français, ce jeudi à 20h, au terme d’une année bouleversée par le coronavirus. Le président de la République aura « un message de vérité, de transparence sur une année extrêmement difficile pour le pays », a résumé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Le chef de l’État devrait aussi « donner des perspectives sur la suite », avec « l’arrivée du vaccin », l’économie « qui doit repartir », et un « message d’unité ».

Mais en pleine crise épidémique – le Covid-19 a fait plus de 64.000 morts dans le pays –, l’exercice s’annonce périlleux. On en parle avec Chloé Morin, politologue à la Fondation Jean-Jaurès et ancienne conseillère chargée de l’opinion publique au sein du cabinet des Premiers ministres Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

Chloé Morin, politologue

Après une année traumatisante, sur quoi Emmanuel Macron va-t-il insister ?

Les vœux sont un exercice délicat en temps normal, car c’est très convenu. Il est difficile d’imprimer sa marque, de sortir des sentiers battus. Mais on est aujourd’hui à un moment particulier, charnière pour le pays, avec l’arrivée des vaccins. On aperçoit enfin la lumière au bout du tunnel, mais il reste une difficulté : certains pays ont mis le turbo sur la vaccination et la France ne se trouve pas dans le peloton de tête. Emmanuel Macron doit répondre à cette attente : quel horizon trace-t-il pour pour les six mois à venir, notamment sur la stratégie vaccinale ?

Est-ce le moment de répondre aux critiques sur la lenteur des vaccinations ?

On constate que les réponses du gouvernement, que ce soit d’Alain Fischer [responsable de la stratégie vaccinale] ou d’Olivier Véran [ministre de la Santé] sont insuffisantes. Je ne vois pas comment le président pourrait ne pas aborder ce sujet polémique ce soir, même s’il risque de se placer en première ligne. A lui d’expliquer pourquoi notre pays va plus lentement que les autres, car c’est le sujet qui occupe aujourd’hui l’opinion.

Les Français ont vécu une parenthèse pendant les vacances, en famille, mais on s’apprête demain à rebasculer dans une phase de contraintes plus grandes. Parler de la vaccination est donc essentiel. D’autant qu’il y a beaucoup d’inquiétudes dans l’opinion sur les risques autour de ce vaccin. Le président va devoir porter un discours rassurant. Jusqu’ici, le gouvernement fait preuve de transparence, mais est très précautionneux sur la nécessité de se faire vacciner, ce qui peut consolider les doutes que certains ont.

Evoquer le « retour des jours heureux », comme en juin dernier, paraît aujourd’hui difficile…

Depuis le début de crise, il a voulu être celui qui apporte les bonnes nouvelles. On peut s’attendre à ce qu’il dise «d’ici six mois ou un an, on sera sorti de la période noire». Mais Emmanuel Macron est pris en tenaille entre l’impératif de donner de l’espoir, rester optimiste, et la nécessité de responsabiliser les gens, car l’épidémie n’est pas terminée. Cet équilibre à trouver n’est pas simple. Il serait étonnant de promettre des jours heureux si le gouvernement rétablit dans la foulée des contraintes sanitaires plus dures. Depuis le début de la crise, le gouvernement oscille sur cette ligne de crête.

Le chef de l’Etat va présenter ses vœux dans une période d’incertitude, alors qu’on ne connaît pas encore l’impact des fêtes sur l’épidémie. N’est-ce pas délicat ?

Les Français attendent beaucoup de l’Etat et de la politique, c’est donc difficile d’accepter l’énorme part d’incertitude autour de ce virus. J’ai l’impression qu’on s’est plutôt habitués à une adaptation permanente des dispositifs sanitaires. Ca n’empêche pas l’attente de repères et de lisibilité sur l’action gouvernementale. Emmanuel Macron doit donner le sentiment que le gouvernement ne navigue pas à vue, sur la stratégie vaccinale ou sur la relance économique. C’est l’inquiétude majeure pour les Français, il va devoir rassurer sur ce point également, alors que de nombreuses professions sont déjà touchées de plein fouet.

Va-t-il quand même nous souhaiter une bonne année ?

Il n’a pas trop le choix, l’année qui vient est la dernière utile politiquement du quinquennat, elle sera décisive pour sa réélection. Une chose sera à regarder de près : est-ce qu’il va dire qu’il reprend les réformes ou pas ? Considère-t-il que la fin de son quinquennat consiste à sortir de la crise et remettre le pays sur ses pieds, ou souhaite-t-il reprendre le mouvement réformateur qui le caractérisait, au risque d’accroître les contestations sociales ?

Est-ce que le rituel des vœux télévisés a encore un impact dans l’opinion ?

Ca peut avoir un impact négatif si des erreurs de communication sont commises. Mais il n’y a rien à gagner dans la mesure où les Français décryptent désormais eux-mêmes cette communication.